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À LA GLOIRE DE BACCHUS

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André
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TaureauCheval
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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Lun 14 Juil - 5:15

DE JUSSIEU

LE LIERRE ET LA VIGNE

Sur le mur d’un vieil hermitage,
Un lierre avec orgueil étalait son feuillage.
Une vigne, tout près de lui,
Grimpait modestement le long du même appui.
De son inutile verdure
Fier et vain comme un sot, le lierre, sans égard,
Repoussait sa voisine et couvrait la masure.
La pauvre vigne, sans murmure,
Se retirait toujours, cherchant place à l’écart.
Mais chacun eut son tour, et justice fut faite.
Un jardinier s’avance, armé de sa serpette ;
Il vient pour réparer le manoir délaissé.
Sans peine on devine le reste.
L’orgueilleux inutile, arraché, dispersé,
Laisse le mur débarrassé
A la vigne utile et modeste.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mar 15 Juil - 8:14

Émile NELLIGAN

Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
Ô le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai !
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Ou l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mer 16 Juil - 14:59

René SAUTS

L'ART DE DEGUSTER

Quand du bon vin tu dégusteras
Pour le faire sérieusement
Le pied du verre tu tiendras
Comme il sied convenablement

La robe tu observeras
Au travers d'un éclairement
Les tons, les teintes tu admireras
Et tous leurs étincellements

Au verre tu imprimeras
Un léger mouvement tournant
Et ainsi tu respireras
Les arômes agréablement

Alors le vin magnifieras
En le buvant joyeusement
Et l'amitié dispenseras
Autour de toi allègrement.

Le verre alors tu reposeras
Pour en parler évidemment.

Après, des lèvres aspireras
Quelques gouttes très doucement
Tes papilles humecteras
Ainsi dans un enchantement.
Avec la langue tu écraseras
Le nectar tout en le mâchant
Enfin… ce vin tu avaleras
A petits coups très calmement.

A mesure qu'il glissera
Vers ton estomac lentement
De sa chaleur t'enivreras
Alors voluptueusement.

Et ainsi ou que tu seras
Devant un verre évidemment
Ambassadeur on te classera
Oenophile et buveur savant.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Ven 18 Juil - 7:52

Léon VÉRANE

LE DIABLE AU BAR

Les alcools fleurissaient les verres à facettes
Et le zinc lumineux semblaient un reposoir.
Je trouvais au patron une figure honnête,
Un nerf de bœuf était derrière le comptoir.
Les flacons arboraient d’étranges étiquettes,
Une fille faisait ses lèvres au miroir.
L’aveugle sur le seuil, d’une aigre clarinette
Aggravait à dessein la descente du soir.

Des marins qui n’étaient inscrits sur aucun rôle
Troquaient pour un peu d’or de maigres perroquets
Ou des singes pelés juchés sur leur épaule,
Et les barques s’entrechoquaient le long des quais.
Alors au ciel monta la lune lente et plate
Qui fait hurler en chœur les déments et les chiens,
Et le Diable, vêtu d’un chandail écarlate,
Pénétra dans le bar et dénombra les siens.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Sam 19 Juil - 8:06

Léon VÉRANE

'U SOIR À MONTPARNASSE

Chabaneix, vous souvenez-vous
De la gargote à Montparnasse,
De ces flacons de vin d’Anjou,
De cette maritorne grasse.
Et de ces Bretons aux yeux bleus
Qui lampaient le cidre et la fine
En évoquant des soirs pompeux
Sur le Gange et les mers de Chine ?
La fuite des autos dehors
Vibrait du long cri des sirènes
Et les trottoirs monnayait l’or
Du gaz et de l’acétylène.
Nous nous citions Ronsard, Catulle,
Tristan, Théophile et Villon.
Et le mastroquet ridicule
Prenait un faux air d’Apollon.
Reverrons-nous un soir semblable,
Philippe en quelque cabaret,
Ivres, les coudes sur la table,
Tels Saint-Amant avec Faret ?

Et le signe clair de la Lyre
Fera-t-il encor, indulgent,
Luire sur notre beau délire
Vingt et une étoiles d’argent ?


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mer 23 Juil - 14:00

ANONYME

ALCOOL

Délicieuse envie d'une boisson fraiche
S'intriguant en début de journée
Liquide jaunâtre et glaçons glacés
Je sens l'arrivée d'une jouissance rêche.

J'accumule les verres puis les bouteilles
Et la jouissance devient merveille
Je continue encore instamment
Et ce, plus péniblement.

La montée du verre d'alcool
Commence à se faire pénible
Alors que celle de l'alcool
Se rend des plus dociles.

