| | | POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE | |
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André Administrateur


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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Sam 4 Juil - 13:44 | |
| Armand GOUFFÉ
LE COUP DU MILIEU
Nos bons aïeux aimaient à boire, Que pouvons-nous faire de mieux ? Versez, versez ! je me fais gloire De ressembler à mes aïeux ! Entre le Chablis que j'honore Et l'Aï dont je fais mon dieu, Savez-vous ce que j'aime encore ? C'est le petit coup du milieu
Je bois quand je me mets à table Et le vin m'ouvre l'appétit ; Bientôt ce nectar délectable, Au dessert, m'ouvrira l'esprit. Si tu veux combler mon ivresse, Viens, Amour, viens, espiègle dieu, Pour trinquer avec ma maîtresse, M'apprêter le coup du milieu.
Ce coup, mes très chers camarades, A pris naissance dans les cieux ; Les dieux buvaient force rasades, Buvaient enfin comme des dieux. Les déesses, femmes discrètes, Ne prenaient point goût à ce jeu. Vénus, pour les mettre en goguettes, Proposa le coup du milieu.
Aussitôt cet aimable usage Par l'Amour nous fut apporté ; Chez nous son premier avantage Fut d'apprivoiser la beauté. Le sexe, à Bacchus moins rebelle, Lui rend hommage en temps et lieu Et l'on ne voit pas une belle Refuser le coup du milieu.
Buvons à la paix, à la gloire ! Ce plaisir nous est bien permis ; Doublons les rasades pour boire A la santé de nos amis ! De Momus disciples fidèles, Buvons à Panard, à Chaulieu ; Mais pour la santé de nos belles, Réservons le coup du milieu.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Lun 6 Juil - 7:41 | |
| Jean de LA FONTAINE
LE CORBEAU ET LE RENARD
Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : "Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. " A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. " Le Corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Mar 7 Juil - 7:39 | |
| Olivier BASSELIN et Jean LEHOUX
L'EAU
Qu'on en arrose le jardin ! Mais d'en aller gaster le vin Seroit-ce pas grande offense ? Quand je boy le vin tout pur. C'est tout un, je n'ai pas peur Que pour ce ma femme tance. C'est pour moy vray rossignolet Qu'un crieur de bon vin clairet ; L'eau ne fait que mal au ventre Quel bien fait-elle au gosier Qui n'en fait pas aux souliers Et bottes, quand elle y rentre
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Mer 8 Juil - 6:53 | |
| Théodore Faullin de BANVILLE (1823-1891) LA BELLE VERONIQUE
Ce fut un beau souper, ruisselant de surprises. Les rôtis, cuits à point, n'arrivèrent pas froids; Par ce beau soir d'hiver, on avait des cerises Et du johannisberg, ainsi que chez les rois.
Tous ces amis joyeux, ivres, fiers de leurs vices, Se renvoyaient les mots comme un clair tambourin; Les dames, cependant, suçaient des écrevisses Et se lavaient les doigts avec le vin du Rhin.
Après avoir posé son verre encore humide, Un tout jeune homme, épris de songes fabuleux, Beau comme Antino Üs, mais quelque peu timide, Suppliait dans un coin sa voisine aux yeux bleus.
Ce fut un grand régal pour la troupe savante Que cette bergerie, et les meilleurs plaisants Se délectaient de voir un fou croire vivante Véronique aux yeux bleus, ce joujou de quinze ans.
Mais l'heureux couple avait, parmi ce monde étrange, L'impassibilité des Olympiens; lui, Savourant la démence et versant la louange, Elle, avalant sa perle avec un noble ennui.
L'ardente causerie agitait ses crécelles Sur leurs têtes; pourtant, quoi qu'il en pût coûter, Ils avaient les regards si chargés d'étincelles Que chacun à la fin se tut pour écouter.
-- "Vraiment? jusqu'à mourir!" s'écriait Véronique, En laissant flamboyer dans la lumière d'or Ses dents couleur de perle et sa lèvre ironique; "Et si je vous disais: "Je veux le Koh-innor ?"
(Elle jetait au vent sa tête fulgurante, Pareille à la toison d'une angélique miss Dont l'aile des steam-boats à la mer de Sorrente Emporte avec fierté les cargaisons de lys !)
-- "Chère âme," répondit le rêveur sacrilège, "J'irais la nuit, tremblant d'horreur sous un manteau, Blême et pieds nus, voler ce talisman, dussé-je Ensuite dans le coeur m'enfoncer un couteau."
