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 Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW

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André
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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Lun 1 Juin - 8:16

DU BELLAY

LES CHEVEUX

O beaux cheveux d'argent mignonnement retors !
O front crespe et serein ! et vous face dorée !
O beaux yeux de cristal ! ô grand'bouche honorée,
Qui d'un large reply retrousses tes deux bords !

O belles dents d'ébène ! ô précieux trésors,
Qui faites d'un seul ris toute âme énamourée !
O gorge damasquine en cent plis figurée !
Et vous, beaux grands tétins, dignes d'un si beau corps !

O beaux ongles dorés ! ô main courte, et grassette !
O cuisse délicate ! et vous jambe grossette,
Et ce que je ne puis honnestement nommer !

O beau corps transparent ! ô beaux membres de glace !
O divines beauté ! pardonnez-moi, de grace,
Si, pour estre mortel, je ne vous ose aimer.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Mer 3 Juin - 7:51

Paul LACROIX

Nobles esprits de France poétiques,
Nouveaux Phebus surpassans les antiques,
Graces vous rends, dont avez imité,
Non un tetin beau par extremité,
Mais un blason, que je feis de bon zelle
Sur le tetin d'une humble damoiselle.
En me suyvant, vous avez blasonné,
Dont hautement je me sens guerdonné,
L'un, de sa part, la chevelure blonde :
L'autre, le cueur : l'autre, la cuisse ronde
L'autre, la main descripte proprement :
L'autre, un bel oeil deschiffré doctement
L'autre, un esprit, cherchant les cieux ouverts
L'autre, la bouche, où sont plusieurs beaux vers
L'autre, une larme, et l'autre a fait l'oreille
L'autre, un sourcil de beauté non pareille
C'est tout cela qu'en ay peu recouvrer,
Et si bien tous y avez sceu ouvrer,
Qu'il n'y a cil qui pour vrai ne deserve
Un prix à part de la main de Minerve.
Mais du sourcil la beauté bien chantée
A tellement nostre court contentée,
Qu'à son autheur nostre Princesse donne
Pour ceste fois de laurier la couronne* :
Et m'y consens qui point ne le cognois,
Fors qu'on m'a dit que c'est un Lyonnois.
O Saint-Gelais, creature gentille.
Dont le sçavoir, dont l'esprit, dont le stile
Et dont le tout rend la France honorée,
A quoy tient-il que sa plume dorée
N'a fait le sien ? Ce mauvais vent qui court
T'auroit-il bien poussé hors de la court?
O roy François, tant qu'il te plaira; pers-le,
Mais si le pers, tu perdras une perle,
Sans les susdits blasonneurs blasonner,
Que l'Orient ne le sçauroit donner**.
Or, chers amys, par manière de rire,
Il m'est venu volonté de descrire
A contrepoil le tetin que j'envoye
Vers vous, afin que suiviez ceste voye.
Je l'eusse painct plus laid cinquante fois,
Si j'eusse pu : tel qu'il est, toutesfois,
Protester veux, affin d'eviter noise,
Que ce n'est point un tetin de Françoise,
Et que voulu n'ay la bride lascher
A mes propos, pour les dames fascher .
Mais volontiers, qui l'esprit exercite,
Ores le blanc, ores le noir recite ;
Et est le painctre indigne de louange,
Qui ne sçait paindre aussi bien diable qu'ange
Après la course, il faut tirer la barre,
Après bémol, faut chanter en becarre.
Là donc, amys, celles qu'avez louées,
Mieulx qu'on n'a dit, sont de beauté douées
Parquoy n'entens que vous vous desdiez
Des beaulx blasons à elles dediez.
Ains, que chascun le rebours chanter veuille,
Pour leur donner encores plus grand feuille
Car vous sçavez qu'à gorge blanche et grasse,
Le cordon noir n'a point mauvaise grâce.
Là donc, là donc, poussez, faites merveilles
A beaulx cheveux et à belles oreilles,
Faictes les moy plus laides que l'on puisse
Pochez cest oeil, fessez-moy cette cuisse
Decrivez-moy en stile espouventable
Un sourcil gris, une main detestable.
Sus à ce cueur : qu'il me soit pelaudé
Mieux que ne fut le premier collaudé
A ceste larme, et pour bien estre escripte,
Deschiffrez-moy celle d'un hipocrite ?
Quant à l'esprit, paignez-moy une souche
Et d'un taureau le muffle, pour la bouche.
Bref, faictes-les si horribles à veoir,
Que le grand diable en puisse horreur avoir.
Mais je vous pry, que chascun blasonneur
Veuille garder en ses escrits honneur
Arrière mots qui sonnent sallement,
Parlons aussi des membres seulement
Que l'on peut veoir sans honte descouvers,
Et des honteux ne souillons point nos vers.
Car quel besoing est-il mettre en lumière
Ce qu'est nature à cacher coustumière?
Ainsi ferez pour à tous agreer.
Et pour le Roy mesrnement recréer,
Au soing qu'il a de guerre jà tyssue
Dont Dieu luy doint victorieuse issue,
Et pour le prix, qui mieux faire sçaura
De verd lierre une couronne aura,
Et un dixain de muse marotine,
Qui chantera sa louange condigne.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Jeu 11 Juin - 8:35

