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De tout un peu (Poése comique)

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André
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TaureauCheval
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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Jeu 17 Juil - 6:55

Alphonse ALLAIS

COMPLAINTE AMOUREUSE

Oui, dès l'instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes.
Et l'amour qu'en vos yeux je pris,
Sur le champ vous le reçûtes.
Ah l Fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez.
Qu'ingénuement je vous le disse,
Qu'avec orgueil vous vous tûssiez !
Fallait-i1 que je vous aimasse,
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m'assassinassiez !


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Ven 18 Juil - 7:59

Jean PASSERAT

LES GOINFRES

Coucher trois dans un drap, sans feu ny sans chandelle,
Au profond de l'hyver, dans la salle aux fagots,
Où les chats, ruminant le langage des Gots,
Nous éclairent sans cesse en roulant la prunelle;

Hausser nostre chevet avec une escabelle,
Estre deux ans à jeun comme les escargots,
Resver en grimassant ainsi que les magots
Qui, baillans au soleil, se grattent soubs l'aisselle;

Mettre au lieu de bonnet la coëffe d'un chapeau,
Prendre pour se couvrir la frise d'un manteau
Dont le dessus servit à nous doubler la pause

Puis souffrir cent brocards d'un vieux hoste irrité,
Qui peut fournir à peine à la moindre despense,
C'est ce qu'engendre enfin la prodigalité.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Sam 19 Juil - 8:13

JEHAN-RICTUS

LES MONTE-EN-L'AIR

— « Vas-y Julot, vas-y vieux frère,
faut m’ mett’ dedans c’te lourde-là ;
la carouble a peut pas y faire,
on va n’être encor chocolat !

Magn’-toi magn’-toi, prends l’ suc de pomme,
ya nib de pant’s dans le log’teau,
y vienn’nt de call’ter en auto
avec les lardons et la bonne.

Quand qu’y rentiff’ront, minc’ de blair !
Beuh !... c’est kif-kif, el’ mêm’ méquier ;
gn’en a les z’uns qu’il est banquiers
et les aut’s qu’il est monte-en-l’air.

Seul’ment, nous aut’s, on a pus d’ risques,
tandis qu’euss aut’s, y z’ont pus d’ frais ;
avant qu’y soyent bons pour êt’ faits,
faut qu’y z’ayent raflé l’Obélisque....

Stop !..... Un p’tit moment si you plaît ?
Non : j’ croyais d’ n’avoir entendu
que l’ môm’ Nu-Patt’s au bout d’ la rue
nous balançait son coup d’ sifflet.

Grouill’ Julot, c’est l’Hiver, les pègres
à la faridon sont ben maigres ;
moi d’pis deux r’luits j’ai pus d’ tabac,
mais tantôt ça s’ra la nouba.

L’ monde est h’en deux compartiments :
les poir’s sont à gauch’ de la boîte.
Mon vieux..., faut toujours t’nir sa douâte
et tout l’ rest’ c’est des boniments.

À preuv’ que moi qu’ j’ai essploré
de Cayenne à... Philadelphie,
la Société d’ Géographie,
a m’a seul’ment pas décoré !

Qui d’main s’ra à la ribouldingue ?
Qui jett’ra d’ l’huile aux pus huileux ?
Qui n’aura l’ flac et l’ gros morlingue ?
C’est les gas qu’il est pas frileux.

Les gas d’altèqu’..., les rigolos,
les pénars, les marl’s, les macaires,
qu’ estim’nt qu’y sont pas su’ la Terre
pour marner avec les boulots.

Et qui mêm’, quand y pass’nt à planche,
z’yeut’nt les chats-fourrés dans la poire,
car c’est qu’ par marlouse et fortanche
qu’y sont d’ l’aut’ côté du comptoir !

Seul’ment vieux, laiss’ ça,... c’est rouillé,
tu t’ mets pour peau d’ zèbe en quarante ;
r’gard’ comment que j’ vas travailler....
Rrrran !... Minc’ de pesée ! Minc’ de fente !

Hein ? C’est pas du boulot d’ gingeole !
Enquill’ Julot, pousse el’ verrou...
sans charrier..., nous voilà chez nous....
Ben... quéqu’ t’ as Juju, tu flageoles ?

S’pèc’ de schnock, tu vas pas flancher !
T’es-t’y un pote ou eun’ feignasse ?
À preusent que j’ t’ai embauché,
tu veux chier du poivre à mon gniasse ?

Tu sais,... méfie-toi..., l’est moins deux ;
pas d’ giries ou... j’ te capahute ;
et pis après j’ me mets les flûtes,
tant pir’ pour les canards boiteux.

Quiens, tette un coup..., v’là eun’ bouteille,
attends..., c’est d’ la fin’ « Grand Marnier » ;
allons Julot, voyons ma vieille,
hardi ! du cœur et du pognet.

Na ! maint’nant trott’ su’ la carpette
en douce,... enlève tes... escarpins ;
pas par là, c’est la sall’ de bains,
où qu’ tu crois qu’y carr’nt leurs pépettes,

Avance, y va falloir gratter,
on n’en est encor qu’au prologue ;
pas par là non pus, c’est les gogues !
Ben mon pot’, t’ es rien effronté !

Non ! Allum’-moi leur gueulard’rie
(ah ! on n’est pas chez des biffins !)
Les vach’s ! ça croût’ dans l’argent’rie
pendant qu’ l’ Ovréier meurt de faim !

