Au Bout De La Plume

Poésie libre et classique - Photo - Peinture - Création - Amitié
AccueilAccueil  ­PortailPortail  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1 ... 19 ... 35, 36, 37 ... 39 ... 43  Suivant
AuteurMessage
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Sam 4 Juil - 13:44

Armand GOUFFÉ

LE COUP DU MILIEU

Nos bons aïeux aimaient à boire,
Que pouvons-nous faire de mieux ?
Versez, versez ! je me fais gloire
De ressembler à mes aïeux !
Entre le Chablis que j'honore
Et l'Aï dont je fais mon dieu,
Savez-vous ce que j'aime encore ?
C'est le petit coup du milieu

Je bois quand je me mets à table
Et le vin m'ouvre l'appétit ;
Bientôt ce nectar délectable,
Au dessert, m'ouvrira l'esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu,
Pour trinquer avec ma maîtresse,
M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades,
A pris naissance dans les cieux ;
Les dieux buvaient force rasades,
Buvaient enfin comme des dieux.
Les déesses, femmes discrètes,
Ne prenaient point goût à ce jeu.
Vénus, pour les mettre en goguettes,
Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage
Par l'Amour nous fut apporté ;
Chez nous son premier avantage
Fut d'apprivoiser la beauté.
Le sexe, à Bacchus moins rebelle,
Lui rend hommage en temps et lieu
Et l'on ne voit pas une belle
Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire !
Ce plaisir nous est bien permis ;
Doublons les rasades pour boire
A la santé de nos amis !
De Momus disciples fidèles,
Buvons à Panard, à Chaulieu ;
Mais pour la santé de nos belles,
Réservons le coup du milieu.





_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Lun 6 Juil - 7:41

Jean de LA FONTAINE

LE CORBEAU ET LE RENARD

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. "
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.





_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Mar 7 Juil - 7:39

Olivier BASSELIN et Jean LEHOUX

L'EAU

Qu'on en arrose le jardin !
Mais d'en aller gaster le vin
Seroit-ce pas grande offense ?
Quand je boy le vin tout pur.
C'est tout un, je n'ai pas peur
Que pour ce ma femme tance.
C'est pour moy vray rossignolet
Qu'un crieur de bon vin clairet ;
L'eau ne fait que mal au ventre
Quel bien fait-elle au gosier
Qui n'en fait pas aux souliers
Et bottes, quand elle y rentre




_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Mer 8 Juil - 6:53

Théodore Faullin de BANVILLE (1823-1891)

LA BELLE VERONIQUE

Ce fut un beau souper, ruisselant de surprises.
Les rôtis, cuits à point, n'arrivèrent pas froids;
Par ce beau soir d'hiver, on avait des cerises
Et du johannisberg, ainsi que chez les rois.

Tous ces amis joyeux, ivres, fiers de leurs vices,
Se renvoyaient les mots comme un clair tambourin;
Les dames, cependant, suçaient des écrevisses
Et se lavaient les doigts avec le vin du Rhin.

Après avoir posé son verre encore humide,
Un tout jeune homme, épris de songes fabuleux,
Beau comme Antino Üs, mais quelque peu timide,
Suppliait dans un coin sa voisine aux yeux bleus.

Ce fut un grand régal pour la troupe savante
Que cette bergerie, et les meilleurs plaisants
Se délectaient de voir un fou croire vivante
Véronique aux yeux bleus, ce joujou de quinze ans.

Mais l'heureux couple avait, parmi ce monde étrange,
L'impassibilité des Olympiens; lui,
Savourant la démence et versant la louange,
Elle, avalant sa perle avec un noble ennui.

L'ardente causerie agitait ses crécelles
Sur leurs têtes; pourtant, quoi qu'il en pût coûter,
Ils avaient les regards si chargés d'étincelles
Que chacun à la fin se tut pour écouter.

-- "Vraiment? jusqu'à mourir!" s'écriait Véronique,
En laissant flamboyer dans la lumière d'or
Ses dents couleur de perle et sa lèvre ironique;
"Et si je vous disais: "Je veux le Koh-innor ?"

(Elle jetait au vent sa tête fulgurante,
Pareille à la toison d'une angélique miss
Dont l'aile des steam-boats à la mer de Sorrente
Emporte avec fierté les cargaisons de lys !)

-- "Chère âme," répondit le rêveur sacrilège,
"J'irais la nuit, tremblant d'horreur sous un manteau,
Blême et pieds nus, voler ce talisman, dussé-je
Ensuite dans le coeur m'enfoncer un couteau."

Cette fois, par exemple, on éclata. Le rire,
Sonore et convulsif, orageux et profond,
Joyeux jusqu'à l'extase et gai jusqu'au délire,
Comme un flot de cristal montait jusqu'au plafond.

