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André Rang: Administrateur


  Age : 66 Inscrit le : 20 Fév 2006 Messages : 7371 Localisation : Marseille
| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Lun 14 Juil - 5:15 | |
| DE JUSSIEU
LE LIERRE ET LA VIGNE
Sur le mur d’un vieil hermitage, Un lierre avec orgueil étalait son feuillage. Une vigne, tout près de lui, Grimpait modestement le long du même appui. De son inutile verdure Fier et vain comme un sot, le lierre, sans égard, Repoussait sa voisine et couvrait la masure. La pauvre vigne, sans murmure, Se retirait toujours, cherchant place à l’écart. Mais chacun eut son tour, et justice fut faite. Un jardinier s’avance, armé de sa serpette ; Il vient pour réparer le manoir délaissé. Sans peine on devine le reste. L’orgueilleux inutile, arraché, dispersé, Laisse le mur débarrassé A la vigne utile et modeste.
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La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André) |
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Mar 15 Juil - 8:14 | |
| Émile NELLIGAN
Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte Ô le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur, Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur, Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.
Ô le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai ! Un orgue au loin éclate en froides mélopées; Et les rayons, ainsi que de pourpres épées, Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.
Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante, Verse, verse le vin ! verse encore et toujours, Que je puisse oublier la tristesse des jours, Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !
Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !... J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres, Des vers qui gémiront les musiques funèbres Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.
C'est le règne du rire amer et de la rage De se savoir poète et objet du mépris, De se savoir un coeur et de n'être compris Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !
Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin Ou l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses; Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !
Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire, Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré, Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré, Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !
Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai ! Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !... Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre; Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?
Les cloches ont chanté; le vent du soir odore... Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots, Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore, Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Sam 19 Juil - 8:06 | |
| Léon VÉRANE
'U SOIR À MONTPARNASSE
Chabaneix, vous souvenez-vous De la gargote à Montparnasse, De ces flacons de vin d’Anjou, De cette maritorne grasse. Et de ces Bretons aux yeux bleus Qui lampaient le cidre et la fine En évoquant des soirs pompeux Sur le Gange et les mers de Chine ? La fuite des autos dehors Vibrait du long cri des sirènes Et les trottoirs monnayait l’or Du gaz et de l’acétylène. Nous nous citions Ronsard, Catulle, Tristan, Théophile et Villon. Et le mastroquet ridicule Prenait un faux air d’Apollon. Reverrons-nous un soir semblable, Philippe en quelque cabaret, Ivres, les coudes sur la table, Tels Saint-Amant avec Faret ?
Et le signe clair de la Lyre Fera-t-il encor, indulgent, Luire sur notre beau délire Vingt et une étoiles d’argent ?
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Ven 25 Juil - 7:29 | |
| Sylvain RICHARDOT
Brouilly, Chablis, Bourgogne, Grands châteaux du Bordelais Chinon, Tursan, Sainte Croix du Mont, Châteauneuf ou Beaujolais Lirac, Médoc, Champagne et Puligny Montrachet En cave obscure vieillirez Et prendrez de belles années
Puis un jour une main tremblante Doucement vous redressera Essuira la noble poussière Et vous monterez en silence Les escaliers de vieille pierre Pour arriver jusqu'au salon Là vous ferez l'admiration C'est aujourd'hui anniversaire
Et comme un rêve qui s'achève La soirée se terminera Laissant les rires dans les verres Laissant bien vides les bouteilles Et tous ces vieux bouchons de liège Finiront leur vie de bouchon Là, dans le buffet du salon Dans un tiroir, quelle misère
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Dim 27 Juil - 6:29 | |
| Arthur RIMBAUD
COMEDIE DE LA SOIF 1. LES PARENTS
Nous sommes tes Grands-Parents, Les Grands ! Couverts des froides sueurs De la lune et des verdures. Nos vins secs avaient du coeur ! Au soleil sans imposture Que faut-il à l'homme ? boire.
MOI - Mourir aux fleuves barbares.
Nous sommes tes Grands-Parents Des champs. L'eau est au fond des osiers : Vois le courant du fossé Autour du Château mouillé. Descendons en nos celliers ; Après, le cidre et le lait.