La raison renaît incertaines
Dans les cendres hautaines
Sorties de mes tripes et boyaux,
Dans les cendres de mes maux.

Je bois pour oublier mais,
j'aimerais oublier de boire,
Je bois et veux pardonner
Le mal que j'ai pu avoir.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Ven 25 Juil - 7:29

Sylvain RICHARDOT

Brouilly, Chablis, Bourgogne,
Grands châteaux du Bordelais
Chinon, Tursan, Sainte Croix du Mont,
Châteauneuf ou Beaujolais
Lirac, Médoc, Champagne et Puligny Montrachet
En cave obscure vieillirez
Et prendrez de belles années

Puis un jour une main tremblante
Doucement vous redressera
Essuira la noble poussière
Et vous monterez en silence
Les escaliers de vieille pierre
Pour arriver jusqu'au salon
Là vous ferez l'admiration
C'est aujourd'hui anniversaire


Et comme un rêve qui s'achève
La soirée se terminera
Laissant les rires dans les verres
Laissant bien vides les bouteilles
Et tous ces vieux bouchons de liège
Finiront leur vie de bouchon
Là, dans le buffet du salon
Dans un tiroir, quelle misère


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Dim 27 Juil - 6:29

Arthur RIMBAUD

COMEDIE DE LA SOIF
1. LES PARENTS

Nous sommes tes Grands-Parents,
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du coeur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l'homme ? boire.

MOI - Mourir aux fleuves barbares.

Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L'eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait.

MOI - Aller où boivent les vaches.

Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires ;
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
- Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière.

MOI - Ah ! tarir toutes les urnes !
2. L'ESPRIT

Éternelles Ondines,
Divisez l'eau fine.
Vénus, soeur de l'azur,
Émeus le flot pur.
Juifs errants de Norwège,
Dites-moi la neige.
Anciens exilés chers,
Dites-moi la mer.

MOI - Non, plus ces boissons pures,
Ces fleurs d'eau pour verres ;
Légendes ni figures
Ne me désaltèrent ;
Chansonnier, ta filleule
C'est ma soif si folle
Hydre intime sans gueules
Qui mine et désole.
3. LES AMIS

Viens, les Vins vont aux plages,
Et les flots par millions !
Vois le Bitter sauvage
Rouler du haut des monts !

Gagnons, pèlerins sages,
L'Absinthe aux verts piliers...

MOI - Plus ces paysages.
Qu'est l'ivresse, Amis ?

J'aime autant, mieux, même,
Pourrir dans l'étang,
Sous l'affreuse crème,
Près des bois flottants.
4. LE PAUVRE SONGE

Peut-être un Soir m'attend
Où je boirai tranquille
En quelque vieille Ville,
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient !

Si mon mal se résigne,
Si j'ai jamais quelque or,
Choisirai-je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?...
- Ah songer est indigne

Puisque c'est pure perte !
Et si je redeviens
Le voyageur ancien
Jamais l'auberge verte
Ne peut bien m'être ouverte.
5. CONCLUSION

Les pigeons qui tremblent dans la prairie,
Le gibier, qui court et qui voit dans la nuit,
Les bêtes des eaux, la bête asservie,
Les derniers papillons !... ont soif aussi.

Mais fondre où fond ce nuage sans guide,
- Oh ! favorisé de ce qui est frais !
Expirer en ces violettes humides
Dont les aurores chargent ces forêts ?


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Lun 28 Juil - 7:17

Omar KHAYYAM

Nos corps d´ivrognes ni le vin ni l´escabeau,
N´avons souci d´espoir ni crainte de fléau ;
Nos âmes et nos coeurs se rient, tachés de lie,
De la terre et du feu, mais plus encore que de l´eau.

Debout ! verse du vin ; pas de creuses paroles !
Ta bouche, ô nuit, sera mon jour car tu m´affoles.
Faire taire avec du vin, rubis comme ta chair,
Mes repentirs pareils à tes boucles frivoles.

Tasse qu´il façonna pour y verser du vin,
Le buveur ne veut pas que l´on te jette au chemin :
Ornements que ses doigts par amour assemblèrent,
En haine de qui donc vous briser de sa main ?

Au printemps si quelqu´être au corps célestiel
Me verse dans les champs un vin plus doux que miel,
Je dis, quand je devrais déplaire à la canaille,
Je serais moins qu´un chien si je pensais au ciel.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mar 29 Juil - 7:46

Emile VERHAEREN

CUISSON DU PAIN

Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,
Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,
Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,
La sueur les mouilant et coulant au pétrin.

Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte,
Leur gorge remuait dans les corsages pleins.
Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte
Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.