Cette fois, par exemple, on éclata. Le rire, Sonore et convulsif, orageux et profond, Joyeux jusqu'à l'extase et gai jusqu'au délire, Comme un flot de cristal montait jusqu'au plafond.
C'est un hôte ébloui, qui toujours nous invite. La fille d'Eve eut seule un éclair de pitié; Elle baisa les yeux de l'enfant, et bien vite Lui dit, en se penchant dans ses bras à moitié :
-- "Ami, n'emporte plus ton coeur dans une orgie. Ne bois que du vin rouge, et surtout lis Balzac. Il fut supérieur en physiologie Pour avoir bien connu le fond de notre sac.
Ici, comme partout, l'expérience est chère. Crois-moi, je ne vaux pas la bague de laiton Si brillante jadis à mon doigt de vachère, Dans le bon temps des gars qui m'appelaient Gothon !"
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Sam 11 Juil - 6:39 | |
| Georges VICAIRE
VISITE APRES BOIRE
J'ai défoncé d'un coup de poing Un caquillon de vieux gravelle. Un rayon d'or en ma cervelle S'est introduit, je suis à point.
Devant l'armoire aux confitures Ma table s'est mise à valser ; Mon lit demande à m'embrasser. Seigneur Jésus, que d'aventures !
Et les bouteilles au long cou Me contemplent d'un air si tendre ! Je ne me lasse pas d'entendre Les cascades de mon coucou.
Ma foi, tant mieux ! Vive la joie ! Et je souris béatement. Vous croiriez voir un garnement Qui s'attable en face d'une oie.
D'un rayon d'or je suis féru. Je ris, je ris ; j'en deviens bête. Et voilà qu'en tournant la tête, Quelque chose m'est apparu.
C'est comme un bateau qui chavire, Comme un prunier qui va branlant, C'est rose et bleu, c'est noir, c'est blanc, Ça tourne, tourne, et vire, vire.
"Turlututu, chapeau pointu, Rassure-toi, fait la donzelle. Comme toi je suis demoiselle ; Je n'en veux pas à ta vertu.
Je suis la muse peu sévère Que nos vieux pères aimaient tant, La muse qui laisse, en chantant, Tomber des roses dans son verre...
Aujourd'hui, quel monde assommant ! Plus de jeunesse ! on parle en prose. Le chardon vient après la rose ; Après le bal, l'enterrement.
Le rire plein, large et sonore, Le franc rire de nos aïeux ; Ne s'envole plus vers les cieux ; C'est à jurer qu'il déshonore !
Et le bon vin qui fait loucher, Le vin gaillard, fils de nos vignes, Où sont les vaillants qui soient dignes Ah ! seulement d'en approcher ? Tandis qu'en mon verre il rougeoie, Plus d'un se râpe le palais Avec l'ale ou le gin anglais. Ils ont l'ivresse, non la joie.
D'aucuns, en pays allemand, Vont se griser de lourde bière Autant vaudrait se mettre en bière Pour attendre le jugement.
D'autres, que Dieu les récompense, Boivent dans un pot à pisser Quelque chose qu'on voit mousser ; Le coeur me léve quand j'y pense.
" Fi, pouah, pouah ! Les vilains goulus ! Le diable soit de leur bourrache ! " Et la voilà qui tousse et crache : " Les pauvres gens ! n'en parlons plus. "
" Je voudrais, dis je, belle brune, Vous offrir un peu de vin blanc. Les bouteilles sont sur le flanc, Hélas ! il n'en reste pas une ! "
" Belle dame, excusez du peu ! Et que de grâces à vous rendre ! Mais, dites-moi, ne peut-on prendre Un baiser... pour l'amour de Dieu ? "
Là-dessus, tout plein de cautèle, Je m'approche. Mais en riant : " Ah ! fi, fi. Le petit friand ! C'est qu'il aime la bagatelle !
Plus tard, plus tard, gros étourdi ; Fais d'abord ton apprentissage. A bas les mains ! Voyons, sois sage ! Nous verrons ça l'autre mardi. "
Et tout à coup, par la croisée, La belle s'enfuit prestement. C'est un vrai tour d'enchantement ; Psit, psit ! Plus rien : une fusée !
J'ai beau m'écarquiller les yeux, Rassembler mes pauvres idées. Rien que les bouteilles vidées Qui s'affalent à qui mieux mieux.
Et je l'avais là tout à l'heure, Et son sourire était si frais ! Ah ! pour deux sous je pleurerais Si je savais comment on pleure.