C'est un hôte ébloui, qui toujours nous invite.
La fille d'Eve eut seule un éclair de pitié;
Elle baisa les yeux de l'enfant, et bien vite
Lui dit, en se penchant dans ses bras à moitié :

-- "Ami, n'emporte plus ton coeur dans une orgie.
Ne bois que du vin rouge, et surtout lis Balzac.
Il fut supérieur en physiologie
Pour avoir bien connu le fond de notre sac.

Ici, comme partout, l'expérience est chère.
Crois-moi, je ne vaux pas la bague de laiton
Si brillante jadis à mon doigt de vachère,
Dans le bon temps des gars qui m'appelaient Gothon !"


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Sam 11 Juil - 6:39

Georges VICAIRE

VISITE APRES BOIRE

J'ai défoncé d'un coup de poing
Un caquillon de vieux gravelle.
Un rayon d'or en ma cervelle
S'est introduit, je suis à point.

Devant l'armoire aux confitures
Ma table s'est mise à valser ;
Mon lit demande à m'embrasser.
Seigneur Jésus, que d'aventures !

Et les bouteilles au long cou
Me contemplent d'un air si tendre !
Je ne me lasse pas d'entendre
Les cascades de mon coucou.

Ma foi, tant mieux ! Vive la joie !
Et je souris béatement.
Vous croiriez voir un garnement
Qui s'attable en face d'une oie.

D'un rayon d'or je suis féru.
Je ris, je ris ; j'en deviens bête.
Et voilà qu'en tournant la tête,
Quelque chose m'est apparu.

C'est comme un bateau qui chavire,
Comme un prunier qui va branlant,
C'est rose et bleu, c'est noir, c'est blanc,
Ça tourne, tourne, et vire, vire.

"Turlututu, chapeau pointu,
Rassure-toi, fait la donzelle.
Comme toi je suis demoiselle ;
Je n'en veux pas à ta vertu.

Je suis la muse peu sévère
Que nos vieux pères aimaient tant,
La muse qui laisse, en chantant,
Tomber des roses dans son verre...

Aujourd'hui, quel monde assommant !
Plus de jeunesse ! on parle en prose.
Le chardon vient après la rose ;
Après le bal, l'enterrement.

Le rire plein, large et sonore,
Le franc rire de nos aïeux ;
Ne s'envole plus vers les cieux ;
C'est à jurer qu'il déshonore !

Et le bon vin qui fait loucher,
Le vin gaillard, fils de nos vignes,
Où sont les vaillants qui soient dignes
Ah ! seulement d'en approcher ?
Tandis qu'en mon verre il rougeoie,
Plus d'un se râpe le palais
Avec l'ale ou le gin anglais.
Ils ont l'ivresse, non la joie.

D'aucuns, en pays allemand,
Vont se griser de lourde bière
Autant vaudrait se mettre en bière
Pour attendre le jugement.

D'autres, que Dieu les récompense,
Boivent dans un pot à pisser
Quelque chose qu'on voit mousser ;
Le coeur me léve quand j'y pense.

" Fi, pouah, pouah ! Les vilains goulus !
Le diable soit de leur bourrache ! "
Et la voilà qui tousse et crache :
" Les pauvres gens ! n'en parlons plus. "

" Je voudrais, dis je, belle brune,
Vous offrir un peu de vin blanc.
Les bouteilles sont sur le flanc,
Hélas ! il n'en reste pas une ! "

" Belle dame, excusez du peu !
Et que de grâces à vous rendre !
Mais, dites-moi, ne peut-on prendre
Un baiser... pour l'amour de Dieu ? "

Là-dessus, tout plein de cautèle,
Je m'approche. Mais en riant :
" Ah ! fi, fi. Le petit friand !
C'est qu'il aime la bagatelle !

Plus tard, plus tard, gros étourdi ;
Fais d'abord ton apprentissage.
A bas les mains ! Voyons, sois sage !
Nous verrons ça l'autre mardi. "

Et tout à coup, par la croisée,
La belle s'enfuit prestement.
C'est un vrai tour d'enchantement ;
Psit, psit ! Plus rien : une fusée !

J'ai beau m'écarquiller les yeux,
Rassembler mes pauvres idées.
Rien que les bouteilles vidées
Qui s'affalent à qui mieux mieux.

Et je l'avais là tout à l'heure,
Et son sourire était si frais !
Ah ! pour deux sous je pleurerais
Si je savais comment on pleure.

Amour, gaîté, tout est fourbu,
Et maintenant, ma foi, j'hésite.
Est-ce bien vrai, cette visite ?
Qui peut savoir ? j'avais tant bu.


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Mer 15 Juil - 7:50

Raoul PONCHON

HORRIBLES DETAILS

Trente-six ou trente-huit(res)
Millions d’hectolitres !
Ce n’est pas le Pérou
Ni la Californie ;
Mais bien de l’ironie
Qui vous en bouche un trou.