Le bois brûlé se fendillait en braises rouges
Et deux par deux,du bout d'une planche, les gouges
Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.

Et les flammes, par les gueules s'ouvrant passage,
Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,
Sautaient en rugissant leur mordre le visage.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mer 30 Juil - 7:44

Omar KHAYYAM

Si l´on t´offre du vin, il est mal qu´on s´abstienne,
Bois-en donc n´importe où, bois-en quoiqu´il advienne,
Car Celui qui fit tout s´occupe un peu de nous,
Masque comme le tien, barbe comme la mienne.

Libre, j´aurais dit Non et refermé le livre.
Si je pouvais guider mes pas, quel chemin suivre ?
Ne vaudrait-il pas mieux que, n´étant pas venu,
Je ne doive quitter ce monde... hélas ! y vivre !

Le Ramadân finit, c´est la saison des fêtes,
Saison des beaux diseurs de légendes bien faites,
Des bons marchands de rêve, amis porteurs de vin...
Enivrez-vous, coeurs las, de jeûne et de retraites.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Jeu 31 Juil - 7:51

Omar KHAYYAM

Ton âme passera, te quittant sans adieu,
Derrière le rideau des grands secrets de Dieu.
Sois heureux, réjouis-toi... D´où tu viens, tu l´ignores,
Bois du vin... Tu t´en vas tu ne sais en quel lieu.

La sagesse m´a dit, minuit allant venir :
Le sommeil n´a jamais vu le bonheur fleurir.
Pourquoi t´abandonner à la mort à son frêre ?
Bois du vin ! N´as tu pas l´infini pour dormir ?

Bois car tu dormiras sous terre des années,
Sans camarades, sans amis, sans hyménées.
Prends garde ! Ne révèle à nul ce grand secret :
Pas ne refleuriront les tulipes fanées.

Bois du vin, c´est la force, oui, bois à ton envie,
Le seul trésor resté de jeunesse ravie,
Saison des fleurs, des ris, des joyeux compagnons !
Sois heureux un instant, cet instant c´est ta vie.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Sam 2 Aoû - 7:58

Maurice DU PLESSYS (1864-1924)

La chanson d'un soir de tempête
J'ai sablé le vin, j'ai humé les roses ;
J'ai cueilli la fleur du plus beau baiser :
Je ne trouve plus au fond de ces choses
De quoi me griser...

Les jours ont brillé sur ma tête pâle
Sans m'apprendre rien du Tout qu'il y a :
Mon coeur m'apparaît comme sort d'un châle
Un camélia...

Jeunesse, éclair ! jours enfuis comme un rêve !
Flambeaux morts de gloire en cendre à mes pieds,
Le Temps vous a pris comme un aigle enlève
Les sanglants ramiers !

A mes pieds, des flots ô plèbe insultante !
Du lâche Destin prête-nom menteur !
Arrière, Avenir qu'attend sous la tente
Achille et mon coeur !

Passions, passé, crache ça, mon âme,
Comme ces hauts cieux d'éclairs déchirés
Vident par cent trous dans les eaux leur flamme :
Homme, ici mourez !

Non, vivons ! Mais si, dans l'atroce lutte,
Je dois au vain flot céder le terrain,
A ma lèvre expire en silence, Ô flûte
Morte dans l'airain !


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Lun 4 Aoû - 7:07

José-Maria de HEREDIA (1842-1905)

VENDANGE

Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes,
Des voix claires sonnaient à l'air vibrant du soir
Et les femmes, en choeur, marchant vers le pressoir,
Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.

C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
La Bacchanale vit la Crétoise s'asseoir
Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.

Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
Dionysos vainqueur des bêtes et des Dieux
D'un joug enguirlandé n'étreint plus les panthères ;

Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
Du pampre ensanglanté des antiques mystères
La noire chevelure et la crinière d'or.


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MessageSujet: Re: À LA GLOIRE DE BACCHUS   Mar 5 Aoû - 7:37

VOLTAIRE

IL FAUT SE RENDRE

Il faut se rendre à ce palais magique
Où les beaux vers, la danse, la musique,
L'art de tromper les yeux par les couleurs,
L'art plus heureux de séduire les coeurs,
De cent plaisirs font un plaisir unique.
I1 va siffler quelque opéra nouveau,
Ou, malgré lui, court admirer Rameau.
Allons souper. Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu'un cuisinier est un mortel divin !
Chloris, Eglé, me versant de leur main
D'un vin d'Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon ;
I1 part, on rit ; il frappe le plafond.
De ce vin frais l'écume pétillante
De nos Français est l'image brillante.
Le lendemain donne d'autres désirs,
D'autres soupers et de nouveaux plaisirs.



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