Amour, gaîté, tout est fourbu, Et maintenant, ma foi, j'hésite. Est-ce bien vrai, cette visite ? Qui peut savoir ? j'avais tant bu.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Mer 15 Juil - 7:50 | |
| Raoul PONCHON
HORRIBLES DETAILS
Trente-six ou trente-huit(res) Millions d’hectolitres ! Ce n’est pas le Pérou Ni la Californie ; Mais bien de l’ironie Qui vous en bouche un trou.
Mais vous riez, j’espère, O Temps, mon petit père, Trente-six millions Seulement d’hectolitres ! Que voulez-vous, hélitre Que nous avalions ?
Va-t-on me faire croire Que du Tarn à la Loire, De Bordeaux à Lyon, Nous n’avons d’hectolitres, Pour arroser nos huîtres Que trente-six millions !
Je me vois ja pompette… Pas un litre par tête ! Ni par jour. Qué métier ! Que dis-je Joséphine…? Pas même une chopine, Voire un demi-setier !
O misère ! ô pépie Qui sans cesse pépies Dans mon gosier si beau ! Comme dans une cage A défaut d’un bocage Pourrait faire un oiseau.
Que feras-tu pépie, Sans cette boisson pie Qu’on te mesure trop ? Que ferez-vous, ivrognes, D’un sellier seul par trogne ?… C’est la mort du bistrot.
Et vous chastes bouteilles, Aux entrailles vermeilles Dont on se barbouillait, Allez-vous, dévoyées, Ne plus être employées Qu’à compter du millet ?…
Non, votre cause est bonne. Un verre par personne !… C’est, sans plis discourir, Un bruit que ces ignobles Contempteurs de vignobles, Buveurs d’eau font courir.
Quoi qu’il en soit, esclave, Descends vite à la cave, Et viens soumettre ici A mes regards sévères Un litre avec deux verres L’un pour moi, l’autre, aussi.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Jeu 16 Juil - 6:50 | |
| Raoul PONCHON
GAZETTE RIMÉE
Qui que tu sois, lecteur unique, A tout jamais pour moi sacré, Qui pris la susdite chronique Pour un appel désespéré ; Toi qui me donnas pour étrennes Quelques bouteilles souveraines D’un vin cent fois cuit et roussi Par ce vieux soleil hydropique ; Si j’ose dire - du Tropique, Qui que tu sois - dis-je - merci !
Certes, par Bacchus tutélaire ! Si tu crus me faire plaisir, Sache donc que tu m’as su plaire Bien au-delà de ton désir. Car, jamais je n’en fis mystère, Je ne sais que le vin sur terre Pouvant vraiment, mais là, vraiment, Embellir l’existence en somme, Et ravitailler le bonhomme Qui n’y trouve aucun agrément. . Ce vin dont tu m’as fait hommage, Est un vin qui me parait beau. Le ramage en vaut le plumage. Pourtant, traite-moi de corbeau, Si tu veux, ou de dromadaire, Mais il m’est un peu trop madère ; Et mon estomac ne conçoit De vin, que du pays de France, Qui demeure sans concurrence.
C’est son avis… Quoi qu’il en soit, Tu penses, n’est-ce pas ? Vieux frère, Que tes bouteilles je me suis, Sur l’heure, empressé de les traire Pour bercer un temps mes ennuis. Du coup, j’en eus l’âme remise, Et la Vérité sans chemise M’apparut dans une clarté ; Telle est la vertu de la vigne De vous rendre tout noble et digne, De tout sublimer en Beauté.
Du coup, j’oubliai tout déboire, Et je fis des rêves plaisants, Et je cessai d’être une poire En proie aux êtres malfaisants. Je repris, jusque sur ma tête ; Comme on dit, du poil de la bête. Je m’égarai loin des cités Pour battre - oh combien ! la campagne ; Et tous mes châteaux en Espagne Devinrent des réalités.
Mais pourquoi, lecteur anonyme, Ne veux-tu pas dire ton nom ? Je voulais le mettre à la rime, Pour qu’on n’en ignore. Mais non. J’ai pali sur ton écriture Sans deviner ta signature, Et j’en fus tout désenchanté. Si bien que ce vin péremptoire, En somme, je n’ai pu le boire Qu’à ton anonyme santé.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Ven 17 Juil - 7:23 | |
| Raoul PONCHON
UN MIRACLE
Sur une interminable route En ligne droite, sans feston, Bonne pour le chauffeur sans doute, Mais combien lente pour le piéton,
J’avais plus d’un kilomètre, Sans rencontrer un cabaret : Tu m’entends, Saint Amand, mon maître, Qu’en dis-tu, son ami Faret ?
