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 Poésie satirique

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André
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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Lun 27 Juil - 7:41

FONTENELLE

Je n’aurai point la fantaisie
D’imiter ce pauvre Caton,
Qui meurt dans notre tragédie
Pour une page de Platon.
Car, entre nous, Platon m’ennuie.
La tristesse est une folie
Être gai, c’est avoir raison.
Çà, qu’on m’ôte mon Cicéron,
D’Aristote la rapsodie,
De René la philosophie;
Et qu’on m’apporte mon flacon.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Mar 28 Juil - 7:20

Bertrand CARBONEL

Je vois maint clerc escamoter
Mieux qu'escamoteur ordinaire;
Il faut de l'argent pour doter
La fillette de leur commère...
Ah! faux clergé, traître, menteur.
Tu mets le monde en décevante.
Jamais saint Pierre, votre auteur,
Ne tint banque ou comptoir en France.
Mais vous, vils marchands d'indulgence,
Qui n'a d'argent pour faire dons
Doit se passer de vos pardons.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Ven 31 Juil - 7:35

Louis PELABON (1814-1906).

LAISSE LA POESIE

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !
Tous tes efforts sont vains, et bientôt les sueurs
Produites par l'excès d'un impuissant génie
Se mêleront un jour aux regrets, aux douleurs.
Ne sais-tu pas encor que sa route est secrète ?
De la mer où tu cours ne vois-tu point l'écueil ?
Tu seras un rimeur et non pas un poète,
Jeune présomptueux, réprime ton orgueil.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !
Aujourd'hui ces labeurs sont devenus sans prix.
Ingrate passion, profonde frénésie ;
Ce cours est épuisé par de nombreux écrits.
Suis nos sages conseils, de ces fausses amorces
Ne soit plus désormais le jouet malheureux ;
Consulte (dit Boileau) ton esprit et tes forces
Avant de parcourir ce sentier périlleux.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !
Quoi, faudrait-il te dire et de l'âme et du cœur
Qui n'est point du premier rang le public renie,
La médiocrité n'a point d'approbateur.
Occupe ton esprit à des choses utiles,
Mets pour fendre la mer des ailes aux vaisseaux,
Qui, plus faibles ou plus forts, n'en sont pas moins habiles,
Et là tu recevras le prix de tes travaux.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !
Sont-ce de vrais amis qui tiennent ces discours
Non, c'est plutôt, je crois, l'ignoble jalousie
Qui feint de prodiguer à mes maux du secours.
Je vous pardonne à tous pédants du dernier ordre,
Sots appréciateurs, prétendus beaux esprits,
Sur le moindre défaut votre dent cherche à mordre ;
Mais quand l'art a brillé, donnez-nous quelque prix ?

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !
Quoi, pour anéantir la noble passion,
Qui me fait en souffrant redoubler cette envie
En versant dans mon cœur sa sublime onction,
Allez, ne croyez point éteindre mon courage,
Je saurai malgré vous soutenir mon ardeur ;
On s'embarrasse peu de votre vil suffrage,
La critique aux beaux arts ne sait point faire peur.

Non, non, je ne veux point laisser la poésie !
Non, ce n'est pas pour vous que j'entonne des chants,
Je veux rassasier ma noble fantaisie,
Après je foule aux pieds vos sophismes méchants,
Heureux dans mes travaux d'un succès éphémère,
Mes chants ne brûlent point de gloire, d'avenir,
Quand ma muse en produit, je célèbre ma mère,
Et rends grâce à l'auteur qui sait les lui fournir.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Lun 3 Aoû - 7:14

MALLARME PARLANT DE SES RÊVERIES ENFANTINES EN 1860


Moi, quand j'étais petit et que j'étais classique,
J'étais, à parler franc, fort peu mélancolique.
Jurant par Théramène et par les douze dieux
J'aimais le sucre d'orge et les vers de Racine.
- Le plus fade des deux ? - devine si tu peux.
La poésie en moi prenait si peu racine
Que si, sur ma fenêtre, un moineau chantonnait,
Las ! avant de laisser sa voix m'aller à l'âme,
Je m'enquérais quel rang dans les vers il tenait.
Était-il noble ou vil ? marquis, ou rustre infâme ?
De fleurs ?.. je connaissais les fleurs de papier peint
Les fleurs de rhétorique et les fleurs du Parnasse.
L'aigle, qui raille au ciel l'archange qui le craint,
Enflamme tous les yeux: moi, dans ma carapace,
Mon idéal était ces vieux coqs étamés
Qui grincent bêtement sur les clochers ruinés !