À gauch’ vieill’, fouin’ dans les tiroirs,
sûr y a là d’ quoi effaroucher ;
moi j’ vas dans la chambe à coucher,
faut que j’ dis’ deux mots à l’ormoire.

Ah ! j’ te r’command’,... fais pas d’ paquets,
n’ chauff’ que c’ qu’on peut tasser en fouilles,
voyez brocquans, talbins, monouilles,
en sortant on s’ f’rait remarquer !

Cré tas d’ sans-soins ! Y laiss’nt traîner
leur toquant’ su’ la cheminée,
étouffons, étouffons toujours....
Marie vous aurez vos huit jours !

Voyons leur linge. Il est coquet :
allons, aboul’-toi su’ l’ parquet,
(ça m’ rappell’ quand j’étais en Chine
cabot fantabosse ed’ marine.)

Phalzars brodanchés ? Beau travail.
Zou ! j’en carre un pour ma congaï.
Quand a n’aura ça su’ les fesses,
a mettra pus d’ cœur au bizness.

Preusent viv’ment, cherrons l’ mat’las !
Aign’ donc, à nous deux Nicolas !...
Ohé Julot, pas tant d’ bouzin,
tu vas fair’ tiquer les voisins !

Qué qu’ tu jabot’s ? On sonne ? On cogne ?
Bien bien, j’ rappliqu’..., fais dall’, tais-toi....
Merde ! on est visés ! C’est les cognes.
Allez !... faut s’ barrer par les toits.

Hop ! su’ l’ balcon, plaqu’ tout, au trot...
Qu’est-c’ qu’y t’ prend ? Encore eun’ faiblesse !
Ah ! ben mon vieux, cett’ fois j’ te laisse ;
pour t’emm’ner j’ai pas d’aéro.

Salaud ! Y tourne des mirettes !
Ah ! on m’y r’prendra eune aut’ fois
à voyager comme eun’ galette
avec un garçon qu’ a les foies !

Bon Dieu ! Y en a du trêpe en bas.
Cassez la lourde, allez, cassez !
Quiens, l’ Môm’ Nu-Patt’s il est coincé,
mais Sézig y l’ont h’encor pas.

Voui, tas d’ truff’s, app’lez les pompiers ;
j’ n’ai ni I’ vertigo ni la trouille,
moi j’ grimpe ou j’ dévale eun’ gargouille,
six étag’s, blavin dans les pieds !

J’ suis bon, j’ m’envole..., arr’moir’ Julotte !
t’t’ à l’heure au quart, d’main à la Tour,
tâch’ de n’ pas m’ donner au Gerbier
ou ben j’ t’arr’trouv’rai un d’ ces jours...

t’ entends coquine, emmanché, fiotte,
hé, Apprenti ! Hé, gât’-métier !


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Lun 21 Juil - 8:15

JEHAN-RICTUS

LA GRANDE IRMA

Ô Maman, ma Maman jolie,
nous nous sommes bien promenés
ce Dimanche de permission....

C’est bientôt l’heure du dîner,
voici quelques gouttes de pluie...
mon casoar sera mouillé,
ses plumes seront défraîchies.

Et vous, avec vos fins souliers
découverts et vos bas à jour
peu faits pour cette ignoble boue
attraperez du mal, bien sûr.

Ô Maman, ma Maman jolie,
Voulez-vous que nous rentrions ?

Ô Maman ! Ces vieux beaux Messieurs
rencontrés sur le boulevard,
ces vieux, à tournure guerrière,
à pantalons à la housard
et à chapeaux badingueusards,
qui vous tutoyaient, ma Maman !....

Ces vieux baveux dont les regards
semblaient perdus dans le coma,
qui vous disaient : « Mais, mais, mais, mais
mais... n’est-ce pas « la Grande Irma » ?

Et puis :
— « Mâtin ! Quoi ! C’est ton fils ?
ce bambin blond connu jadis
sous Mac-Mahon ou Gambetta !
(Hum ! ça ne nous rajeunit guère ! )
Quel beau garçon ! Quell’ belle plante !
Quel bel officier ça fera ! »

— « Alors, vous êtes à Saint-Cyr ?
(ça me rappell’ des souvenirs ! )
Et comment va le pèr’ Système ?
C’était le bon temps... Sacrédié !
Continuez jeune homme, allez !
Portez l’épaulette, c’est beau !
Mission d’honneur... servir la Frrance !
Le Drapeau ! Ah ! ah ! le Drapeau !
C’est vous qui referez la guerre
et nous rendrez nos deux provinces ! »

— « Tu as bien fait vois-tu ma chère
d’en faire un vaillant militaire....
Compliments, mordieu... compliments...

De loin, à vous voir tous les deux,
on aurait dit des amoureux...
Et toi vois-tu ma Grande Irma
tu es plus belle que jama... s. »

Maman ! J’aurais bien volontiers
poussé mon épée-baïonnette
dans le ventre à tous ces vieux beaux !

(Je n’en peux plus Maman jolie...
Voulez-vous que nous rentrions ?

Oh ! rentrons je vous en supplie,
je suis malheureux, malheureux...

Les magasins, les devantures,
les passants, les trams, les voitures,
ce tohu-bohu de Paris,
ces trompes, ces essieux, ces cris...
les becs, les signes lumineux,
les kiosques, les autos, les arbres,
les réclam’s, toutes ces réclames,
dansent et tremblent dans mes larmes...
(Un soldat ne doit pas pleurer !)