Autour de moi, - c’est bien ma veine, Des plaines sentant le roussi, Des champs de luzerne et d’avoine Dont je n’avais aucun souci.
Devant mes deux yeux presbyte, Pas un toit, pas une maison. C’est ici que le Diable habite, Pensais-je avec quelque raison.
Enfin, pour comble de disgrâce, Je voyais au loin des rustauds Qui tracassaient la vigne grasse Et vendangeaient sur les coteaux.
J’étais à prendre avec la pelle Tellement j’allais m’affaissant, Quand, j’aperçus une chapelle, Dédiée au grand Saint Vincent.
Vers sa statuette rustique, Courbant le plus chauve des fronts, Je lui dis d’une voix mystique : « O bon patron des vignerons !
« Vois-tu pas du haut de ta gloire Que je cours le plus grand danger, Que je ne trouve rien à boire, Encore moins à vendanger ?
« Tire-moi de cette pépie, Fais un miracle en ma faveur, Et tu feras une œuvre pie, Et tu connaîtras ma ferveur. »
Alors, voilà bien le prodige. Le saint me tendit un flacon, Je l’ai vu de mes yeux, vous dis-je - Un flacon de vin rubicond.
Ce vin, vous devez bien comprendre, Etait un vin frais et rieur ; Je n’en pouvais pas moins attendre D’un saint aussi supérieur.
Comme je contais ce miracle A quelques jours de là, voici Qu’un méchant savant, un oracle, Me dit en résumé ceci :
« Tu sauras, ô pochard insigne ! Qu’en nos pays, c’est un devoir D’offrir au patron de la Vigne Le premier vin hors du pressoir…
« Ainsi, tu vois cette bouteille Que tu bis comme un innocent Apprends que c’est moi qui, la veille, L’avait offerte à Saint-Vincent. »
J’en devins bleu, j’en devins mauve, Vous voyez d’ici le tableau Moi qui crois à la foi qui sauve Encore plus qu’à Berthelot !
N’importe. Pour moi, pauvre poire, Le miracle eut lieu néanmoins, Puisque j ‘avais eu de quoi boire Quand je m’y attendais le moins.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Sam 18 Juil - 7:59 | |
| Raoul PONCHON
CERTES, EN CES TEMPS DE CARÊME
Certe, en ces temps de carême, On trouve réconfortant De voir que l’art de Carême Demeure chez nous constant.
Mais, cuisiniers de mon âme, Et charcutiers de mon cœur, Une chose que je blâme, Et qui me met en fureur,
C’est votre coupable rage A compliquer tous nos mets. Français, c’est là de l’ouvrage Que je n’admettrai jamais.
Je sais bien que la cuisine Ne se fait pas au galop. Tout de même j’imagine Que vous la fignolez trop.
Vous êtes de grands artistes, Cuisiniers et charcutiers, Statuaires, mosaïstes - Et je le dis bien volontiers… Les uns, hardis et robustes, Étant épris d’art nouveau, Vont jusqu’à tailler des bustes Par exemple dans… du veau.
Et, comme l’on fait la glaise, D’autres sculptent le saindoux. On peut en rire à son aise, Je vous assure, quand vous
En faites de ridicules Hauts reliefs ou bas-reliefs, Ou des sujets de pendule. Voilà quels sont mes griefs.
Ce qui m’étonnerait guère C’est que moins fiers vous fussiez De vos talents culinaires Que de votre art de sculptier.
Tant pis. Nous avons, je pense, Sans que vous vous y mettiez, Assez de sculpteurs en France. N’embrouillons pas les métiers.
- Ces cuisines tripotées, Direz-vous c’est plus flatteur. - Qui sait ? pour les pochetées… Moi, je réponds : serviteur !
Ça fait bien une table, Je ne dis pas - de gala. Mais on se demande : diable ! Est-ce aussi bon que cela ?
Malgré que je m’en rapporte A vous, je puis hésiter ; On me mettrait à la porte Si je voulais y goûter.
Car, ô cruelle ironie ! Ces chefs-d’œuvre, pour n’en pas Déranger l’âpre harmonie, On n’y touche même pas,
En général. Tel convive Va vous dire tout de go Qu’à ces horreurs intensives Il préfère un bon gigot.
O chefs ! À vos casseroles ! A vos fourneaux, vos hachoirs… Point de fioritures folles, Et surtout point d’ébauchoirs.
Vous, faites-nous des saucisses, Charcutiers, et du boudin ; Et laissez les exercices à nos Rodin.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Dim 19 Juil - 6:13 | |
| Hélie Le CORDIER
EN LIÈVRES
La paix qu’en tout il se propose, Comme la plus aimable chose A quoy l’on ait jamais pensé, Asseure tellement ses lèvres, Que, non peureux, on a tracé Ce fromage en forme de lièvres.