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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Mar 4 Aoû - 8:11

Jules LAFORGUE

FARCE ÉPHÉMÈRE

Non! avec ses Babels, ses sanglots, ses fiertés,
L'Homme, ce pou rêveur d'un piètre mondicule,
Quand on y pense bien est par trop ridicule,
Et je reviens aux mots tant de fois médités.

Songez! depuis des flots sans fin d'éternités,
Cet azur qui toujours en tous les sens recule,
De troupeaux de soleils à tout jamais pullule,
Chacun d'eux conduisant des mondes habités...

Mais non! n'en parlons plus! c'est vraiment trop risible!
Et j'ai montré le poing à l'azur insensible!
Qui m'avait donc grisé de tant d'espoirs menteurs ?

Éternité! pardon. je le vois, notre terre
N'est, dans l'universel hosannah des splendeurs,
Qu'un atome où se joue une farce éphémère.






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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Jeu 6 Aoû - 8:15

ROBERT DE MONTESQUIOU (1855-1921)

REVENDICATIONS

Je pense gravement à l'amas d'injustices
Dont souffrent, jour et nuit, les vivants et les morts ;
J'en ai pour eux, pour moi, pour tous, de grands remords
Et voudrais réparer leurs sombres préjudices.

Les marbres les mieux clos ont, par leurs interstices,
Laissé sourdre des cris qui ne sont pas moins forts
Pour demeurer muets, et qui parlent des torts
Que font l'arrêt des pleurs et l'oubli des services.

Je songe qu'Il n'eut rien pour sa peine, Celui
Qui ne s'illuminait que de ce qui m'a lui
Et qui me fut meilleur que la main de Dieu même !

Et ne voyant, autour de moi, plus rien qui m'aime,
Parmi l'indifférent, le fourbe et le moqueur,
J'étouffe un long sanglot dans le fond de mon cour !



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Ven 7 Aoû - 7:28

ROBERT DE MONTESQUIOU (1855-1921)

ABÎME

Non, rien n'est absolu, disait un jour Catulle ;
Le vice qui, chez nous, saphique s'intitule
Et consiste à mettre elle à la place de lui,
A des soirs de relâche et des matins d'ennui
Qui souhaitent parfois de connaître autre chose
Que l'effort sans effet et que l'effet sans cause.
Sapho fut infidèle et Phaon le passeur,
Dont l'étreinte n'était pas celle d'une sœur,
La reprit à la douce Attys, à ses compagnes,
Qui s'en allaient à deux errer dans les campagnes.
Abîme, qui depuis des ans a le renom
D'avoir une compagne au lieu d'un compagnon,
Abîme, je vous jure, amis, m'a pris la... main,
Et ce geste m'a fait, j'avoue, une peur bleue.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Dim 9 Aoû - 5:49

Abbé de CLUNY

Dès qu'il entra dans le palais du roi,
L'honneur royal fut en grand désarroi.
- « Qu'Henri, dit-il, garde nos sacristies.
Hugues, jetant la couronne aux orties,
En capuchon changera son haubert.
Nous donnerons la crosse au roi Robert;
Il est bonhomme et simple dans sa vie.
Hugue est bon chantre, et sa voix est jolie


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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Mar 11 Aoû - 7:24

ROBERT DE MONTESQUIOU (1855-1921)

PRIÈRE DU DEBITEUR

Je m'en remets à Vous, dont la justice éclate
De le récompenser, Seigneur, ou le punir,
Celui qui m'aime, ou me fait tort, puisque Pilate
Rencontre Véronique, en votre souvenir.

Si je laisse pâlir, en mon âme oublieuse,
L'image de Celui qui me fut indulgent,
Laissez pâlir, en Vous, mon image odieuse,
Comme un reflet qui meurt dans la source d'argent.

Mais si quelque menteur ose émettre un blasphème
Contre l'Ami parfait qui sur mes jours a lui,
Sans clémence frappez l'imposteur, quand bien même
Ma clémence coupable implorerait pour lui !



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Mer 12 Aoû - 8:09

Victor HUGO (1802-1885)

AMIS U DERNIER MOT !

Amis, un dernier mot ! - et je ferme à jamais
Ce livre, à ma pensée étranger désormais.
Je n'écouterai pas ce qu'en dira la foule.
Car, qu'importe à la source où son onde s'écoule ?
Et que m'importe, à moi, sur l'avenir penché,
Où va ce vent d'automne au souffle desséché
Qui passe, en emportant sur son aile inquiète
Et les feuilles de l'arbre et les vers du poète ?