MOI - Aller où boivent les vaches.
Nous sommes tes Grands-Parents ; Tiens, prends Les liqueurs dans nos armoires ; Le Thé, le Café, si rares, Frémissent dans les bouilloires. - Vois les images, les fleurs. Nous rentrons du cimetière.
MOI - Ah ! tarir toutes les urnes ! 2. L'ESPRIT
Éternelles Ondines, Divisez l'eau fine. Vénus, soeur de l'azur, Émeus le flot pur. Juifs errants de Norwège, Dites-moi la neige. Anciens exilés chers, Dites-moi la mer.
MOI - Non, plus ces boissons pures, Ces fleurs d'eau pour verres ; Légendes ni figures Ne me désaltèrent ; Chansonnier, ta filleule C'est ma soif si folle Hydre intime sans gueules Qui mine et désole. 3. LES AMIS
Viens, les Vins vont aux plages, Et les flots par millions ! Vois le Bitter sauvage Rouler du haut des monts !
Gagnons, pèlerins sages, L'Absinthe aux verts piliers...
MOI - Plus ces paysages. Qu'est l'ivresse, Amis ?
J'aime autant, mieux, même, Pourrir dans l'étang, Sous l'affreuse crème, Près des bois flottants. 4. LE PAUVRE SONGE
Peut-être un Soir m'attend Où je boirai tranquille En quelque vieille Ville, Et mourrai plus content : Puisque je suis patient !
Si mon mal se résigne, Si j'ai jamais quelque or, Choisirai-je le Nord Ou le Pays des Vignes ?... - Ah songer est indigne
Puisque c'est pure perte ! Et si je redeviens Le voyageur ancien Jamais l'auberge verte Ne peut bien m'être ouverte. 5. CONCLUSION
Les pigeons qui tremblent dans la prairie, Le gibier, qui court et qui voit dans la nuit, Les bêtes des eaux, la bête asservie, Les derniers papillons !... ont soif aussi.
Mais fondre où fond ce nuage sans guide, - Oh ! favorisé de ce qui est frais ! Expirer en ces violettes humides Dont les aurores chargent ces forêts ?
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Lun 28 Juil - 7:17 | |
| Omar KHAYYAM
Nos corps d´ivrognes ni le vin ni l´escabeau, N´avons souci d´espoir ni crainte de fléau ; Nos âmes et nos coeurs se rient, tachés de lie, De la terre et du feu, mais plus encore que de l´eau. Debout ! verse du vin ; pas de creuses paroles ! Ta bouche, ô nuit, sera mon jour car tu m´affoles. Faire taire avec du vin, rubis comme ta chair, Mes repentirs pareils à tes boucles frivoles. Tasse qu´il façonna pour y verser du vin, Le buveur ne veut pas que l´on te jette au chemin : Ornements que ses doigts par amour assemblèrent, En haine de qui donc vous briser de sa main ? Au printemps si quelqu´être au corps célestiel Me verse dans les champs un vin plus doux que miel, Je dis, quand je devrais déplaire à la canaille, Je serais moins qu´un chien si je pensais au ciel.
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Mar 29 Juil - 7:46 | |
| Emile VERHAEREN
CUISSON DU PAIN
Les servantes faisaient le pain pour les dimanches, Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain, Le front courbé, le coude en pointe hors des manches, La sueur les mouilant et coulant au pétrin.
Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte, Leur gorge remuait dans les corsages pleins. Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.
Le bois brûlé se fendillait en braises rouges Et deux par deux,du bout d'une planche, les gouges Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.
Et les flammes, par les gueules s'ouvrant passage, Comme une meute énorme et chaude de chiens roux, Sautaient en rugissant leur mordre le visage.