Il est comme gris, demy-bleu, Et marqueté de rouge un peu : Signe que sa substance est bonne, Et que de l’art il tire un sel Aussy bon que nature en donne Dans notre herbe, un universel.
Il n’est point d’une odeur mauvaise N’y d’une plûre qui déplaise ; Des autres il n’a point le fart ; Tout le monde égallement l’aime, Car il est fait avec tant d’art Que, jeune ou vieux, il n’est que cresme.
Jamais il ne porta le nom De l’ancien berge de Junon ; Nos vaches n’ayant point près d’elles D’Argus, qui les garde en ces lieux ; Le laict se forme dans les belles Sans craindre son grand nombre d’yeux.
Si nostre fromage est conforme Au laict, comme au lieu qui le forme ; Si jamais la vache ne vit Du suc de la plante d’Hélène, Mais d’un herbage qui nourrit, Peut-il pleurer en Magdelene ? Jamais, sur l’herbe et sur les fleurs, N’ayant vu tomber d’autres pleurs Que les pleurs que répand l’Aurore, Voyant son teint jaune et vermeil, En concevant, elle colore Son laict, qui le rend tout pareil.
Encor qu’il soit le Pont-l’Evesque ; Il ne répond point à l’Evesque ; N’équivoquons rien, toutefois. Il est d’une paste si douce, Qu’on le peut presser sous ses doigts Sans répondre jamais au poulce
Bien que tout fromage soit faict De l’humeur terrestre du laict, Et partant qu’il nuise à la vie, Celuy-cy, par un goût si doux, Montre que de mélancholie Il contient, et faict moins que tous
Celuy d’Auvergne, et de Hollande, Et d’autres dont la poincte est grande, Font voir qu’ils sympatisent bien A la noire mélancholie Qui bien souvent ne sert à rien Qu’à nous faire altérer la vie.
De là le proverbe s’ensuit A cause qu’à la vie il nuit : Le fromage est bon, s’il est rare, S’il est donné par un discret, S’il est donné de main avare S’il est donné comme à regret,
Qu’on examine ce proverbe, Et la qualité de notre herbe, On conclûra bientôt au laict, Qu’on le doit observer d’un autre, Et de cette cause à l’effect, Qu’il ne s’entend point pour le nôtre.
Je croy qu’il seroit mieux tourné : Le nôtre est bon, s’il est donné D’une libérale personne ; Ainsy désormais dira-t-on : Si la main prodigue le donne, Le vray Pont-l’Evesque est fort bon.
Etant ainsy, grande Princesse, Que j’ose offrir à votre Altesse Un Pont-l’Evesque tout entier, Puissiez-vous être bien contente Que, dans un plat de mon métier, Je vous l’offre et vous le présente !
Si des bords du divin canal Je pouvois, à l’original Rendre cette copie égale ; Ce fromage seroit charmant Comme celluy dont nous régale L’incomparable Sainct-Amant.
Si ce rare et divin génie, D’une bonté presque infinie, Princesse, exagéra le sien. L’eslevant au-dessus du nôtre ; Il faut que j’exalte le mien ! Car le Pont-l’Evesque est le vôtre.
Pont-l’Evesque, arrière, dit-il Avec un trait d’esprit subtil, Puisque mettre le nôtre arrière, Prisant celluy là qu’il décrit, C’est y mettre la main dernière, Ou bien le dernier traict d’esprit.
Si ce fromage est tout de cresme, S’il est au-delà du supresme, S’il sort de terre, et monte aux cieux ; S’il est faict tout à la divine, S’il est rendu le mets des Dieux, C’est qu’un pareil esprit l’affine.
Enfin ce fromage à plaisir, Pour satisfaire un beau désir, Appétit d’esprit et de l’âme, Est faict d’un esprit tout charmant, Esprit d’une céleste flamme, Puisqu’il est faict d’un Sainct-Amant.
Quoyque le mien, grande Princesse, Que j’ose offrir à Vostre Altesse, N’approche pas du mets des Dieux, Mes vers n’étant pas leur langage ; Si vous jettez dessus les yeux, Je me vante d’un bon fromage.
Comme l’original vous plaît, Si la copie, ainsy qu’elle est, A vostre goût est agréable ; Dieux ! quel fromage ce sera ! Il est pour les Dieux et leur table, Dès qu’en la vostre on le verra !