Oui, je suis jeune encore, et quoique sur mon front,
Où tant de passions et d'oeuvres germeront,
Une ride de plus chaque jour soit tracée,
Comme un sillon qu'y fait le soc de ma pensée,
Dans le cour incertain du temps qui m'est donné,
L'été n'a pas encor trente fois rayonné.
Je suis fils de ce siècle ! Une erreur, chaque année,
S'en va de mon esprit, d'elle-même étonnée,
Et, détrompé de tout, mon culte n'est resté
Qu'à vous, sainte patrie et sainte liberté !
Je hais l'oppression d'une haine profonde.
Aussi, lorsque j'entends, dans quelque coin du monde,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier ;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,
La Grèce, notre mère, agonise éventrée ;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix ;
Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;
Quand Lisbonne, jadis belle et toujours en fête,
Pend au gibet, les pieds de Miguel sur sa tête ;
Lorsqu'Albani gouverne au pays de Caton ;
Que Naples mange et dort ; lorsqu'avec son bâton,
Sceptre honteux et lourd que la peur divinise,
L'Autriche casse l'aile au lion de Venise ;
Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc ;
Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc ;
Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique ;
Quand Vienne tient Milan ; quand le lion belgique,
Courbé comme le boeuf qui creuse un vil sillon,
N'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;
Quand un Cosaque affreux, que la rage transporte,
Viole Varsovie échevelée et morte,
Et, souillant son linceul, chaste et sacré lambeau,
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau ;
Alors, oh ! je maudis, dans leur cour, dans leur antre,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre
Je sens que le poète est leur juge ! je sens
Que la muse indignée, avec ses poings puissants,
Peut, comme au pilori, les lier sur leur trône
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne,
Et renvoyer ces rois, qu'on aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir !
Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.
J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance,
Et les molles chansons, et le loisir serein,
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain !



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Jeu 13 Aoû - 8:23

Louis Antoine de SAINT-JUST (1767-1794)

HOMME ESYT UN MOT…

Homme est un mot qui ne caractérise
Qu'un animal, ainsi qu'ours et lion ;
Son naturel est erreur et sottise,
Malignité, superbe, ambition ;
Il naît et meurt ; et mort, on le méprise.
De son destin orgueilleux, on le voi
Fouler la terre en pays de conquête,
Que la raison a soumis à sa loi ;
Il n'est plus que la première bête
De ce séjour dont il se dit le Roi.
Maître du monde, esclave de lui-même,
Il creuse tout, et ne sait ce qu'il est ;
Son coeur, pétri d'orgueil et d'intérêt,
Craint ce qu'il hait, méprise ce qu'il aime.
Impudemment il appelle vertu
Le crime sourd d'un sophisme vêtu.
Son amour-propre inventa l'apparence ;
L'intérêt vil lui donna la prudence,
Et sa raison n'est qu'un noir composé
D'orgueil adroit, d'orgueil intéressé.
L'or animé dans ses veines palpite ;
L'or est son coeur ; c'est le Dieu qui l'agite ;
Sa voix le traîne au travers des dangers,
Pour s'engraisser sur des bords étrangers.
L'or inventa les Arts, l'Astronomie,
Et l'Avarice est mère du Génie.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Ven 14 Aoû - 6:45

Louis Antoine de SAINT-JUST (1767-1794)

LE CŒUR DE L’HOMME…

Le coeur de l'homme est l'énigme du Sphinx ;
Si l'on pouvait avec les yeux du Linx,
De ses replis éclairer la souplesse,
L'oeil étonné, de maints hauts faits vantés
Démêlerait les ressorts effrontés
Dont un prestige a fardé la bassesse.
Ces Conquérans, sous les noms imposteurs
De liberté, de soutiens, de vengeurs,
A l'oeil surpris découvriraient peut-être
Un scélérat, honteux de le paraître ;
Ces Moines saints, les yeux en Paradis,
Décèleraient sous la haire souillée,
Un coeur brûlé de la soif des Houris,
Une âme sèche, à l'intrigue pliée,
Et l'Avarice, en Lazare habillée ;
L'homme puissant, dans son humilité,
Le vil ragoût d'une lâche fierté ;
Dans l'amitié, l'on verrait l'espérance ;
Et dans l'amour, non le tribut du coeur,
Mais le fardeau de son indifférence ;
Parfois dans l'un un grain de suffisance,
Parfois dans l'autre une jalouse humeur.
Homère a beau nous peindre dans Achille,
D'un bras fougueux le courage indompté,
Il était homme et fut resté tranquille,
Sans l'aiguillon d'un peu de vanité,
Sans Briséïs et la nécessité.