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Mer 30 Juil - 7:44 | |
| Omar KHAYYAM
Si l´on t´offre du vin, il est mal qu´on s´abstienne, Bois-en donc n´importe où, bois-en quoiqu´il advienne, Car Celui qui fit tout s´occupe un peu de nous, Masque comme le tien, barbe comme la mienne. Libre, j´aurais dit Non et refermé le livre. Si je pouvais guider mes pas, quel chemin suivre ? Ne vaudrait-il pas mieux que, n´étant pas venu, Je ne doive quitter ce monde... hélas ! y vivre ! Le Ramadân finit, c´est la saison des fêtes, Saison des beaux diseurs de légendes bien faites, Des bons marchands de rêve, amis porteurs de vin... Enivrez-vous, coeurs las, de jeûne et de retraites.
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Jeu 31 Juil - 7:51 | |
| Omar KHAYYAM
Ton âme passera, te quittant sans adieu, Derrière le rideau des grands secrets de Dieu. Sois heureux, réjouis-toi... D´où tu viens, tu l´ignores, Bois du vin... Tu t´en vas tu ne sais en quel lieu. La sagesse m´a dit, minuit allant venir : Le sommeil n´a jamais vu le bonheur fleurir. Pourquoi t´abandonner à la mort à son frêre ? Bois du vin ! N´as tu pas l´infini pour dormir ? Bois car tu dormiras sous terre des années, Sans camarades, sans amis, sans hyménées. Prends garde ! Ne révèle à nul ce grand secret : Pas ne refleuriront les tulipes fanées. Bois du vin, c´est la force, oui, bois à ton envie, Le seul trésor resté de jeunesse ravie, Saison des fleurs, des ris, des joyeux compagnons ! Sois heureux un instant, cet instant c´est ta vie.
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Sam 2 Aoû - 7:58 | |
| Maurice DU PLESSYS (1864-1924)
La chanson d'un soir de tempête J'ai sablé le vin, j'ai humé les roses ; J'ai cueilli la fleur du plus beau baiser : Je ne trouve plus au fond de ces choses De quoi me griser...
Les jours ont brillé sur ma tête pâle Sans m'apprendre rien du Tout qu'il y a : Mon coeur m'apparaît comme sort d'un châle Un camélia...
Jeunesse, éclair ! jours enfuis comme un rêve ! Flambeaux morts de gloire en cendre à mes pieds, Le Temps vous a pris comme un aigle enlève Les sanglants ramiers !
A mes pieds, des flots ô plèbe insultante ! Du lâche Destin prête-nom menteur ! Arrière, Avenir qu'attend sous la tente Achille et mon coeur !
Passions, passé, crache ça, mon âme, Comme ces hauts cieux d'éclairs déchirés Vident par cent trous dans les eaux leur flamme : Homme, ici mourez !
Non, vivons ! Mais si, dans l'atroce lutte, Je dois au vain flot céder le terrain, A ma lèvre expire en silence, Ô flûte Morte dans l'airain !
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Lun 4 Aoû - 7:07 | |
| José-Maria de HEREDIA (1842-1905)
VENDANGE
Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes, Des voix claires sonnaient à l'air vibrant du soir Et les femmes, en choeur, marchant vers le pressoir, Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.
C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes, Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir, La Bacchanale vit la Crétoise s'asseoir Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux, Dionysos vainqueur des bêtes et des Dieux D'un joug enguirlandé n'étreint plus les panthères ;
Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor Du pampre ensanglanté des antiques mystères La noire chevelure et la crinière d'or.
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| Sujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS Mar 5 Aoû - 7:37 | |
| VOLTAIRE
IL FAUT SE RENDRE
Il faut se rendre à ce palais magique Où les beaux vers, la danse, la musique, L'art de tromper les yeux par les couleurs, L'art plus heureux de séduire les coeurs, De cent plaisirs font un plaisir unique. I1 va siffler quelque opéra nouveau, Ou, malgré lui, court admirer Rameau. Allons souper. Que ces brillants services, Que ces ragoûts ont pour moi de délices ! Qu'un cuisinier est un mortel divin ! Chloris, Eglé, me versant de leur main D'un vin d'Aï dont la mousse pressée, De la bouteille avec force élancée, Comme un éclair fait voler le bouchon ; I1 part, on rit ; il frappe le plafond. De ce vin frais l'écume pétillante De nos Français est l'image brillante. Le lendemain donne d'autres désirs, D'autres soupers et de nouveaux plaisirs.
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