Je titube et je suis comme saoul....
on dirait que j’ai coup sur coup
avalé cinq ou six absinthes....

Oh ! Maman qui ne voyez rien,
que j’oscille et que je chancelle
comme un arbre sous la cognée...

Rentrons, rentrons, je vous en prie !
Je vais défaillir de souffrance,
je vais m’écrouler de chagrin.

Quell’ peine je ressens, Maman !
D’un seul coup ces vieux Assassins
m’ont fait comprendre votre vie
et tout... et tout... et le Passé !

Ô Maman, frivole et jolie,
(adorée pourtant, adorée),
avec leurs paroles affreuses,
ces vieux salauds m’ont égorgé !

Ô Maman, rentrons voulez-vous ?
Qu’avez-vous fait de votre fils ?

Tenez, là-bas, le marchand d’ « Presse »
qui piétine dans la boue épaisse
et ne peut vendre ses journaux...

le bagotier qui, haletant,
suit le fiacre chargé de malles,
dans l’espoir de quelque dix sous
qui l’empêcheront de mourir !

le chien qui a perdu son maître
et qui crotté court éperdu,
qui tourne, s’affole et aboie
en se perdant de plus en plus...

la lugubre fille de joie
par son visqueux amant battue...
je ne sais quoi dire, ô Maman,
tous ces tragiques de la Rue
sont bien moins malheureux que moi,
en ce moment, en ce moment.

Dites, Maman, rentrons chez nous
pour que je pleure tout mon soûl,
des heures, des heures, des heures...

jusqu’à demain, jusqu’à demain,
en vous étreignant les genoux,
en mettant dans vos belles mains,
vos mains grasses et fuselées,
mon front aux veines trop gonflées

et mes yeux brûlés par les pleurs ;

Et là je vous dirai, Maman :
— « Un enfant, n’est-ce pas, c’est cher ?
Le lait, le pain, les vêtements,
l’éducation, l’instruction,
les soins, qui sait, les maladies ;
vous avez dû pour tout cela
n’est-ce pas, ma Maman jolie,

payer de votre belle chair ?

Si même à des heures horribles
vous vous êtes déshabillée
(mon Dieu !) et mise toute nue,
et livrée au premier venu...

c’est qu’alors il vous a fallu
régler les mois de ma nourrice,
m’acheter des petits souliers
ou bien des joujoux à Noël !

Pauvre sainte Maman jolie !
(Je vous ai coûté vos pudeurs !)
À l’idée de vot’ petit gas
vous vous sentiez bien, n’est-ce pas,
au-dessus du banal honneur ?)

N’empêche, je me sens bien triste,
j’ai la langue et la bouche amères,
comme si j’avais par erreur
mordu et mâché du poison.

Désormais j’aurai ma chimère,
et rêverai d’une Patrie
où la Femme ne sera plus
traquée, vendue, forcée, flétrie,
à l’abri de nos trois couleurs.

Ma Maman, n’ai-je pas raison ?

Enfin je suis bien malheureux,
j’aimerais mieux n’être point né
et j’ai envie, combien envie,
d’aller me jeter à la Seine
comme un amant abandonné...

— « Fils de putain ! » me dira-t-on
toute la vie... toute la vie...

Ô Maman, je me meurs de peine,
voulez-vous que nous rentrions ?


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Mar 22 Juil - 13:37

Maurice CAREME

LE MÂT DE COCAGNE

Il y a le vert du cerfeuil
Et il y a le ver de terre
Il y a l'endroit et l'envers
L'amoureux qui écrit en vers
Le verre d'eau plein de lumière,
La fine pantoufle de vair
Et il y a moi, tête en l' air,
Qui dit toujours tout de travers.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Mer 23 Juil - 14:09