Dans la vertu l'audace se ranime,
Et la faiblesse est compagne du crime.



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Sam 15 Aoû - 6:20

ROBERT DE MONTESQUIOU (1855-1921)

ANGULEUSE

Anguleuse fut belle, il y a fort longtemps ;
Il ne lui reste plus que trois ou quatre dents,
Presque autant de cheveux, du nez et de l'astuce,
Des chapeaux de bébé, des robes prune ou puce,
Et surtout l'art savant de liquider le toc.
Elle excelle à ce truc et brille dans le troc.
Elle est végétarienne, elle fut dreyfusarde ;
Elle meuble un hôtel et demain le bazarde ;
Elle eut plusieurs maris et quelques amoureux
Sans compter de Lesbos les ébats langoureux.
Le tout est de savoir s'il faut pour la commande,
Parler à la Marquise..... ou bien à la Marchande !



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Lun 17 Aoû - 6:28

Auguste BARBIER

LA POPULARITÉ

Dans le pays de France aujourd' hui que personne
ne peut chez soi rester en paix,
et que de toutes parts l' ambition bourgeonne
sur les crânes les plus épais,
tout est en mouvement sur la place publique ;
la voix bruyante et le coeur vain,
chacun bourdonne autour de l' oeuvre politique,
chacun y veut mettre la main.
Là, courent tous les gens de bras et de parole,
poète, orateur et soldat,


tout ce qui veut paraître et jouer quelque rôle
dans le grand drame de l' état ;
tout, des hauts carrefours abonde sur la place,
et haletant, pressant le pas,
sur le pavé fangeux se précipite en masse,
et vers le peuple tend les bras.

certes le peuple est grand, maintenant que sa tête
a secoué ses mille freins,
que, l' ouvrage fini, comme un robuste athlète
il peut s' appuyer sur ses reins ;
il est beau ce colosse à la mâle carrure,
ce vigoureux porte-haillons,
ce sublime manoeuvre à la veste de bure
teinte du sang des bataillons ;
ce maçon qui d' un coup vous démolit des trônes
et qui, par un ciel étouffant,

sur les larges pavés fait bondir les couronnes
comme le cerceau d' un enfant.
Mais c' est pitié de voir, avec sa tête rase,
son corps sans pourpre et sans atour,
ce peuple demi-nu, comme ceux qu' il écrase,
comme les rois avoir sa cour ;
oui, c' est pitié de voir, à genoux sur sa trace,
un troupeau de tristes humains
lui jeter chaque jour tous leurs noms à la face,
et ne jamais lâcher ses mains ;
d' entendre autour de lui mille bouches mielleuses,
souillant le nom de citoyen,
lui dire que le sang orne des mains calleuses,
et que le rouge lui va bien ;
que l' inflexible loi n' est que son vain caprice,
que la justice est dans son bras,
sans craindre qu' en ses mains l' arme de la justice
ne soit l' arme des scélérats.

est-ce donc un besoin de la nature humaine
que de toujours courber le dos ?
Faut-il du peuple aussi faire une idole vaine,
pour l' encenser de vains propos ?
à peine relevé faut-il qu' on se rabaisse ?
Faut-il oublier avant tout,
que la liberté sainte est la seule déesse
que l' on n' adore que debout ?
Hélas ! Nous vivons tous dans un temps de misère,
un temps à nul autre pareil,
où la corruption mange et ronge sur terre
tout ce qu' en tire le soleil ;
où dans le coeur humain l' égoïsme déborde,
où rien de bon n' y fait séjour ;
où partout la vertu montre bientôt la corde,
où le héros ne l' est qu' un jour ;

un temps où les serments et la foi politique
ne soulèvent plus que des ris ;
où le sublime autel de la pudeur publique
jonche le sol de ses débris ;
un vrai siècle de boue, où plongés que nous sommes,
chacun se vautre et se salit ;
où comme en un linceul, dans le mépris des hommes,
le monde entier s' ensevelit !

pourtant, si quelques jours de ces sombres abîmes
où nous roulons aveuglément,
de ce chaos immense où les âmes sublimes
apparaissent si rarement,
tout d' un coup, par hasard, il en surgissait une
au large front, au bras charnu :
une âme toute en fer, sans peur à la tribune,
sans peur devant un glaive nu ;