Mais vous riez, j’espère,
O Temps, mon petit père,
Trente-six millions
Seulement d’hectolitres !
Que voulez-vous, hélitre
Que nous avalions ?

Va-t-on me faire croire
Que du Tarn à la Loire,
De Bordeaux à Lyon,
Nous n’avons d’hectolitres,
Pour arroser nos huîtres
Que trente-six millions !

Je me vois ja pompette…
Pas un litre par tête !
Ni par jour. Qué métier !
Que dis-je Joséphine…?
Pas même une chopine,
Voire un demi-setier !

O misère ! ô pépie
Qui sans cesse pépies
Dans mon gosier si beau !
Comme dans une cage
A défaut d’un bocage
Pourrait faire un oiseau.

Que feras-tu pépie,
Sans cette boisson pie
Qu’on te mesure trop ?
Que ferez-vous, ivrognes,
D’un sellier seul par trogne ?…
C’est la mort du bistrot.

Et vous chastes bouteilles,
Aux entrailles vermeilles
Dont on se barbouillait,
Allez-vous, dévoyées,
Ne plus être employées
Qu’à compter du millet ?…

Non, votre cause est bonne.
Un verre par personne !…
C’est, sans plis discourir,
Un bruit que ces ignobles
Contempteurs de vignobles,
Buveurs d’eau font courir.

Quoi qu’il en soit, esclave,
Descends vite à la cave,
Et viens soumettre ici
A mes regards sévères
Un litre avec deux verres
L’un pour moi, l’autre, aussi.


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Jeu 16 Juil - 6:50

Raoul PONCHON

GAZETTE RIMÉE

Qui que tu sois, lecteur unique,
A tout jamais pour moi sacré,
Qui pris la susdite chronique
Pour un appel désespéré ;
Toi qui me donnas pour étrennes
Quelques bouteilles souveraines
D’un vin cent fois cuit et roussi
Par ce vieux soleil hydropique ;
Si j’ose dire - du Tropique,
Qui que tu sois - dis-je - merci !

Certes, par Bacchus tutélaire !
Si tu crus me faire plaisir,
Sache donc que tu m’as su plaire
Bien au-delà de ton désir.
Car, jamais je n’en fis mystère,
Je ne sais que le vin sur terre
Pouvant vraiment, mais là, vraiment,
Embellir l’existence en somme,
Et ravitailler le bonhomme
Qui n’y trouve aucun agrément.
.
Ce vin dont tu m’as fait hommage,
Est un vin qui me parait beau.
Le ramage en vaut le plumage.
Pourtant, traite-moi de corbeau,
Si tu veux, ou de dromadaire,
Mais il m’est un peu trop madère ;
Et mon estomac ne conçoit
De vin, que du pays de France,
Qui demeure sans concurrence.

C’est son avis… Quoi qu’il en soit,
Tu penses, n’est-ce pas ? Vieux frère,
Que tes bouteilles je me suis,
Sur l’heure, empressé de les traire
Pour bercer un temps mes ennuis.
Du coup, j’en eus l’âme remise,
Et la Vérité sans chemise
M’apparut dans une clarté ;
Telle est la vertu de la vigne
De vous rendre tout noble et digne,
De tout sublimer en Beauté.

Du coup, j’oubliai tout déboire,
Et je fis des rêves plaisants,
Et je cessai d’être une poire
En proie aux êtres malfaisants.
Je repris, jusque sur ma tête ;
Comme on dit, du poil de la bête.
Je m’égarai loin des cités
Pour battre - oh combien ! la campagne ;
Et tous mes châteaux en Espagne
Devinrent des réalités.

Mais pourquoi, lecteur anonyme,
Ne veux-tu pas dire ton nom ?
Je voulais le mettre à la rime,
Pour qu’on n’en ignore. Mais non.
J’ai pali sur ton écriture
Sans deviner ta signature,
Et j’en fus tout désenchanté.
Si bien que ce vin péremptoire,
En somme, je n’ai pu le boire
Qu’à ton anonyme santé.


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Ven 17 Juil - 7:23

Raoul PONCHON

UN MIRACLE

Sur une interminable route
En ligne droite, sans feston,
Bonne pour le chauffeur sans doute,
Mais combien lente pour le piéton,

J’avais plus d’un kilomètre,
Sans rencontrer un cabaret :
Tu m’entends, Saint Amand, mon maître,
Qu’en dis-tu, son ami Faret ?

Autour de moi, - c’est bien ma veine,
Des plaines sentant le roussi,
Des champs de luzerne et d’avoine
Dont je n’avais aucun souci.