Bauderon de SÉNÉCÉ

LA CONFIANCE PERDUE

Les Turcs font si grand cas d'une certaine fable,
Que la pièce à leur gré tient presque du divin ;
Conte bleu, cependant, et bleu d'un bleu turquin,
Bizarrement pensé, heurtant le vraisemblable,
Et pis que tout cela, plus long qu'un jour sans pain ;
Mais, au défaut de l'agréable
Qui n'en est pas le beau côté,
Peut-être pourrait-on le trouver supportable,
En se fixant à sa moralité.
Enfin, passable ou non passable,
Voici ce qu'à peu près on m'en a raconté.
Dans le coin d'un faubourg de Pruse, en Bythinie.
Demeuroit à l'étroit un pauvre musulman,
Bon homme, de qui la manie
Étoit de calculer les mots de l'Alcoran,
Et d'en savoir par coeur toute la litanie,
Sans élever plus haut d'un cran
Son étude ni son génie ;
Du reste, quant aux mours, réglé comme un cadran.
Et si dévôt que, dans le voisinage,
Il servait de modèle à tous les vrais croyants.
Il avoit femme aux yeux noirs et brillants,
Belle, bien faite, égale, douce, sage ;
Pour couper court, femme aimable en tout sens,
Et qui l'aimoit on ne peut davantage :
Puis, comme on sait, dévots et pauvres gens,
Pour honorer l'état du mariage,
Sont la plupart de grands faiseurs d'enfants.
Aussi Mahmoud (c'est notre personnage)
En mouloit-il au moins un tous les ans.
Or, une année il advint qu'en un temps,
Temps de grossesse, où femmes de bons sens
Quelquefois paroîtront folles à triple étage,
Tant leurs goûts sont extravagants.
La sienne eut une envie, ml plutôt une rage,
De t'ter d'un certain laitage
Qu'on nomme en turc du kaïmack.
J'ai, disoit-elle, un feu dans l'estomac
Qui me dévore, et suis sure, je gage,
Sans me regarder au miroir,
Qu'il y paroit sur mon visage.
Mon cher mari, mon cher bon, mon espoir,
Fais-moi manger du kaïmack ce soir.
Ce soir? s'écria-t-il, je voudrois le pouvoir ;
Mais comment faire ? on n'en vend qu'au village ;
C'est fort loin, il est tard ; tu sais bien tout cela.
Jusqu'à demain, m'amour, t'che à prendre courage,
Je t'en irai chercher. Cependant, d'ici là,
Observe bien tes mains ; car, dis-moi, quel dommage,
Si te grattant partout où le hasard voudra,
Tu nous allois planter un morceau de fromage
Droit sur le bout du nez du poupon qui viendra!
La pauvrette, à ce badinage,
Sourit, prit patience, et pourtant soupira.
Dès la pointe du jour Mahmoud lui tint parole,
Choisit un plat bien écuré,
Et court, ou plutôt vole,
An laitage tant désire.
Mais en allant s'il fut Eole,
Pour le boiteux Vulcain on l'eût pris au retour,
Lorsqu'il vint à passer par une longue plaine,
Dont le soleil faisoit un four.
Heureusement au bout il vit une fontaine
Rencognée à l'écart dans un petit détour,
Et tout clopin clopant s'y rendit avec peine.
Son bassin regorgeoit d'une eau riante et saine ;
Des gazons émaillés l'ornoient tout à l'entour ;
Un plane l'ombrageait par son vaste contour,
Et les zephirs au frais, sans agiter l'arène,
Luttoient si joliment contre le chaud du jour,
Qu'au murmure de l'onde et de leur douce haleine,
Tout sembloit dire en ce séjour :
Ou dormez, ou faites l'amour.
Faire l'amour! Mahmoud n'en avoit point envie,
Quand même il auroit eu de quoi ;
Mais oui bien de dormir et plus que de sa vie :
Aussi tout étendu dormoit-il comme un roi ;
Posez le cas qu'un roi dorme mieux qu'un autre homme :
J'en pense au rebours, quant à moi.
Quoi qu'il en soit, tandis qu'il dépêche son somme,
Un gros serpent goulu, d'ailleurs fort bien instruit,
Dont l'arbre creux formoît le gîte,
En dégringole a petit bruit,
Mange le kaïmack et remonte au plus vite,
Et juste dans le plat d'étain
Qu'avoit mis le dormeur auprès de son oreille,
Laisse tomber un beau sequin.
Le Turc ouvre les yeux à ce son argentin,
Regarde, se les frotte, et si fort s'émerveille,
Qu'il doute s'il dort ou s'il veille,
Ne pouvant concevoir ni par qui ni par où,
Dans un lieu si désert, lui venoit telle chance,
Quand l'animal, passant la tête hors du trou,
Se dresse, se rengorge en serpent d'importance,
Siffle pour l'avertir, et lui dit : Cher Mahmoud,
D'un petit air de connoissance,