Comme il surpasse tous les autres, Il vient offrir ses lys aux vôtres, Il s’offre à votre noble esprit ; Puisque la croix est sa figure Ce mets de soy, mieux que décrit Est d’une divine nature !
Il vient se présenter en coeur, A celuy des autres vainqueur Et de figure et de substance ; Comme il est de ses lys royal, De son coeur pour celuy de France Je vous l’ay fait voir cordial.
De l’horizon de sa contrée Espérant chez vous son entrée, Il se vient offrir en croissant, Et dit : Princesse, sans seconde, Que j’aille chez vous remplissant Par racourcy tout le grand monde.
Etant sorty de certains lieux En forme de coeur, et sans yeux, Pour le Pays, il signifie Qu’il est sans berger de Junon, Et sans yeux qu’il se sacrifie Pour la gloire sous votre nom.
Qui doute que notre fromage Ne fasse la paix dans l’herbage Puisqu’il s’accorde avec les loups ? Si chez eux enfin on le trouve : Le meilleur fromage de tous Ne se faict-il pas chez la Louve (30) ?
Pont-l’Evesque et charmant Louvain, Faict en bons lieux, et bonne main (Quoiqu’à louve on dise une patte, Je diray main à celle-cy), Tu sors d’une herbe délicate, Et d’une bonne main aussy !
Ton origine est sans seconde, Tu viens comme un prodige au monde ; Nul autre n’approche de toy, Qu’il ne soit jaloux de tes charmes, Et le dépit qu’il a de soy Aussy tôt le fait fondre en larmes.
Tu ris, quand le Brie est confus, Et des dédains et des refus Qu’il souffre, même en sa patrie ; Sa confusion le rend blanc ; Quand on dit : Laissons-là ce Brie, Le Pont-l’Evesque est bien plus franc.
Tu te rends si recommandable Parmy les appas de la table Que, si l’on te laisse vieillir, On sait que tu deviens si rare, Que tu te fais bien recueillir Et donner d’une main avare.
Dans tout le temps de ta durée, Toujours le goust plus fin t’agrée, Le laict te donnant de sa fleur Qui vient de fleurs en abondance : Ainsi tu gardes la douceur Prise des lieux de ta naissance.
Pont-l’Evesque parlant sur tous, Croys-tu pas être des plus doux, Puisque tu plais à qui te touche ? Il faut que tu sois faict du ciel Pour croire entrer dans une bouche Où n’entre et ne sort que du miel.
Acceptez-le, grande Princesse, Avec plus de délicatesse Que tout autre de l’univers ; Et quoy que sa douceur charmante Ne paroisse pas dans mes vers, C’est cette douceur que je chante.
Qui donne tout le bien qu’il a Ne sçauroit donner au-delà ; Ce fut le seul bien qu’Alexandre Prit de la main d’un paysan, Et le coeur luy fit plutost prendre Que la valeur de son présent.
Si je l’offre à plus grand mérite, Mes intentions sans limite Partent d’une plus grande ardeur : Alexandre eut moins qu’un fromage, Je vous l’offre d’un plus grand coeur, Puisque vous vallez davantage.
Mesurant mes voeux au pouvoir, A votre vertu mon devoir, Et ma faiblesse à votre empire. Puis-je plus, que de souhaiter ? Le plus simple mortel désire Ce qu’un Dieu peut exécuter !
Je fais un don, et je souhaite : Mon offrande est-elle imparfaite ? Si je retourne ramassant Chaque lustre qui la compose, Souhaits, fleurs de lys, coeurs, croissants, Passeront-ils pour peu de chose ? Acceptez plus que je ne puis, Sans considérer ce que suis, Faites plus aussy qu’Alexandre : A plus Grande il appartient bien : Une Déesse a droit de prendre Et jamais ne refuser rien.
Après avoir peint nos herbages, Et la valeur de leurs fromages, Souffrez que je retourne voir Mélibée, à qui j’en fis fête ; Quand il seroit au désespoir, Il faut que cet appast l’arrête.
Il est temps de porter ma voix Jusqu’au plus profond de ces boys, Et que, dans la vaste étendue De ce lieu qui vous appartient, Elle résonne, ou soit perdue Dans les merveilles qu’il contient.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Lun 20 Juil - 6:30 | |
| Paul VERLAINE (1844-1896)
APPROCHE-TOI DE MON OREILLE
Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui, Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise De ton coeur vers les bras ouverts de mon Église Comme la guêpe vole au lis épanoui.]*
Approche-toi de mon oreille Épanches-y L'humiliation d'une brave franchise Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.
Approche-toi de mon oreille... J'ai peur, Seigneur...