Devant mes deux yeux presbyte,
Pas un toit, pas une maison.
C’est ici que le Diable habite,
Pensais-je avec quelque raison.

Enfin, pour comble de disgrâce,
Je voyais au loin des rustauds
Qui tracassaient la vigne grasse
Et vendangeaient sur les coteaux.

J’étais à prendre avec la pelle
Tellement j’allais m’affaissant,
Quand, j’aperçus une chapelle,
Dédiée au grand Saint Vincent.

Vers sa statuette rustique,
Courbant le plus chauve des fronts,
Je lui dis d’une voix mystique :
« O bon patron des vignerons !

« Vois-tu pas du haut de ta gloire
Que je cours le plus grand danger,
Que je ne trouve rien à boire,
Encore moins à vendanger ?

« Tire-moi de cette pépie,
Fais un miracle en ma faveur,
Et tu feras une œuvre pie,
Et tu connaîtras ma ferveur. »

Alors, voilà bien le prodige.
Le saint me tendit un flacon,
Je l’ai vu de mes yeux, vous dis-je -
Un flacon de vin rubicond.

Ce vin, vous devez bien comprendre,
Etait un vin frais et rieur ;
Je n’en pouvais pas moins attendre
D’un saint aussi supérieur.

Comme je contais ce miracle
A quelques jours de là, voici
Qu’un méchant savant, un oracle,
Me dit en résumé ceci :

« Tu sauras, ô pochard insigne !
Qu’en nos pays, c’est un devoir
D’offrir au patron de la Vigne
Le premier vin hors du pressoir…

« Ainsi, tu vois cette bouteille
Que tu bis comme un innocent
Apprends que c’est moi qui, la veille,
L’avait offerte à Saint-Vincent. »

J’en devins bleu, j’en devins mauve,
Vous voyez d’ici le tableau
Moi qui crois à la foi qui sauve
Encore plus qu’à Berthelot !

N’importe. Pour moi, pauvre poire,
Le miracle eut lieu néanmoins,
Puisque j ‘avais eu de quoi boire
Quand je m’y attendais le moins.


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Sam 18 Juil - 7:59

Raoul PONCHON

CERTES, EN CES TEMPS DE CARÊME

Certe, en ces temps de carême,
On trouve réconfortant
De voir que l’art de Carême
Demeure chez nous constant.

Mais, cuisiniers de mon âme,
Et charcutiers de mon cœur,
Une chose que je blâme,
Et qui me met en fureur,

C’est votre coupable rage
A compliquer tous nos mets.
Français, c’est là de l’ouvrage
Que je n’admettrai jamais.

Je sais bien que la cuisine
Ne se fait pas au galop.
Tout de même j’imagine
Que vous la fignolez trop.

Vous êtes de grands artistes,
Cuisiniers et charcutiers,
Statuaires, mosaïstes -
Et je le dis bien volontiers…

Les uns, hardis et robustes,
Étant épris d’art nouveau,
Vont jusqu’à tailler des bustes
Par exemple dans… du veau.

Et, comme l’on fait la glaise,
D’autres sculptent le saindoux.
On peut en rire à son aise,
Je vous assure, quand vous

En faites de ridicules
Hauts reliefs ou bas-reliefs,
Ou des sujets de pendule.
Voilà quels sont mes griefs.

Ce qui m’étonnerait guère
C’est que moins fiers vous fussiez
De vos talents culinaires
Que de votre art de sculptier.

Tant pis. Nous avons, je pense,
Sans que vous vous y mettiez,
Assez de sculpteurs en France.
N’embrouillons pas les métiers.

- Ces cuisines tripotées,
Direz-vous c’est plus flatteur.
- Qui sait ? pour les pochetées…
Moi, je réponds : serviteur !

Ça fait bien une table,
Je ne dis pas - de gala.
Mais on se demande : diable !
Est-ce aussi bon que cela ?

Malgré que je m’en rapporte
A vous, je puis hésiter ;
On me mettrait à la porte
Si je voulais y goûter.

Car, ô cruelle ironie !
Ces chefs-d’œuvre, pour n’en pas
Déranger l’âpre harmonie,
On n’y touche même pas,

En général. Tel convive
Va vous dire tout de go
Qu’à ces horreurs intensives
Il préfère un bon gigot.

O chefs ! À vos casseroles !
A vos fourneaux, vos hachoirs…
Point de fioritures folles,
Et surtout point d’ébauchoirs.

Vous, faites-nous des saucisses,
Charcutiers, et du boudin ;
Et laissez les exercices à nos Rodin.

_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Dim 19 Juil - 6:13

Hélie Le CORDIER

EN LIÈVRES

La paix qu’en tout il se propose,
Comme la plus aimable chose
A quoy l’on ait jamais pensé,
Asseure tellement ses lèvres,
Que, non peureux, on a tracé
Ce fromage en forme de lièvres.