Michel d' AMBOISE (14??-15??)

LA DENT

Dent, qui te montres en riant
Comme un diamant d'Orient
Dent précieuse et déliée,
Que nature a si bien liée
En celui ordre où tu reposes
Qu'on ne peut voir plus belle chose
Dent blanche comme cristal, voire
Ainsi que neige, ou blanc ivoire ;
Dent qui sens bon comme fait baume,
Dont la beauté vaut un royaume ;
Dent qui fais une bouche telle
Comme fait une perle belle
Un bien fin or bouté en aeuvre ;
Dent que souvent cache et découvre
Cette belièvre purpurine,
Tu fais le reste être divine,
Quand on te voit à découvert.
Mais, dent, quand ton pris est couvert
Le demeurant moins beau ressemble,
Car son honneur est, ce me semble,
Luisant ainsi que perle nette,
Qui reluit comme une planète,
Encore plus fort que la lune ;
En tout le monde n'en est une
Qui soit si parfaite que toi.
Je te promets quand je te vois,
Comme au premier que je te vis,
je suis tout transi et ravi,
Et cuide au vrai, te regardant,
Que ce soit un soleil ardent
Qui se découvre des nuées.
De l'odeur qui belle dent rache,
Garde-toi bien qu'on ne t'arrache,
Car pour vrai qui t'arracherait,
Plusieurs et moi il fâcherait
Pourtant que l'arracheur méchant
Arracherait en t'arrachant,
La beauté de toute la face,
Qui n'a sans toi aucune grâce.




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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Ven 12 Juin - 8:04

Paul SCARRON

SONNET

Vous faites voir des os quand vous riez, Heleine,
Dont les uns sont entiers et ne sont gueres blancs ;
Les autres, des fragmens noirs comme de l'ebene
Et tous, entiers ou non, cariez et tremblans.

Comme dans la gencive ils ne tiennent qu'à peine
Et que vous esclattez à vous rompre les flancs,
Non seulement la toux, mais vostre seule haleine
Peut les mettre à vos pieds, deschaussez et sanglans.

Ne vous meslez donc plus du mestier de rieuse ;
Frequentez les convois et devenez pleureuse :
D'un si fidel avis faites vostre profit.

Mais vous riez encore et vous branlez la teste !
Riez tout vostre soul, riez, vilaine beste :
Pourveu que vous creviez de rire, il me suffit.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Ven 19 Juin - 6:31

Michèle CORTI

TES MAINS

Je tends mes mains vers toi, en corolles ouvertes
Tu y déposes alors les plus doux des présents:
Tous ces instants vécus, ces paroles offertes,
Nos joies, nos grands bonheurs, mais aussi nos tourments.

Je tends mes mains vers toi, à mon tour je te donne
Tout mon coeur ébloui qui ne bat que pour toi
Depuis ce premier jour, où telle une madone
J'ai lu dans un regard le serment de ta foi.

Dans nos mains réunies qui déjà se caressent,
Et font passer en nous de subtiles ivresses
Je perçois notre vie, nos ardeurs, nos toujours,
Les heures façonnées au grand vent de l'amour.