Vraiment, ton kaïmack étoit de fort bon goût ;
Il y paroît, je crois, à ma reconnoissance ;
En effet, j'en suis si content,
Que si tu me promets de garder le silence,
Et de m'en apporter chaque matin autant,
Un sequin tous les jours sera ta récompense.
Notre homme, qui de peur étoit quasi perclus,
A de si doux propos, si richement conçus,
Se dégourdit, se lève, et fait la révérence,
Promet du secret tant et plus
A l'illustre animal, qu'il traite d'Excellence ;
(Beaux titres de tout temps suivirent la finance) ;
Et devenu léger, de nouveau recourut
Chercher du kaïmack pour sa chère femelle.
Savoir sur son retard ce qu'il dit à la belle,
Quelle fut son excuse, et comme on le reçut,
Il n'en est point parle : c'est pour moi lettre close.
Mais de retour à son taudis,
Aussitôt la première chose
Fut, le corps contre terre et l''me au paradis,
De rendre grace au ciel de sa bonne aventure ;
Puis en digne patron des zélés osmanlis :
Grand Mahomet, dit-il pourvu que ceci dure
Seulement cinq ans accomplis,
Je te jure d'aller à ces lieux ennoblis
Par ta naissance et par ta sépulture.
Oh! pour moi quelle joie inénarrable et pure,
Si je puis sur ce point contenter mes désirs !
Oui! la Mecque, Médine, objets de mes soupirs,
Dont au seul nom mon cour tressaille d'allégresse,
Je vous irai voir, j'en fais voeu,
Si ce bon serpent du bon Dieu
Durant cinq ans tient sa promesse.
Et de fait, ce temps révolu,
Il étoit à partir déjà tout résolu,
Lorsqu'en s'y préparant un article l'arrête :
Il songe qu'il va se priver
D'un sequin chaque jour : la rente étoit honnête,
Et méritoit bien d'y rêver.
Mais en fait d'intérêt, un manant, une bête,
Inventifs en moyens, savent mieux les trouver
Qu'homme du monde et bonne tête.
Voici le tour qu'il prit pour sortir d'embarras :
Il s'en fut au serpent, comme un frère à la quête,
Le col tors, l'oeil baissé, marchant à petits pas,
Lui fit, d'un ton piteux, une adroite requête
Sur son voeu qui le trouble, et, demi-prosterné,
Finit en le priant, avec tres-humble instance,
De permettre qu'Osmin, de ses enfants l'aîné,
Garçon de vingt ans bien tourne,
Sage, discret, fidèle et plein d'intelligence,
Eut l'honneur, pendant son absence,
De lui porter le dejeûné.
Le reptile d'abord, par un air réfrogné,
Pour tout ce beau projet marqua sa répugnance,
Et loin d'y consentir, au vieillard étonné
Fit cette verte remontrance :
Pauvre homme! lui dit-il, quel désir effréné
Te prend si follement de courir à ton 'ge ?
Sur quoi, pour ton salut, plus vif qu'illuminé,
Fondes-tu le besoin de ce pélerinage ?
Mahomet, me dis-tu, l'a lui-même ordonné :
Oui ; mais non pas à toi, par l'hymen enchaîné.
Prends l'esprit du prophète, et lis bien ce passage ;
Ni sa loi, ni ton voeu si mal imagine,
Ne sauroient te contraindre à faire un tel voyage.
Va, mon ami, crois-moi ; des tiens environné,
Crains Dieu, sers le prochain, et veille à ton ménage.
Voilà l'essentiel, le reste n'est qu'usage.
Bon ou mauvais, suivant qu'il est subordonné
Aux principaux devoirs où ton état t'engage.
A l'égard de ton fils, que tu dis si bien ne,
C'est de tous tes pareils l'ordinaire langage ;
Chez eux l'amour-propre incarné,
Toujours dans un enfant offre une belle image ;
Un père en lui s'admire, et d'un oeil fasciné,
Se contemplant dans son ouvrage,
Par ses propres défauts souvent le trouve orne.
Au reste, pourtant, je veux croire
Qu'à toutes les vertus le tien discipline,
Mérite l'éloge et la gloire
Dont tu me l'as enluminé ;
Mais, le tout bien examine,
Il ne me convient pas, en saine politique,
De me livrer ainsi, moi serpent suranné,
A jeune adolescent, au menton cotonné :
Je veux un homme fait, et dont la barbe pique ;
Tu m'entends, songes-y : bon soir, point de réplique.
Mahmoud, de ce sermon interdit, consterné,
En petit béat obstine, Jugea le premier point tout à fait hérétique,
Et comme père un peu berné,
Trouva le second fort caustique.
Mais il sait prudemment contenir son chagrin ;
Car, s'il se f'che, adieu la rente du sequin,
Ou le voyage de la Mecque.