Il est comme gris, demy-bleu,
Et marqueté de rouge un peu :
Signe que sa substance est bonne,
Et que de l’art il tire un sel
Aussy bon que nature en donne
Dans notre herbe, un universel.

Il n’est point d’une odeur mauvaise
N’y d’une plûre qui déplaise ;
Des autres il n’a point le fart ;
Tout le monde égallement l’aime,
Car il est fait avec tant d’art
Que, jeune ou vieux, il n’est que cresme.

Jamais il ne porta le nom
De l’ancien berge de Junon ;
Nos vaches n’ayant point près d’elles
D’Argus, qui les garde en ces lieux ;
Le laict se forme dans les belles
Sans craindre son grand nombre d’yeux.

Si nostre fromage est conforme
Au laict, comme au lieu qui le forme ;
Si jamais la vache ne vit
Du suc de la plante d’Hélène,
Mais d’un herbage qui nourrit,
Peut-il pleurer en Magdelene ?

Jamais, sur l’herbe et sur les fleurs,
N’ayant vu tomber d’autres pleurs
Que les pleurs que répand l’Aurore,
Voyant son teint jaune et vermeil,
En concevant, elle colore
Son laict, qui le rend tout pareil.

Encor qu’il soit le Pont-l’Evesque ;
Il ne répond point à l’Evesque ;
N’équivoquons rien, toutefois.
Il est d’une paste si douce,
Qu’on le peut presser sous ses doigts
Sans répondre jamais au poulce

Bien que tout fromage soit faict
De l’humeur terrestre du laict,
Et partant qu’il nuise à la vie,
Celuy-cy, par un goût si doux,
Montre que de mélancholie
Il contient, et faict moins que tous

Celuy d’Auvergne, et de Hollande,
Et d’autres dont la poincte est grande,
Font voir qu’ils sympatisent bien
A la noire mélancholie
Qui bien souvent ne sert à rien
Qu’à nous faire altérer la vie.

De là le proverbe s’ensuit
A cause qu’à la vie il nuit :
Le fromage est bon, s’il est rare,
S’il est donné par un discret,
S’il est donné de main avare
S’il est donné comme à regret,

Qu’on examine ce proverbe,
Et la qualité de notre herbe,
On conclûra bientôt au laict,
Qu’on le doit observer d’un autre,
Et de cette cause à l’effect,
Qu’il ne s’entend point pour le nôtre.

Je croy qu’il seroit mieux tourné :
Le nôtre est bon, s’il est donné
D’une libérale personne ;
Ainsy désormais dira-t-on :
Si la main prodigue le donne,
Le vray Pont-l’Evesque est fort bon.

Etant ainsy, grande Princesse,
Que j’ose offrir à votre Altesse
Un Pont-l’Evesque tout entier,
Puissiez-vous être bien contente
Que, dans un plat de mon métier,
Je vous l’offre et vous le présente !

Si des bords du divin canal
Je pouvois, à l’original
Rendre cette copie égale ;
Ce fromage seroit charmant
Comme celluy dont nous régale
L’incomparable Sainct-Amant.

Si ce rare et divin génie,
D’une bonté presque infinie,
Princesse, exagéra le sien.
L’eslevant au-dessus du nôtre ;
Il faut que j’exalte le mien !
Car le Pont-l’Evesque est le vôtre.

Pont-l’Evesque, arrière, dit-il
Avec un trait d’esprit subtil,
Puisque mettre le nôtre arrière,
Prisant celluy là qu’il décrit,
C’est y mettre la main dernière,
Ou bien le dernier traict d’esprit.

Si ce fromage est tout de cresme,
S’il est au-delà du supresme,
S’il sort de terre, et monte aux cieux ;
S’il est faict tout à la divine,
S’il est rendu le mets des Dieux,
C’est qu’un pareil esprit l’affine.

Enfin ce fromage à plaisir,
Pour satisfaire un beau désir,
Appétit d’esprit et de l’âme,
Est faict d’un esprit tout charmant,
Esprit d’une céleste flamme,
Puisqu’il est faict d’un Sainct-Amant.

Quoyque le mien, grande Princesse,
Que j’ose offrir à Vostre Altesse,
N’approche pas du mets des Dieux,
Mes vers n’étant pas leur langage ;
Si vous jettez dessus les yeux,
Je me vante d’un bon fromage.

Comme l’original vous plaît,
Si la copie, ainsy qu’elle est,
A vostre goût est agréable ;
Dieux ! quel fromage ce sera !
Il est pour les Dieux et leur table,
Dès qu’en la vostre on le verra !

Comme il surpasse tous les autres,
Il vient offrir ses lys aux vôtres,
Il s’offre à votre noble esprit ;
Puisque la croix est sa figure
Ce mets de soy, mieux que décrit
Est d’une divine nature !