Je veux fermer les yeux et te prendre la main
Revenir dans notre île au plus beau des matins,
Fouler le sable gris tout au long de la plage
Devant nous, marchera l'Amour, qui n'a pas d'âge...


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Lun 29 Juin - 7:54

Catherine DES ROCHES (1542-1587)

LA BOUCHE

Bouche dont la douceur m'enchante doucement...
Bouche dont la douceur m'enchante doucement
Par la douce faveur d'un honnête sourire,
Bouche qui soupirant un amoureux martyre
Apaisez la douleur de mon cruel tourment !

Bouche, de tous mes maux le seul allégement,
Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
A l'heure qu'il vous plaît de parler doctement ;

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits amours,

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Ven 3 Juil - 7:48

Albert LE GRAND

LE PIED

"Pied de façon à la main comparable
Pied ferme et seur, en assiete honnorable,
Pied qu'on regarde avant cuisse et Tétin,
Pied faisant guect de soir et de matin,
Pied nécessaire avec l'oeil pour conduyre,
Pied convenable pour à chasse se duire,
Pied où se voit la grace ou le maintien,
Pied où nature a mis nostre soutient,
Pied qui nous sert pour la muraille abatre,
Pied ordonné pour tout le corps esbatre,
Pied qui la main monstre d'affection,
Pied en qui gist nostre protection,
Pied pour asseoir le camp en toute place,
Pied pour casser, rompre ou fendre la glace,
Pied mort, pied vif, en dansant, en branslant,
Pied supportant du maitien le semblant,
Pied qui peut faire en maints lieux ouverture,
Pied qui poursuyt l'amoureuse adventure,
Pied qui s'arreste au besoin, ou qui court :
Pied résolu pour bienfaire la court,
Pied demonstrant quelque bon tour par signe,
Pied où le geste et matintien se consigne..."


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Jeu 9 Juil - 8:47

Théophile GAUTIER

LES TÉTONS.

J’ai pris pour muse une égrillarde
À qui la romance déplaît ;
Chaque jour elle se complaît
À rendre ma muse gaillarde.
La gaudriole en mes cartons,
À ses yeux offre une lacune,
Elle me garderait rancune,
Si je ne chantais les tétons.

Dans le sein fécond qui le porte,
L’homme fait neuf mois de séjour ;
Impatient de voir le jour,
De ses pieds il frappe à la porte.
À peine est-il né qu’à tâtons
Le jeune espiègle entre en licence,
Et, sans égards pour la décence,
À sa mère il prend les tétons.

Chacun de vous a sa manie,
Amis ; mais je ne doute point
Que votre penchant sur ce point,
Avec le mien ne s’harmonie.
Et je crois bien que nous goûtons
Même plaisir et même ivresse,
Quand notre main frôle et caresse
Tour-à-tour deux jolis tétons.

Il est un usage contraire
A la pudeur qui vous régit ;
Votre modestie en rougit ;
Mais elle ne peut s’y soustraire.
Belles, quand nous vous accostons,
De l’arc-boutant de la nature
Votre œil furtif prend la mesure,
Le notre toise les tétons.

Dumont dit à son fils Hilaire :
— Il faut enfin te décider,
Et conduire, sans plus tarder,
Au temple d’hymen Rose ou Claire.
— Papa, mon choix est fait ; partons :
De Claire la beauté me flatte,
Mais elle a la poitrine plate
Et sa sœur a de gros tétons.

Paul et Justine se conviennent.
L’amour paraît combler leurs vœux ;
C’est à leurs mutuels aveux
Pourtant que l’un à l’autre ils tiennent :
Grâce à leurs marchands de cartons,
Aux amateurs ils font des niches,
L’un avec des mollets postiches
Et l’autre avec de faux tétons.

Nature dit à la fillette,
Qui les voit poindre en son corset :
Craignez que le nœud d’un lacet
N’en comprime la peau douillette ;
Qu’entre leurs deux jolis boutons
Le même espace s’interpose :
Dans vingt ans où je les pose
Qu’Amour trouve encor les tétons.