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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Mer 23 Juil - 14:10

Pour venir donc à bout de son pieux dessein,
Et conserver son hypothèque,
Il retourne à la charge, et fait tant qu'à la fin,
Par son importune prière,
Le serpent, malgré soi, consent que le blondin
Exerce auprès de lui l'office de laitière.
Ravi de ce succès, il vous part de la main,
Vient tout dire à son fils, lui montre la manière
De servir en secret la bête familière
Qu'ils vont voir dès le lendemain,
Et pour être plus sur qu'il saura son chemin,
Et retrouvera bien le plane,
Il l'y conduit encor trois jours à même fin ;
Puis dans deux petits sacs mettant tout son frusquin,
S'en va joindre une caravane. Bon voyage au vieux pélerin!
Laissons-le à sa façon, monté sur son roussin,
Courir à la béatitude,
Et voyons à présent ce que va faire Osmin.
Le serpent soupçonneux et fin,
Pour se guérir de toute inquiétude,
Avoit, en l'acceptant, exigé par prélude,
Que s'il vouloit toujours 'tre son bien-aimé,
Il ne viendroit jamais armé.
Item, que sous sa solitude
Son kaïmack seroit porté,
Et que lui pourvoyeur se tiendroit écarté,
Tandis que lui reptile, en pleine quiétude,
Mangeroit à sa volonté.
Tout cela fut promis et fut exécuté,
Pendant près d'une année, avec exactitude.
Mais le temps à la longue engendre l'habitude ;
L'habitude conduit à la sécurité,
Et souvent celle-ci mène à l'ingratitude,
Ainsi que l'animal, par son trop de bonté,
En fit une épreuve bien rude ;
Car, s'étant démenti de sa rigidité
En faveur de la mine prude,
Et de l'air de simplicité
Dont l'hypocrite Osmin s'étoit fait une étude
Pour masquer sa perversité,
Il lui donna la liberté
D'approcher, et fut même encore assez facile
Pour s'en laisser toucher en toute privauté.
Oui-dà, dit à part soi ce coeur de crocodile.
Un jour qu'il l'avoit bien flatté,
Puisque vous êtes si docile,
Il faut mettre à profit votre docilité,
Et nous verrons un peu, monseigneur du reptile,
Ce que tient votre coffre-fort.
Depuis plus de six ans, tous les jours il en sort
Sequins d'un très-bon poids et meilleurs qu'a la ville ;
Mais comptez que demain vous serez mis à mort,
Et qu'à vous succéder je serai fort habile.
C'est bien à vous, bête rampante et vile,
A jouir d'un si grand trésor.
L'or n'est fait que pour l'homme, et l'homme est fait pour l'or ;
L'un sans l'autre en ce monde est un être inutile ;
Tant pis pour un père imbécille,
Si, pouvant s'enrichir, il est demeuré gueux.
Foible d'esprit et scrupuleux Ne sont que des mots synonymes.
Osmin, ainsi frappé de ces belles maximes
Forme déjà mille projets.
Il aimoit les grandeurs, les jouvenceaux, les dames,
Et tous les plaisirs à l'excès.
Je veux d'abord, dit-il, épouser quatre femmes,
Avoir deux cents chevaux, au moins trente odaliks,
Cent valets, six serails, dix ou douze chiffiks,
Le reste a l'avenant ; et je ferai de sorte
Qu'on me verra peut-être un des premiers pachas
Car, avec de l'argent, que ne devient-on pas!
De ce dangereux fou l'idée étoit si forte
Qu'il n'en dormit non plus durant toute la nuit
Que pucelle à vingt ans la veille de ses noces
Mais, sitôt que l'aurore luit
Ses mains avides et féroces
Brûlant déjà de s'assouvir
Du sang qu'il croit verser, de l'or qu'il veut ravir,
A sa ceinture il s'arme d'une hache,
Sous sa pelisse adroitement la cache,
Porte au serpent du kaïmack
Une fois plus qu'a l'ordinaire,
Et lui dit : Monseigneur, selon notre almanach,
C'est aujourd'hui Bairam ; j'ai cru pouvoir vous plaire
En vous y faisant prendre part.
L'an passé, comme un sot, je n'osai pas le faire ;
Excusez si je sens ma faute un peu trop tard ;
Au surplus je voudrois, en l'avouant sans fard,
Pouvoir plus dignement vous témoigner mon zèle ;
Mais que vous présenter? La nature, ni l'art,
Ne m'offrent rien à votre égard
De plus exquis que cette bagatelle.
Par ces mots emmiellés le doucereux cafard
Enjôle de façon le reptile richard,
Que celui-ci. charmé, de tout le remercie
Et barbotte, en mangeant, quasi comme un canard.
Alors ce déloyal, voyant qu'il officie,
Sans l'observer d'aucun regard,
Lui décharge un fendant, mais, que ce soit hasard
Ou céleste bonté des forfaits ennemie
Notre agile bête avertie,
Voit le coup, et l'esquive en sautant à l'écart,
Pas si bien cependant que la hache qui part,
En faisant son chemin, ne lui coupe la queue.
On dit qu'elle en parut de rage toute bleue
Que cela soit ou non, ce n'est rien que cela ;
Pour le conte, il suffit que jaune, bleue ou brune,
Sautant au col d'Osmin, elle vous l'étrangla ;
Et que, comme aux pachas cette fin est commune,
Lui qui vouloit tant l'être, au moins le fut par là.
Le serpent le suçoit encore avec délices,
Quand plusieurs passagers, courant de ca, de là,
Vinrent fort échauffés offrir de vains services.
Il n'en étoit plus temps ; déjà de son étui,
L''me du scélérat, qu'escortoient tous les vices,
Au fond des enfers avoit fui.
Quelqu'un le reconnut : on l'emporta chez lui,
Où tous les voisins se rendirent.
C'étoit de la maison l'espérance et l'appui.
On peut s'imaginer ce que dirent et firent
Les parents désolés dans leur premier transport ;
Jamais douleur ne fut plus vive.
Mais tandis qu'en hurlant ils déploroient son sort,
Voici qu'à point nommé notre Mahmoud arrive.
Quel spectacle pour lui! quel retour ! quel abord !
Il en tombe presque en foiblesse.
Du peu qu'on sait du cas on lui fait le rapport ;
Et chaque mot qu'on dit le pénètre si fort,
Qu'il s'arrache le poil et rugit de détresse.
Vrai Dieu, quel bon papa! Voyez quelle tendresse!-
Se disoient les voisins. Ils n'étoient pas au fait :
Lui seul sait où le bat le blesse ;
Vu que, saintement fou, par ml zèle indiscret
Qui fournira peu de copies,
Et comptant sur son fils qu'il croyoit si parfait,
Il ne lui restoit rien de tout son petit fait,
L'ayant tout mis en oeuvres pies,
De sorte qu'accable de regrets infinis
De ne voir dans ses sacs, si dodus à la mine
Que des colifichets et des haillons bénis
Qu'il avoit rapportés du tombeau de Médine
Il plaint bien moins le mort qu'il ne fait les vivants
Car pour lui, pour sa femme, et neuf ou dix enfants,
Tout cela mis au pot eût fait maigre cuisine.
Que devenir dorénavant
Avec sa nombreuse famille,
Si son bienfaiteur le serpent
Ne le nourrit et ne l'habille ?
Après donc quelque temps passé dans les douleurs
A ses dépens plus sage, enfin il les surmonte,
Va devant l'animal répandre force pleurs,
Lui porte du laitage enjolivé de fleurs,
Croyant y bien trouver son compte.
Il s'informe de tout : l'animal le lui conte
Juste de point en point ; puis, faisant le plongeon,
Plante là mon pleureur avec sa courte honte.
Mahmoud, au désespoir d'un si dur abandon,
En vain prie et gémit, tendrement le rappelle,
Traite son fils d'ingrat, de monstre, d'infidèle,
Maudit sa mémoire et ses jours...
Mais moi, pauvre innocent, qui t'honore, qui t'aime,
Pourquoi, lui crioit-il, me fais-tu comme un ours?
Nous étions tant amis, soyons-le encor de même,
Et de notre marche renouvelons le cours.
Le reptile, infiexible à tous ces beaux discours,
Aussi soûl de le voir que dégoûté de crème,
Par ce trait simple et vif s'en defit pour toujours :
Amis, soit, j'y consens, mais au moins d'une lieue ;
Car pour de près, vois-tu, crois ce que je te dis :
Tant qu'il te souviendra que j'ai tué ton fils,
Et que je penserai qu'il m'a coupe la queue,
Nous ne pourrons jamais être de vrais amis.
Dès que la confiance est une fois perdue,
Ne comptez plus de la ravoir.
On peut, par amitié réelle ou prétendue,
En montrer le fantôme et le faire valoir ;
Mais que du fond du coeur elle soit bien rendue,
Cela passe l'humain pouvoir


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Jeu 24 Juil - 7:38

Jehan RICTUS

AH ! NON DE DIEU !