Il vient se présenter en coeur,
A celuy des autres vainqueur
Et de figure et de substance ;
Comme il est de ses lys royal,
De son coeur pour celuy de France
Je vous l’ay fait voir cordial.

De l’horizon de sa contrée
Espérant chez vous son entrée,
Il se vient offrir en croissant,
Et dit : Princesse, sans seconde,
Que j’aille chez vous remplissant
Par racourcy tout le grand monde.

Etant sorty de certains lieux
En forme de coeur, et sans yeux,
Pour le Pays, il signifie
Qu’il est sans berger de Junon,
Et sans yeux qu’il se sacrifie
Pour la gloire sous votre nom.

Qui doute que notre fromage
Ne fasse la paix dans l’herbage
Puisqu’il s’accorde avec les loups ?
Si chez eux enfin on le trouve :
Le meilleur fromage de tous
Ne se faict-il pas chez la Louve (30) ?

Pont-l’Evesque et charmant Louvain,
Faict en bons lieux, et bonne main
(Quoiqu’à louve on dise une patte,
Je diray main à celle-cy),
Tu sors d’une herbe délicate,
Et d’une bonne main aussy !

Ton origine est sans seconde,
Tu viens comme un prodige au monde ;
Nul autre n’approche de toy,
Qu’il ne soit jaloux de tes charmes,
Et le dépit qu’il a de soy
Aussy tôt le fait fondre en larmes.

Tu ris, quand le Brie est confus,
Et des dédains et des refus
Qu’il souffre, même en sa patrie ;
Sa confusion le rend blanc ;
Quand on dit : Laissons-là ce Brie,
Le Pont-l’Evesque est bien plus franc.

Tu te rends si recommandable
Parmy les appas de la table
Que, si l’on te laisse vieillir,
On sait que tu deviens si rare,
Que tu te fais bien recueillir
Et donner d’une main avare.

Dans tout le temps de ta durée,
Toujours le goust plus fin t’agrée,
Le laict te donnant de sa fleur
Qui vient de fleurs en abondance :
Ainsi tu gardes la douceur
Prise des lieux de ta naissance.

Pont-l’Evesque parlant sur tous,
Croys-tu pas être des plus doux,
Puisque tu plais à qui te touche ?
Il faut que tu sois faict du ciel
Pour croire entrer dans une bouche
Où n’entre et ne sort que du miel.

Acceptez-le, grande Princesse,
Avec plus de délicatesse
Que tout autre de l’univers ;
Et quoy que sa douceur charmante
Ne paroisse pas dans mes vers,
C’est cette douceur que je chante.

Qui donne tout le bien qu’il a
Ne sçauroit donner au-delà ;
Ce fut le seul bien qu’Alexandre
Prit de la main d’un paysan,
Et le coeur luy fit plutost prendre
Que la valeur de son présent.

Si je l’offre à plus grand mérite,
Mes intentions sans limite
Partent d’une plus grande ardeur :
Alexandre eut moins qu’un fromage,
Je vous l’offre d’un plus grand coeur,
Puisque vous vallez davantage.

Mesurant mes voeux au pouvoir,
A votre vertu mon devoir,
Et ma faiblesse à votre empire.
Puis-je plus, que de souhaiter ?
Le plus simple mortel désire
Ce qu’un Dieu peut exécuter !

Je fais un don, et je souhaite :
Mon offrande est-elle imparfaite ?
Si je retourne ramassant
Chaque lustre qui la compose,
Souhaits, fleurs de lys, coeurs, croissants,
Passeront-ils pour peu de chose ?

Acceptez plus que je ne puis,
Sans considérer ce que suis,
Faites plus aussy qu’Alexandre :
A plus Grande il appartient bien :
Une Déesse a droit de prendre
Et jamais ne refuser rien.

Après avoir peint nos herbages,
Et la valeur de leurs fromages,
Souffrez que je retourne voir
Mélibée, à qui j’en fis fête ;
Quand il seroit au désespoir,
Il faut que cet appast l’arrête.

Il est temps de porter ma voix
Jusqu’au plus profond de ces boys,
Et que, dans la vaste étendue
De ce lieu qui vous appartient,
Elle résonne, ou soit perdue
Dans les merveilles qu’il contient.



_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Lun 20 Juil - 6:30

Paul VERLAINE (1844-1896)

APPROCHE-TOI DE MON OREILLE

Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui,
Et voici. Laisse aller l'ignorance indécise
De ton coeur vers les bras ouverts de mon Église
Comme la guêpe vole au lis épanoui.]*

Approche-toi de mon oreille Épanches-y
L'humiliation d'une brave franchise
Dis-moi tout sans un mot d'orgueil ou de reprise
Et m'offre le bouquet d'un repentir choisi.