À notre liberté publique
Je tiens par goût et par devoir,
Et dans aucun temps le pouvoir
Ne m’a fait changer de tactique.
Au diable les ventrus gloutons
De Villèle et de Bonaparte ;
Car la liberté sans la Charte
C’est une femme sans tétons.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Sam 11 Juil - 6:43

Vincent VOITURE

TOUT BEAU CORPS

Tout beau corps, toute belle image
Sont grossiers auprès du visage
Que Philis a receu des cieux,
Sa bouche, son ris et ses yeux
Mettent tous les coeurs au pillage.

Sa gorge est un divin ouvrage,
Rien n'est si droit que son corsage,
En fin elle a, pour dire mieux,
Tout beau.

Parmy tout, ce qui plus m'engage,
C'est un certain petit passage,
Qui vermeil et delicieux,
Mais ce secret est pour les Dieux ;
Ma plume, changez de langage,
Tout beau.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Ven 17 Juil - 7:25

Jean-Édouard Du MONIN

AUX CUISSES

Palais de net porphire (1) arrondis au compas,
Puisque vous emmurez en si divin parterre,
Où l'archer Paphien (2) ses beaux fruitiers enterre,
Pour fournir aux Amours leurs plus friands appas.

De votre riche atour je ne m'ébahis pas,
Et si Nature en vous telle richesse enserre :
Mais pourquoi votre haie à moi ne se desserre,
Quand à votre jardin j'achemine mes pas ?

Anté (3) n'y est encor ce noble arbre de vie,
Qu'en ce fecond terroir j'ai de planter envie,
Verdier industrieux des fôrets de Venus.

Faites largue (4), palais, je vous l'apporte en saive (5)
Et flairés par le flair de cette odeur souaive, (6)
Que ses vifs fruits vitaux y seront tôt venus.



(1) porphyre : roche magmatique - référence à un palais de Constantinople où les impératrices accouchaient (époque byzantine)
(2) de Paphos, ville de Chypre - référence à Cupidon
(3) greffé
(4) terme maritime : écarter, élargir les voiles
(5) ?
(6) suave



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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Sam 18 Juil - 8:15

BENSERADE (1613-1691)

BOUCHE À QUI CONVIENT LAIDE OFFRANDE

Bouche à qui convient laide offrande,
Bouche pernicieux museau.
Bouche livide, palle et grande.
Bouche où s'échappa le ciseau.
Bouche qui boit son vin sans eau.
Bouche que chacun appréhende.
Bouche, bec d'un terrible oiseau.
Bouche il faut bien qu'on te le rende.
Bouche qui ne sent guere bon.
Bouche où les dents sont du charbon.
Bouche, gueule, enfin que m'importe?
Bouche, te voit-on sans frémir?
Bouche propre à faire vomir.
Bouche, que le Diable t'emporte.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Mer 22 Juil - 7:42

Stéphane MALLARME

LA CHEVEULURE

La chevelure vol d’une flamme à l’extrême
Occident de désirs pour la tout déployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L’ignition (1) du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l’œil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu’à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche
Ainsi qu’une joyeuse et tutélaire (2) torche.


(1) vive combustion se manifestant par de la lumière
(2) protectrice (tutelle)



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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Mar 11 Aoû - 7:30

Eustorg de BEAULIEU 1495-1552)

LA VOIX

Voix douce, et très harmonieuse,
Voix montrant mamie joyeuse,
Voix, tu mérites le vanter,
Voix de laquelle le chanter
À la vertu, quand elle chante,
Que tous les écoutants enchante.
Voix consonante proprement
Pour chanter sur un instrument.
Voix argentine, haute, et claire,
Ta bonne grâce me déclaire
Que tu ne chantes pas sans art
Et que tu n’aimes le hasard
Du chant à plaisir sans mesure,
Comme est des bêtes la nature.
Voix assurée à entonner,
Voix distincte et qui a bon air,
Voix de femme, grêle et délivre,
Chantant son parti sur le livre.
Voix dont on dit, sans flatter rien :
C’est elle! Ô qu’elle chante bien!
Voix bien remettant les parties
Qu’aux assistants sont départies.
Voix ravissant le cœur, au corps
De ceux qui oient tes doux accords.
Voix que d’ouïr j’ai plus de cure
Que d’Orpheus, Pan ne Mercure.
Voix de celle qui prend tout jour
Chanter, pour honnête séjour,
Ô – donc – voix qu’aimes la musique,
Je te prie n’être si rustique
De l’estimer à déshonneur,
Ains à vertu, grâce, et bon heur.