Puis franchement et simplement viens à ma table, Et je t'y bénirai d'un repas délectable Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,
Et tu boiras le Vin de la vigne immuable Dont la force, dont la douceur, dont la bonté Feront germer ton sang à l'immortalité.
Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison, Et surtout reviens très souvent dans ma maison, Pour y participer au Vin qui désaltère,
Au Pain sans qui la vie est une trahison, Pour y prier mon Père et supplier ma mère Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre, D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,
D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence, D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence, Enfin, de devenir un peu semblable à moi
Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate Et de Judas et de Pierre, pareil à toi Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!
Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs Si doux qu'ils sont encor d'ineffable délices, Je te ferai goûter sur terre mes prémices, La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs
Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice Eternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse, Et que sonnent les angelus roses et noirs,
En attendant l'assomption dans la lumière L'éveil sans fin dans ma charité coutumière, La musique de mes louanges a jamais,
Et l'extase perpétuelle et la science, Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André) |
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Mar 21 Juil - 7:53 | |
| Guillaume COTTELET EN VAIN, PAUVRE TIRCIS
En vain, pauvre Tircis, tu te romps le cerveau Pour changer en beaux vers tes rimes imparfaites ; Tu n'auras point l'ardeur des illustres poètes Si ton esprit d'oyson se refroidit dans l'eau.
Va trinquer à longs traits de ce nectar nouveau Que le Cormié recelle en ses caves secrettes Si tu veux effacer ces antiques prophètes Dont le nom brille encor dans la nuit du tombeau.
Bien que les neuf Beautez des rives d'Hippocrène Exaltent la vertu des eaux de leur fontaine, Les fines qu'elles sont ne s'en abreuvent pas ;
Là, sous des lauriers vers, ou plutost sous des treilles, Les tonneaux de vin grec eschauffent leurs repas Et l'eau n'y rafraischit que le cu des bouteilles.
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Mer 22 Juil - 7:35 | |
| Arthur RIMBAUD
COMEDIE DE LA SOIF
1. LES PARENTS
Nous sommes tes Grands-Parents, Les Grands ! Couverts des froides sueurs De la lune et des verdures. Nos vins secs avaient du coeur ! Au soleil sans imposture Que faut-il à l'homme ? boire.
MOI - Mourir aux fleuves barbares.
Nous sommes tes Grands-Parents Des champs. L'eau est au fond des osiers : Vois le courant du fossé Autour du Château mouillé. Descendons en nos celliers ; Après, le cidre et le lait.
MOI - Aller où boivent les vaches.
Nous sommes tes Grands-Parents ; Tiens, prends Les liqueurs dans nos armoires ; Le Thé, le Café, si rares, Frémissent dans les bouilloires. - Vois les images, les fleurs. Nous rentrons du cimetière.
MOI - Ah ! tarir toutes les urnes !
2. L'ESPRIT
Éternelles Ondines, Divisez l'eau fine. Vénus, soeur de l'azur, Émeus le flot pur. Juifs errants de Norwège, Dites-moi la neige. Anciens exilés chers, Dites-moi la mer.
MOI - Non, plus ces boissons pures, Ces fleurs d'eau pour verres ; Légendes ni figures Ne me désaltèrent ; Chansonnier, ta filleule C'est ma soif si folle Hydre intime sans gueules Qui mine et désole.
3. LES AMIS
Viens, les Vins vont aux plages, Et les flots par millions ! Vois le Bitter sauvage Rouler du haut des monts !
Gagnons, pèlerins sages, L'Absinthe aux verts piliers...
MOI - Plus ces paysages. Qu'est l'ivresse, Amis ?
J'aime autant, mieux, même, Pourrir dans l'étang, Sous l'affreuse crème, Près des bois flottants. 4. LE PAUVRE SONGE
Peut-être un Soir m'attend Où je boirai tranquille En quelque vieille Ville, Et mourrai plus content : Puisque je suis patient !
Si mon mal se résigne, Si j'ai jamais quelque or, Choisirai-je le Nord Ou le Pays des Vignes ?... - Ah songer est indigne
Puisque c'est pure perte ! Et si je redeviens Le voyageur ancien Jamais l'auberge verte Ne peut bien m'être ouverte.
5. CONCLUSION
Les pigeons qui tremblent dans la prairie, Le gibier, qui court et qui voit dans la nuit, Les bêtes des eaux, la bête asservie, Les derniers papillons !... ont soif aussi.
Mais fondre où fond ce nuage sans guide, - Oh ! favorisé de ce qui est frais ! Expirer en ces violettes humides Dont les aurores chargent ces forêts ?
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Jeu 23 Juil - 5:50 | |
| Émile NELLIGAN
LA ROMANCE DU VIN
Tout se mêle en un vif éclat de gaîté verte Ô le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur, Ainsi que les espoirs naguèrent à mon coeur, Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.
Ô le beau soir de mai! Le joyeux soir de mai! Un orgue au loin éclate en froides mélopées; Et les rayons, ainsi que de pourpres épées, Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.
Je suis gai! je suis gai! Dans le cristal qui chante, Verse, verse le vin! verse encore et toujours, Que je puisse oublier la tristesse des jours, Dans le dédain que j'ai de la foule méchante!
Je suis gai! je suis gai! Vive le vin et l'Art!... J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres, Des vers qui gémiront les musiques funèbres Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.
C'est le règne du rire amer et de la rage De se savoir poète et l'objet du mépris, De se savoir un coeur et de n'être compris Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage!
Femme! je bois à vous qui riez du chemin Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses; Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main!
Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire, Et qu'un hymne s'entonne au renouveau doré, Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré, Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!
Je suis gai! je suis gai! Vive le soir de mai! Je suis follement gai sans être pourtant ivre!... Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre; Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé?
Les cloches ont chanté; le vent du soir odore... Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots, Je suis si gai, si gai dans mon rire sonore, Oh! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!
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 | Sujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE Lun 27 Juil - 7:44 | |
| Raoul PONCHON
ALIMENTS PURS
A peine étais-je assis à table, Dans un cabaret confortable Assez connu pour son Vatel, Que surgit un maître d’hôtel, Bouche en cœur, avec le sourire, Et superbe, je dois le dire. Tout d’abord, il se crut tenu De m’exciter sur le menu, Sur des veloutés, des suprêmes, Des jus, des coulis et des crèmes Fort réputés dans la maison, - Disait-il, - mais dont le blason Fut toujours pour moi sans prestige. « Non, non. Pas de sauces, lui dis-je. Non plus de vos salmigondis…
Ecoutez bien : beurre et radis. Je dis beurre et non margarine Et autres, de même farine. Après cela, je mangerais Assez volontiers des œufs frais. J’appelle œufs frais, sans équivoque, Ceux-là que l’on mire… à la coque. Puis, ce sera des escargots En escargot de tout repos, Non en mou de veau qu’on maquille Et qu’on met dans une coquille. Ensuite… un rouget, - mais, pardon ! Que ce ne soit pas un gardon. Vous ferez suivre l’entrecôte, Avec quelques pommes pont-neuf. Mais, je le dis à voix bien haute : Une entrecôte est cette viande Prise entre deux côtes d’un bœuf, Selon une ancienne légende, Et non, si ça vous est égal, Dans la « culotte » d’un cheval.
Après… voyons… que mangerai-je ? Je m’appuierais bien un perdreau, S’il est assez frais et pas trop. Surtout, merci du privilège, Si vous me servez un corbeau N’ayant que les os et la peau. Qu’une salade l’enjolive, Si toutefois l’huile est d’olive, Comme le vinaigre de vin. Je veux bien, si je suis en verve, Pourvu qu’il ne soit de conserve, Un légume quelconque. Enfin, Je consens à quelque fromage, S’il n’a pas subi l’écrémage Et s’il ne marche pas tout seul, Bref, si ça n’est pas un aïeul…
Quant au vin que je compte boire, Qu’il soit simplement péremptoire, Voilà tout, en sa probité, Pur jus de raisin fermenté. Entremets… desserts, je m’en passe. Mais je veux une demi-tasse De café. J’appelle café, Vous savez, non du gland râpé, De la chicorée… aussi pire, Mais le seul café, je veux dire Des grains de café, quoi ! Sans plus, Torréfiés et bien moulus, Que dans l’eau, si je ne m’abuse, Très soigneusement on infuse.
Les liqueurs, je n’en parle pas. On n’en trouve plus ici-bas. Vous m’en donnerez tout de même ; Mon estomac, un vrai poème, Depuis longtemps, vous pensez bien, Ne va plus s’étonnant de rien. Je finirai par un cigare? Que s’il est en feuilles de chou, Vous pouvez le garder pour vous ; Mon goût, jusque-là, ne s’égare. J’aime les choux en tant que choux, Et non pas en tant que cigares. D’ailleurs, j’y puis mettre le prix. Ainsi donc, vous m’avez compris ? »
« Oui, me dit-il, je vous écoute. Mais monsieur veut rire, sans doute ? En vérité, si tous les gens Etaient à ce point exigeants, Ce serait notre mort subite,
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