Approche-toi de mon oreille... J'ai peur, Seigneur...

Puis franchement et simplement viens à ma table,
Et je t'y bénirai d'un repas délectable
Auquel l'ange n'aura lui-même qu'assisté,

Et tu boiras le Vin de la vigne immuable
Dont la force, dont la douceur, dont la bonté
Feront germer ton sang à l'immortalité.

Puis, va! Garde une foi modeste en ce mystère
D'amour par quoi je suis ta chair et ta raison,
Et surtout reviens très souvent dans ma maison,
Pour y participer au Vin qui désaltère,

Au Pain sans qui la vie est une trahison,
Pour y prier mon Père et supplier ma mère
Qu'il te soit accordé, dans l'exil de la terre,
D'être l'agneau sans cris qui donne sa toison,

D'être l'enfant vêtu de lin et d'innocence,
D'oublier ton pauvre amour-propre et ton essence,
Enfin, de devenir un peu semblable à moi

Qui fus, durant les jours d'Hérode et de Pilate
Et de Judas et de Pierre, pareil à toi
Pour souffrir et mourir d'une mort scélérate!

Et pour récompenser ton zèle en ces devoirs
Si doux qu'ils sont encor d'ineffable délices,
Je te ferai goûter sur terre mes prémices,
La paix du coeur, l'amour d'être pauvre, et mes soirs

Mystiques, quand l'esprit s'ouvre aux calmes espoirs
Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice
Eternel, et qu'au ciel pieux la lune glisse,
Et que sonnent les angelus roses et noirs,

En attendant l'assomption dans la lumière
L'éveil sans fin dans ma charité coutumière,
La musique de mes louanges a jamais,

Et l'extase perpétuelle et la science,
Et d'être en moi parmi l'aimable irradiance
De tes souffrances, enfin miennes, que j'aimais.



_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Mar 21 Juil - 7:53

Guillaume COTTELET

EN VAIN, PAUVRE TIRCIS

En vain, pauvre Tircis, tu te romps le cerveau
Pour changer en beaux vers tes rimes imparfaites ;
Tu n'auras point l'ardeur des illustres poètes
Si ton esprit d'oyson se refroidit dans l'eau.

Va trinquer à longs traits de ce nectar nouveau
Que le Cormié recelle en ses caves secrettes
Si tu veux effacer ces antiques prophètes
Dont le nom brille encor dans la nuit du tombeau.

Bien que les neuf Beautez des rives d'Hippocrène
Exaltent la vertu des eaux de leur fontaine,
Les fines qu'elles sont ne s'en abreuvent pas ;

Là, sous des lauriers vers, ou plutost sous des treilles,
Les tonneaux de vin grec eschauffent leurs repas
Et l'eau n'y rafraischit que le cu des bouteilles.


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Mer 22 Juil - 7:35

Arthur RIMBAUD

COMEDIE DE LA SOIF

1. LES PARENTS

Nous sommes tes Grands-Parents,
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du coeur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l'homme ? boire.

MOI - Mourir aux fleuves barbares.

Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L'eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du Château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait.

MOI - Aller où boivent les vaches.

Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires ;
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
- Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière.

MOI - Ah ! tarir toutes les urnes !

2. L'ESPRIT

Éternelles Ondines,
Divisez l'eau fine.
Vénus, soeur de l'azur,
Émeus le flot pur.
Juifs errants de Norwège,
Dites-moi la neige.
Anciens exilés chers,
Dites-moi la mer.

MOI - Non, plus ces boissons pures,
Ces fleurs d'eau pour verres ;
Légendes ni figures
Ne me désaltèrent ;
Chansonnier, ta filleule
C'est ma soif si folle
Hydre intime sans gueules
Qui mine et désole.

3. LES AMIS

Viens, les Vins vont aux plages,
Et les flots par millions !
Vois le Bitter sauvage
Rouler du haut des monts !

Gagnons, pèlerins sages,
L'Absinthe aux verts piliers...

MOI - Plus ces paysages.
Qu'est l'ivresse, Amis ?

J'aime autant, mieux, même,
Pourrir dans l'étang,
Sous l'affreuse crème,
Près des bois flottants.
4. LE PAUVRE SONGE

Peut-être un Soir m'attend
Où je boirai tranquille
En quelque vieille Ville,
Et mourrai plus content :
Puisque je suis patient !

Si mon mal se résigne,
Si j'ai jamais quelque or,
Choisirai-je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?...
- Ah songer est indigne

Puisque c'est pure perte !
Et si je redeviens
Le voyageur ancien
Jamais l'auberge verte
Ne peut bien m'être ouverte.

5. CONCLUSION

Les pigeons qui tremblent dans la prairie,
Le gibier, qui court et qui voit dans la nuit,
Les bêtes des eaux, la bête asservie,
Les derniers papillons !... ont soif aussi.