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Mer 12 Aoû - 8:11

Eustorg de BAULIEU

LA JOUE

Très-belle et amoureuse joue
Sur laquelle mon cœur se joue
Et mes yeux prennent leur repas,
Joue faite mieux qu’au compas,
Joue blanche, ou bien claire et brune
Ronde comme un croissant de lune
S’allongeant un peu vers la bouche,
Qu’il me tarde que ne te touche
Et te mesure avec la mienne,
Laquelle chose en bref advienne,
Ainsi que j’en ai le souhait.
Ô joue gaillarde et dehait
De qui tout amoureux fait fête
Contemplant ta beauté parfaite.
Joue de qui le seul pourtrait
Les plus rusés à soi attrait.
Joue que nature illumine
D’un peu de couleur purpurine
À mode de fleur de pêcher,
Pour te vendre aux amants plus cher.
Joue non flétrie ou pendante,
Point grosse, rouge, ou flamboyante,
Ains tenant le moyen par tout.
Joue haïssant – aussi – sur tout
D’user sur soi d’autre peinture
Que de Dieu seul, et de nature.
Joue ne maigre, ne trop grasse,
Mais replète de bonne grâce,
Ne trop pâle, ne noire aussi.
Joue, tu me mets en souci
Comment je te don’rai louange,
Fors que t’appeler : Joue d’ange,
Joue d’albâtre, ou cristalline,
Joue que le naturel Pline
Ne saurait au vrai blasonner,
Ou Joue que – à bref sermonner –
N’as ne ride, tache ne trace,
Et es le plus beau de la face!


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MessageSujet: Re: Poèmes sur les blasons du corps féminin. NEW   Jeu 13 Aoû - 8:25

Eustorg de BEAULIEU

LES DENTS

Point ne me semble estre chose congrue
Que ce qui pille et met en forme deue
La droguerie en quoy vit tout le corps
Doibve passer sans en faire recordz,
Joinct qu’il n’y a dame ne damoyselle
De qui la bouche – en riant – semble belle,
Si les dentz sont noires, et mal apoint
Et puis – helas – ceulx la qui n’en ont point
Quel desplaisir et quelle fascherie!
Doncques, o dentz qui avez seigneurie
Et vray tribut sur toute chose qu’entre
Dedans la bouche, et de la bouche au ventre,
Bien ayse est cil qui se peult resjouyr
Et sans douleur de vous en paix jouyr.
O belles dentz, joinctes, et bien unies,
Nettes tousjours, et claires, et brunies
Comme l’yvoire, enchassées desmail
Plus bel à l’œil, et plus fin que Corail,
C’est grand plaisir de veoir vostre bel ordre,
Mais grand ennuy quand n’avez rien que mordre.
Dentz, non pas dentz par cy par la semées,
Mais l’une à l’aultre ensemble bien serrées.
Dentz en deux rencz, luysans comme cristal,
D’une longueur moyenne, et ordre esgal.
Dentz de grosseur et rondeur competente,
D’une grandeur et forme equipolente.
Dentz qu’à la langue estes mur et renfort
Et de vieillesse adjutoire, et confort.
Dentz point sentant, brunes ne tenebreuses,
Point à creneaulx, ne poinctures, ne creuses.
Brefvement : dentz, il n’est grand ne petit
Qu’aye à menger, avec bon appetit,
Qui – apres Dieu – ne vous doibve louenge,
Car de tout ce que l’homme boyt et menge
Faictes la preuve au vray, si promptement
Que tout le corps en a contentement.
O qu’il faict bon vous veoir lors – sur mon ame! –
Quand de bon cueur rit quelque belle dame
Et bien heureux est celuy jours et nuictz
Qui baise, helas, tant seulement vostre huys.
Ay je donc tort, belles dentz, si je couche
Que c’estes vous qui decorez la bouche?
Et mesmement la bouche de soulas,
La bouche que homme à l’emboucher n’est las,
La bouche qu’est de mensonge ennemye,
Comme la bouche, et lebvres, de mamye.


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