si cette âme splendide, étonnant le vulgaire
et le frappant de son éclat,
montait, avec l' appui de la main populaire,
s' asseoir au timon de l' état ;
alors je lui crierais de ma voix de poète
et de mon coeur de citoyen :
homme placé si haut, ne baisse pas la tête,
marche, marche et n' écoute rien !
Laisse le peuple en bas applaudir à ton rôle
et se repaître de ton nom ;
laisse-le te promettre un jour même l' épaule
pour te porter au Panthéon !
Marche ! Et ne pense pas à son temple de pierre ;
souviens-toi que, changeant de goût,
sa main du Panthéon peut chasser ta poussière,
et la balayer dans l' égout !
Marche pour la patrie et sans qu' il nous en coûte,
marche en ta force et le front haut ;
et dût ton pied heurter à la fin de ta route
le seuil sanglant d' un échafaud,

dût ta tête royale, ô nouvelle victime,
tomber au bruit d' un vil tambour ;
du peuple quel qu' il soit ne cherche que l' estime,
ne redoute que son amour ! ...

la popularité ! -c' est la grande impudique
qui tient dans ses bras l' univers,
qui, le ventre au soleil comme la nymphe antique,
livre à qui veut ses flancs ouverts !
C' est la mer ! C' est la mer ! -d' abord calme et sereine,

la mer, aux premiers feux du jour,
chantant et souriant comme une jeune reine,
la mer blonde et pleine d' amour ;
la mer baisant le sable, et parfumant la rive
du baume enivrant de ses flots,
et berçant sur sa gorge ondoyante et lascive
son peuple brun de matelots ;

puis la mer furieuse et tombée en démence,
et de son lit silencieux
se redressant géante avec sa tête immense,
et tordant ses bras dans les cieux ;
puis courant çà et là, hurlante, échevelée ;
et sous la foudre et ses carreaux,
bondissant, mugissant dans sa plaine salée,
comme un combat de cent taureaux,
puis, le corps tout blanchi d' écume et de colère,
la bouche torse et l' oeil errant,
se roulant sur le sable et déchirant la terre
avec le râle d' un mourant ;
et, comme la bacchante, enfin lasse de rage,
n' en pouvant plus, et sur le flanc,
retombant dans sa couche, et jetant à la plage
des têtes d' hommes et du sang ! ...



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MessageSujet: Re: Poésie satirique   Mer 19 Aoû - 8:24

Raoul PONCHON

LE RÉGENT

Or, ces jours derniers, un larron
-Me suis-je laissé dire -
Dans ta galerie, Apollon !
Tenta de s’introduire.

On en a conclu sur -le-champ,
Sans doute à la légère,
Qu’il comptait voler « le Régent ».
Je crois qu’on exagère.

Qui sait si ce n’en était pas
Un, pour qui la peinture
Et l’objet d’art ont plus d’appas
Que cette pierre dure ?

Ou bien encore un député
Désireux de connaître
Si le Louvre était bien gardé ?
Cela pourrait bien être.

Quoi qu’il en soit, ledit Régent
Est toujours à sa place,
Admirablement réfringent
Sous une triple glace.

Mais admettons qu’il soit volé,
Un beau jour - tout arrive -
Je n’en serais pas désolé
D’une façon bien vive.

Le Régent ! Excusez du peu !
-Diront des gens illustres -
Le Régent si pur, dont le feu
Ferait pâlir cent lustres !

C’est le plus fameux diamant,
Passant toute hyperbole,
Qu’il y ait sous le firmament.
Il vaut des sommes folles !

A cela je leur répondrai :
Parbleu, je ne l’ignore.
C’est un fort beau joyau, c’est vrai ;
Mais il faudrait encore

Cent mille fois son pesant d’or,
Pour peu qu’on en raisonne,
C’est une fortune qui dort
Et ne sert à personne.

A la rigueur on comprendrait
Si, dans les jours de fête,
Notre Marianne en parait
Sa poitrine ou sa tête.

Ou que, chaque an et tour à tour
Un jour on l’abandonne
A la Reine des Reines, pour
Egayer sa couronne…

Mais non. On garde ce Régent,
Avec sollicitude,
Pour épater les bonnes gens,
La pauvre multitude ;

Sous prétexte que rarement
On ne vit plus splendide
Et plus absolu diamant,
Et d’une eau plus limpide.

Certes ! Il est d’une belle eau ;
Mais combien je préfère
Une œuvre d’art, un bon tableau
Que le génie éclaire !

Les Régents ne remuent pas,
C’est certain, à la pelle…
Mais la chose rare n’est pas
Nécessairement belle.

A ce compte-là, mes enfants,
- J’en appelle à vous-mêmes -
Tels objets sont plus esbrouffants
Que la susdite gemme ;

Ainsi, l’homme à tête de veau
Est au moins aussi rare.
Il n’en est pour cela plus beau,
Ou ma raison s’égare !



_________________


La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
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Poésie satirique

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