Ah ! nom de Dieu, v’là que tout r’commence.
L’Amour, y gonfle tous les cœurs,
D’après l’chichi des chroniqueurs.
Quand c’est qu’y m’gonflera… la panse ?
Quand c’est qu’y m’foutra eun’ pelure,
Eun’ liquette, un tub’, des sorlots.
Si qu’a fait peau neuv’ la Nature,
Moi, j’suis cor’mis comme un salaud !
Mes chaussett’s ? C’est pus qu’des mitaines !
Mes s’mell’s ? Des gueul’s d’alligators.
Ma requingote a fait d’la peine
Et mon phalzar, y m’fait du tort !
Avec ça, l’Glorieux m’roussit l’crâne
Et éclair’ comm’ par calcul
Mes nipp’s, couleur de pissat d’âne,
Les trous d’mes coud’s et ceux d’mon cul !
Ben, , y l’est bath eul’ l’mois d’Avril,
Le v’là l’temps des métamorphoses,
Moi, j’chang’ pas d’peau comm’ les reptiles,
J’suis tous les printemps la même chose.
N’empêch’ ! J’me sens des goûts d’richesse,
J’suis comm’ça, moi, j’suis né élégant,
J’am’rais ben, moi, fair’ mon Sagan
Et mon étroite chez les duchesses !
Et m’les pousser dans des étoffes,
Car pour moi, quand l’turquois est gai,
La pir’ de tout’s les catastrophes
C’est d’êt’ mochard et mal fringué.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Dim 27 Juil - 6:36

Maurice MAC-NAB

BALLADE DES DÉPLAISANTS CULS DE JATTE

Depuis le matin jusqu’au soir
Guettant les âmes généreuses,
Nous naviguons sur le trottoir,
Assis sur nos cuisses cagneuses
Dans des voitures merveilleuses,
Et nous bousculons les passants
Pour qu’ils soient plus compatissants,
La police à nous s’accoutume,
Mais nous nous moquons des agents
Quand nous roulons sur le bitume !
Parfois il se met à pleuvoir
Sur nos troupes tumultueuses,
Alors nous nous penchons pour voir
Par-dessus les dames rieuses
Qui relèvent leurs balayeuses :
Quand on voit des bas éclatants,
Ça console du mauvais temps !
Puis, pour se sécher, on s’allume
Un brûle-gueule entre les dents
Quand nous roulons sur le bitume !
Mais, voilà que le désespoir
Courbe nos têtes soucieuses.
Les temps sont durs, il va falloir
Chômer : adieu les nuits joyeuses
Où l’on trinquait avec des gueuses !
Nous avons tant de concurrents !
Les gens passent indifférents ;
Les chiens même, pleins d’amertume,
Ne flairent plus nos bienséants
Quand nous roulons sur le bitume !
ENVOI
Reines des trottoirs opulents
Qui vous promenez à pas lents
Dans un riche et galant costume,
Envoyez-nous donc des clients
Quand nous roulons sur le bitume !


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Lun 28 Juil - 7:24

Louis DENISE

COIN D'ÉTANG

Il est un petit lac caché parmi les herbes,
Couvert de nénuphars et tapissé d’iris,
Qui dort et rêve, aux pieds des peupliers superbes,
Sous les glauques rameaux des vieux saules pourris.
Moi, je l’aime surtout lorsque le jour est sombre :
Il pleut ; tout est silence et repos. Lorsqu’on n’entend
Que la chanson de l’eau qui tombe en crépitant
Sur le feuillage lisse et sur l’étang pelin d’ombre.
Seule, sur une patte, immobile, écoutant,
Une cigogne boude au bord, triste et pensive.
La sceptique, on dirait qu’elle met en rondeaux
Quelque philosophie étrange et subversive
Pour punir le bon Dieu de pleuvoir sur son dos.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Mar 29 Juil - 7:54

Alain DUTOURNIER

Je vais tous les lundis chez la vieille Simone,
Très célèbre pour son bœuf à la bourguignonne.

C'est le jour de Noël, chez l'ami Liévin,
Que je me suis tapé mon meilleur coq au vin.

Pour bien te régaler, va manger chez Léone
Des moules en coquille à la sauce bretonne.

Moi et mon commensal, ce bon ami Robert,
Nous avons dégusté un plat d'anguille au vert.

Croyez - moi, je le sais: la grande Catherine
Offrirait son corps pour un sorbet mandarine.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Mer 30 Juil - 7:50

Philippe BIZARD

Lorsque je rends visite à cousine Mélanie,
Je lui fais déguster des sucettes à l'anis...
Qui mal y voit, je pense ? ma velue tante Hortense,
Qui le matin lui sert pain moisi au beurre rance.
Si j'invite à dîner ma douce amie Victoire
Elle a droit, c'est fatal, à ma raie au beurre noir
Mais si jamais la suit sa copine Jézabel,
Là ma raie se retire, c'est goémons gros sel.
Quand son frère fout le camp, je reste avec Fernande,
On s'enfile sans mollir tartelettes aux amandes,
Fruits confits et consorts ; puis vient Eléonore,
J'en peux plus, je suis mort : vite, des piments forts.
Et en ce Jour de l'An, c'est pour plaire à Nicole
Qu'au citron vert on eut méli mélo de sole !
Car si par aventure était venue Denise,
On aurait ressorti l'agneau à la Soubise.
Ne vous moquez jamais de la vieille Georgette,
La reine incontestée du gratin de courgettes :
Un jour se gaussa d'elle la pauvre Madelon,
Elle reçut dans la tronche un haricot de mouton !
Mes papilles, on le sait, lorsque paraît Margot
Se dilatent en rêvant de ses plats d'escargots.
Mais, papillon léger, elle s'en fut chez Rasade,
Où son talent s'épuise en banales salades.
"C'est tout pour aujourd'hui ?, demande Mauricette,
-Oui car j'ai épuisé mon cahier de recettes ! -
Dans ton carnet d'adresses il reste Mélusine...
- Il me faut donc vraiment étudier la cuisine !"


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Jeu 31 Juil - 7:56

Georges LORIN

Merci ! Dans les Edens nouveaux
De jeunesse et de bébêtises,
Tu vas retremper nos cerveaux
Avides de ces friandises.
Rieurs des humaines sottises,
Nous restons les naïfs dévôts,
Prenant les Guignols pour églises.
Pierrot-Pontife a nos bravos.
En avant ! Ils vont tes fantoches,
Avec d’hilarantes taloches,
Nous faire oublier doucement
Les tragiques marionnettes
Politiques dont les sornettes
Ont un sinistre dénoument !


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Ven 1 Aoû - 18:05

André GILL

LE CHAT BOTTE

Matou charmant des contes bleus,
Chat, l’unique trésor des gueux,
Chat qu’on adore
En son enfance et que, très vieux,
Pour son langage merveilleux,
On aime encore ;
Chat qui vaut cent fois le cheval
D’Alexandre, chat sans rival
En cabriole,
Angora plus fort qu’un lion, _Dont chaque poil, comme un rayon,
Chauffe et somnole ;
Chat invisible et toujours là,
Qui se rit de la prison la
Plus cellulaire,
Et dont chaque homme, sous son toit,
Possède, si pauvre qu’il soit,
Un exemplaire…
Ah ! qu’il était, mon chat botté,
Luisant d’amour et de gaîté,
Quand, chat d’audace,
Avec des airs exorbitants,
Il précédait mes beaux vingt ans
En criant : Place !
Place au marquis de Carabas ;
Ohé ! vous tous, là-haut, là-bas,
Place à mon maître !
Admirez, peuples étonnés,
L’homme depuis le bout du nez
Jusqu’à la guêtre ;
Avouez qu’il réussira ;
Qu’en force, en grâce et caetera
Il outrepasse
Le droit qu’on a sous le soleil
D’être un chef d’œuvre sans pareil,
Et faites place !
Et d’abord proclamez, manants,
Que les eaux, les bois et les champs,
Les fleurs nouvelles,
Le ciel, à dater d’aujourd’hui,
Sont à lui, les lauriers à lui.
Si vous en doutiez, par malheur,
Vous seriez, --- j’en essuie un pleur
Lorsque j’y rêve,
Ma parole de chat botté ! ---
Hachés comme chair à pâté,
Hachés sans trêve…
Ainsi parlait dans ce temps-là
Mon chat en habit de gala
Mettant flamberge
A tous les vents, frappant d’estoc
Le verbe haut, le poil en croc
La queue en cierge.
Au temps où ses bottes de cuir
Neuf lui donnaient, sur l’avenir
Et sur l’espace,
Un crédit presque illimité,
Ainsi parlait mon chat botté…
Hélas ! tout passe.
Le feu des yeux, l’émail des dents,
Les nerfs, le poil, au fil des ans,
Tout passe et casse ;
Et, nu-pattes, navré, perclus,
Mon ancien boute-en-train n’a plus
Que la carcasse.
Adieu jeunesse, jeux et ris,
L’amour, la guerre, adieu souris
Adieu Minette !
Horizons roses, vers sentiers,
Châteaux en Espagne, paniers,
Vendange est faite.
Or le héros du conte bleu
Garde à présent le coin du feu,
Morne, asthmatique,
Transi, flétri, fini, moisi,
Débotté pour toujours, quasi
Paralytique ;
Et j’ai grand peur à tout moment
De voir mourir d’épuisement
L’ami d’enfance,
Que, pour moins de solennité,
J’appelle ici le chat botté,
Mais qu’on nomme aussi l’Espérance.


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MessageSujet: Re: De tout un peu (Poése comique)   Sam 2 Aoû - 8:05

Tristan CORBIERE (1845-1875)

À L'ÉTERNEL MADAME

Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,
Eternel Féminin ! ... repasse tes fichus ;
Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure,
Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus.

Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,
Piaffe d'un pied léger dans les sentiers ardus.
Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure,
Amante ! Et meurs d'amour !... à nos moments perdus.

Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !... et pensive.
Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive...
Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur...

Sois femelle de l'homme, et sers de Muse, ô femme,
Quand le poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !
Puis - quand il ronflera - viens baiser ton vainqueur !


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De tout un peu (Poése comique)

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