Mais fondre où fond ce nuage sans guide,
- Oh ! favorisé de ce qui est frais !
Expirer en ces violettes humides
Dont les aurores chargent ces forêts ?


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Jeu 23 Juil - 5:50

Émile NELLIGAN

LA ROMANCE DU VIN

Tout se mêle en un vif éclat de gaîté verte
Ô le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguèrent à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai! Le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante!

Je suis gai! je suis gai! Vive le vin et l'Art!...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l'objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage!

Femme! je bois à vous qui riez du chemin
Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main!

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un hymne s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!

Je suis gai! je suis gai! Vive le soir de mai!
Je suis follement gai sans être pourtant ivre!...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai dans mon rire sonore,
Oh! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
André
Administrateur
Administrateur


Nombre de messages: 11045
Age: 67
Localisation: Marseille
Date d'inscription: 20/02/2006

MessageSujet: Re: POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE   Lun 27 Juil - 7:44

Raoul PONCHON

ALIMENTS PURS

A peine étais-je assis à table,
Dans un cabaret confortable
Assez connu pour son Vatel,
Que surgit un maître d’hôtel,
Bouche en cœur, avec le sourire,
Et superbe, je dois le dire.
Tout d’abord, il se crut tenu
De m’exciter sur le menu,
Sur des veloutés, des suprêmes,
Des jus, des coulis et des crèmes
Fort réputés dans la maison, -
Disait-il, - mais dont le blason
Fut toujours pour moi sans prestige.
« Non, non. Pas de sauces, lui dis-je.
Non plus de vos salmigondis…

Ecoutez bien : beurre et radis.
Je dis beurre et non margarine
Et autres, de même farine.
Après cela, je mangerais
Assez volontiers des œufs frais.
J’appelle œufs frais, sans équivoque,
Ceux-là que l’on mire… à la coque.
Puis, ce sera des escargots
En escargot de tout repos,
Non en mou de veau qu’on maquille
Et qu’on met dans une coquille.
Ensuite… un rouget, - mais, pardon !
Que ce ne soit pas un gardon.
Vous ferez suivre l’entrecôte,
Avec quelques pommes pont-neuf.
Mais, je le dis à voix bien haute :
Une entrecôte est cette viande
Prise entre deux côtes d’un bœuf,
Selon une ancienne légende,
Et non, si ça vous est égal,
Dans la « culotte » d’un cheval.

Après… voyons… que mangerai-je ?
Je m’appuierais bien un perdreau,
S’il est assez frais et pas trop.
Surtout, merci du privilège,
Si vous me servez un corbeau
N’ayant que les os et la peau.
Qu’une salade l’enjolive,
Si toutefois l’huile est d’olive,
Comme le vinaigre de vin.
Je veux bien, si je suis en verve,
Pourvu qu’il ne soit de conserve,
Un légume quelconque. Enfin,
Je consens à quelque fromage,
S’il n’a pas subi l’écrémage
Et s’il ne marche pas tout seul,
Bref, si ça n’est pas un aïeul…

Quant au vin que je compte boire,
Qu’il soit simplement péremptoire,
Voilà tout, en sa probité,
Pur jus de raisin fermenté.
Entremets… desserts, je m’en passe.
Mais je veux une demi-tasse
De café. J’appelle café,
Vous savez, non du gland râpé,
De la chicorée… aussi pire,
Mais le seul café, je veux dire
Des grains de café, quoi ! Sans plus,
Torréfiés et bien moulus,
Que dans l’eau, si je ne m’abuse,
Très soigneusement on infuse.

Les liqueurs, je n’en parle pas.
On n’en trouve plus ici-bas.
Vous m’en donnerez tout de même ;
Mon estomac, un vrai poème,
Depuis longtemps, vous pensez bien,
Ne va plus s’étonnant de rien.
Je finirai par un cigare?
Que s’il est en feuilles de chou,
Vous pouvez le garder pour vous ;
Mon goût, jusque-là, ne s’égare.
J’aime les choux en tant que choux,
Et non pas en tant que cigares.
D’ailleurs, j’y puis mettre le prix.
Ainsi donc, vous m’avez compris ? »

« Oui, me dit-il, je vous écoute.
Mais monsieur veut rire, sans doute ?
En vérité, si tous les gens
Etaient à ce point exigeants,
Ce serait notre mort subite,


_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
Revenir en haut Aller en bas
http://echos-poetiques.net/ En ligne
 

POÈMES SUR LES VINS & BONNE TABLE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 36 sur 43Aller à la page : Précédent  1 ... 19 ... 35, 36, 37 ... 39 ... 43  Suivant

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
Au Bout De La Plume :: EN TOUTE LIBERTE-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet