| | | Poèmes et auteurs méconnus. | |
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André Administrateur


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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Ven 6 Nov - 9:04 | |
| Jules MERCIER
Je ne menace pas, mais je veux de ma main Forcer la vôtre à sonder sa blessure. Je veux qu'en m'écoutant votre cœur plus humain Songe aux maux que par vous et pour vous il endure. Je ne menace pas, je le répète encor, Mais je l'ai vu si grand que je crains sa colère ; Je l'ai vu, triomphant, promener sa misère Dans vos palais moqueurs, brillants de marbre et d'or. Et, généreux pourtant, pour prix de vos conquêtes Que voulait-il ? Vos biens ?... Non, quelques pauvres lois, Lui qui, pour secouer sa vermine et ses rois, De son pied de géant pouvait broyer vos têtes.
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André) |
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Sam 7 Nov - 8:34 | |
| Charles PONCY (1821-1891)
SONNET
Je vais vous esquisser, en un seul trait de plume, Ma vie et son étrangeté : Dans le plâtre, dans l'eau, dans la chaux qu'elle allume, La misère, à dix ans, tout chétif m'a jeté. Depuis, j'ai lambrissé le boudoir que parfume L'haleine de la volupté, Blanchi la cathédrale où l'encens divin fume, La guinguette où l'on boit le vin et la gaîté.
Dans les maisons de jeu, dans ces antres infâmes Où le vice effronté prend le masque des femmes, Sur les toits, dans la cave, on me fait travailler.
Mon marteau démolit le palais, la chaumière ; Et mon œil étonné, dans leurs flots de poussière, Croit voir muets d'effroi les siècles s'envoler.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Lun 9 Nov - 7:20 | |
| Augustine-Malvina BLANCHECOTTE
C'ETAIT DANS LA SAISON DES ROSES
C'était dans la saison des roses, Avril éblouissait ton cœur ; Le ciel répandait sa couleur Sur tes ailes fraîches écloses : C'était dans la saison des roses ! Ton âme était ivre d'aimer ! Plus belle que les plus beaux rêves, Ta vie aux débordantes sèves Toute neuve allait s'enflammer : Ton âme était ivre d'aimer ! Moi, c'était ma saison d'automne ; L'âpre bise sifflait toujours ; Et rapides tombaient mes jours Comme la feuille tourbillonne : Moi, c'était ma saison d'automne ! Ma gerbe était faite ici-bas, Ma route presque terminée ; Et lasse au bout de ma journée J'allais et ne t'écoutais pas : Ma gerbe était faite ici-bas !< J'avais eu ma récolte pleine, Ce qu'à son pâle genre humain Dieu jette le long du chemin Peu de joie et beaucoup de peine ! J'avais eu ma récolte pleine !
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Mer 11 Nov - 8:39 | |
| Emmanuel COLLOMP (1821-1893)
L’ORDRE DU COMPAGNONNAGE
Parmi nous pas de vanité, Pas le désir d'opulence, Pas la noire inégalité, Pas faiblesse d'intempérance, Pas lâcheté, faux jugement, Pas de mollesse à son ouvrage, Pas trahir amis ni serment, C'est l'ordre du Compagnonnage.
Parmi nous pas d'adulateur, Pas de mépris, pas de vengeance, Pas de fourbes, pas de lenteurs, Pas de ces esprits en balance, Pas de fanfarons sans talent, Pas de sans amour, sans courage, Pas de ces hommes nonchalants, C'est l'ordre du Compagnonnage.
Parmi nous pas d'avidité, Pas de trame, de turpitude, Pas la froide morosité, Pas le vice d'ingratitude, Pas de brouillons ni flatteurs, Pas de trompeurs, pas d'esclavage, Repousser loin les détracteurs, C'est l'ordre du Compagnonnage.
Chez nous, pas d'atrabilité, Pas de vouloir, pas d'arrogance, Surtout pas d'infidélité Envers les lois du tour de France. Pas de cuistres, pas de frondeurs, Pas de traîtres, pas de volages, Éconduire les délateurs C'est l'ordre du Compagnonnage.
Voilà les lois de mon Devoir, Vous dit l'auteur rempli de zèle, Et si vous désirez savoir S'il est inconstant ou fidèle, Suivez l'Estimable en tout temps, Le Provençal dans son voyage, Et vous le verrez dévoirant Aux ordres du Compagnonnage.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Jeu 12 Nov - 7:53 | |
| MORIN
LES COMPAS
Pourquoi céder aux transports de ma muse Lorsqu'il lui vient un gain de vanité ? La folle, hélas ! sait bien que je m'abuse Quand j'obéis à sa légèreté. Mais aujourd'hui, soit faiblesse ou courage, Me soumettant encore à ses ébats, Je prends mon luth, et du compagnonnage Je chante le compas.
Fils de Perdix1, en portant ton emblème, Tout devoirant doit graver dans son cœur Qu'il a reçu la mission suprême De propager les principes d'honneur. De nos aïeux c'est le noble héritage Que l'opulent souvent ne reçoit pas ; Il a de l'or, mais le compagnonnage A pour lui le compas.
C'est le compas qui règle nos mystère ; C'est le compas qui règle aussi nos mœurs ; Les devoirants par lui sont tous des frères, Malgré le nom, l'état et les couleurs. Enfants des arts, disciple de passage, Si l'étranger vers nous guide ses pas, Dans le blason de son compagnonnage Honorons le compas.
En parcourant les quatre coins du monde, Si vous perdez l'étoile d'Orient, Du compagnon la course vagabonde Semble braver tout inconvénient. Malgré les vents, et la grêle et l'orage, Quoiqu'égarés, ne vous alarmez pas : Vous trouverez votre compagnonnage Au milieu du compas.
Mais que d'abus au nom de cet insigne ! Méconnaissant les vœux du fondateur, On vit souvent repousser comme indigne Un compagnon ! quoique vrai zélateur. N'abusons pas des mots ni de l'usage ; Soyons humains, méprisons les ingrats, Et nous serons, dans le compagnonnage, Tous dignes du compas.
Fraternité ! ton ère enfin commence, Donne l'essor à tous nos étendards ; L'arbre sacré qui porte la science Va protéger le génie et les arts. Chers devoirants ! sous son riant ombrage, Jurons ces mots : « union des états ». Et que la paix dans le compagnonnage Soit tracée au compas.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Ven 13 Nov - 9:13 | |
| P. SÉCHERESSE (1811-1857) (menuisier de son état)
À LA MÉMOIRE DE MAÎTRE ADAM
Sous le pas de l'oubli toute chose s'efface. Qui pourrait se fier à l'immortalité ? Nul ne peut espérer de laisser une trace ; Le génie lui aussi n'est donc que vanité !
Ô toi qui, comme moi, pressé d'un saint délire, De l'esprit et du corps alternas les travaux, Je demande au passé quelques sons de ta lyre, Et le passé pour toi n'a presque plus d'échos,
Puisse ma voix fidèle, éveillant ta mémoire, Au fond de ton tombeau te faire tressaillir ! Mon luth n'aura-t-il pas assez fait pour ma gloire, S'il réveille pour toi l'écho de l'avenir ?
Du moins le tien, joyeux, de l'âtre égayant l'ombre, De l'atelier encore enchantait les labeurs ; Hélas ! pourquoi faut-il que le mien, triste et sombre, Ne répète que mes douleurs !
Riant des biens, des maux, tu traversas la vie. Le peuple aussi de toi n'a conservé qu'un chant. Mais les temps sont changés, et ta philosophie À rire, de nos jours, eût eu moins de penchant.
Mais tu vis se lever cette aurore brillante Du siècle de Louis où tout fut merveilleux... Est-il donc étonnant que ta voix nous enchante En préludant au jour, chantre mélodieux ?
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Sam 14 Nov - 8:50 | |
| Joseph POTIER (1836-vers 1895)
L'ART DU PLÂTRIER
Avec bois à droit fil fais tes échafaudages, Agence-les surtout avec de bons cordages ; Puis, avant de clouer la latte au soliveau, Sur tes murs repérés, tire un trait de niveau.
Gâche toujours serré pour tous genres d'ouvrages ; Emploie un plâtre frais pour faire bons plâtrages ; Et s'il te faut pousser nervure, arc-doubleau, Tu feras bien de prendre un solide simbleau1.
Pour t'éviter l'ennui de fâcheuses soufflures, Abats tes dégrossis pour jeter tes moulures, Et surtout prends du soin pour faire tes raccords.
Dresse bien tes unis, fais belle plâtrerie, Coupe franc tes profils de retours, d'avant-corps ; Tu pourras être admis dans notre confrérie.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Lun 16 Nov - 8:20 | |
| Francisque BATHOL (Maréchal-ferrant, de son état)
LES MENDIANTS
Le vent mugit, la nuit est sombre, Et nous n'avons pour nous guider Que la lueur qu'on voit dans l'ombre, Seigneur, à vos vitraux briller ; Pour nous pas un abri sur terre !!! Chassez ces manants ! Seigneur, écoutez ma prière... Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
Voyez, au ciel pas une étoile, Nos pieds sont nus, nos corps transis N'ont qu'un méchant lambeau de toile, Tandis qu'à table êtes assis. Entendez-vous siffler la bise ? Chassez ces manants ! Rien qu'un manteau de bure grise. Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
Nous sommes tout couverts de neige, La faim fait fléchir nos genoux ; Nous prierons Dieu qu'il vous protège, Nous chanterons Noël pour vous, Et lorsque vous irez en guerre, Chassez ces manants ! Nous vous servirons de barrière, Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
Mais vainement sous ta fenêtre, Nous supplions, tu n'ouvres pas. Ce qui t'empêche, c'est peut-être De cette fête le fracas. Tes chiens étendus sur la paille, Chassez ces manants ! De tes débris feront ripaille, Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
Hélas ! nous n'avons plus d'haleine ; Nous sommes vieux, nous avons faim ! Seigneur, aux serfs de ton domaine, Aujourd'hui jette un peu de pain. À notre barbe pend le givre... Chassez ces manants ! Seigneur, il faut du pain pour vivre, Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
Et les mendiants sur la route Tombèrent de froid et de faim ; Tandis que le seigneur, sans doute, Terminait son noble festin. Hélas ! disait leur voix mourante, Chassez ces manants ! Crains du Très-Haut la main puissante ! Chassez ces manants ! Seigneur, seigneur, du pain aux mendiants.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Mar 17 Nov - 8:37 | |
| Jean-françois PIRON (1796-1841), compagnon blancher-chamoiseur du Devoir
MES ADIEUX AU TOUR DE FRANCE
Cercle sacré que la prudence Traça pour l'honneur des beaux-arts, Source de talent, de science, Sur toi sont mes derniers regards ; Sentier chéri que je regrette, À l'exemple de mes aïeux, Tour de France, je le répète, Ma muse te fait mes adieux. (bis)
Nobles berceaux de l'industrie, Devenus ceux de Devoirants, Vous qui devez à leur génie Les plus beaux de nos ornements, Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux, Toulouse et autres lieux, Belles cités, villes charmantes, Ma muse vous fait mes adieux. (bis)
Sites divers du tour de France, Qu'avec orgueil j'ai visités Dans la Gascogne, la Provence, Le Languedoc, le Dauphiné ; Coteaux dorés dont se fait gloire Le Bourguignon franc et joyeux, Beaux pays qu'arrose la Loire, Ma muse vous fait mes adieux. (bis)
Des plaisirs du Compagnonnage Pour moi la coupe se tarit ; Je n'en goûterai davantage Mais le souvenir me suffit. Ô vous qui m'étiez si fidèles, Doux plaisirs au front radieux, Pour d'autres agitez vos ailes, Ma muse vous fait mes adieux. (bis)
Échos, un peu de complaisance, Portez aux blanchers-chamoiseurs Les adieux fait au tour de France Par Vendôme-la-Clef-des-Cœurs ; Et quand la Parque trop sévère Viendra pour lui fermer les yeux, Fasse le ciel que plus d'un Frère Entende ses derniers adieux ! (bis)
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Mer 18 Nov - 8:48 | |
| Eugène POTTIER (1816-1887) D'abord emballeur, s'est ensuite spécialisé dans le dessin sur étoffe. Rappelons qu'il est l'auteur de "l'Internationale !"
MA PROPRIÈTÉ
Ma propriété n'a pas de mur, C'est l'espace. Et tout ce qui s'y passe. À moi, plaine ardente et bois obscurs. Pauvres à millions, murez-vous dans vos murs !
J'ai bâton, blouse et chapeau de paille, Gros sabots, vieux livre et jeune chien, Tous les jours dès l'aube avec la caille, Je m'en vais pour visiter mon bien.
Que je vais en bon propriétaire, Folle avoine, épi jaune et lin bleu À l'envi s'inclinent vers la terre. Disons tout : le vent s'y prête un peu !
L'Opéra n'a pas de voix plus fraîches Que mes bois, ni plus de décors, De ma stalle, en mousse, en feuilles sèches J'applaudis d'invisibles ténors !
Vos trésors, mais j'en fais ma risée, Diamants, service de vermeil, Venez voir mes gouttes de rosée, Où se joue un rayon de soleil.
D'un coteau je plonge en ton domaine, Gros bourgeois, mes yeux sont des voleurs, Puis la brise, en complice, m'amène Le parfum de tes tilleuls en fleurs.
Tout le sol métré par le cadastre Est à vous, mais pour loger mes vers, En posant mes jalons d'astre en astre, Chaque soir j'arpente l'univers.
Ma propriété n'a pas de mur, C'est l'espace. Et tout ce qui s'y passe. Ma propriété n'a pas de mur. Pauvres à millions, murez-vous dans vos murs !
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Jeu 19 Nov - 7:53 | |
| L.-S. de VEVEY (Peintre en bâtiments)
LES CACHOTS DE LA LIBERTÉ
De noirs pensers assombrissent mon âme ; Ah ! je gémis sur notre liberté ; Chez nous, naguère, on vit briller sa flamme ; Elle a perdu sa plus belle clarté ! Ô gouvernants, quel desseins sont les vôtres ? Quoi, vous voulez étouffer ses échos ! Peut-elle vivre alors que ses apôtres Sont torturés (bis) dans le fond des cachots ?
Pour la sauver le Français s'émancipe. Veut-il ses droits ? il suffit de trois jours ! Il a juré, pour ce divin principe, Qu'il était prêt à s'immoler toujours. Ô Liberté, détourne l'agonie Qui va frapper tes plus vaillants héros ! De tes sauveurs, ah ! viens sauver la vie, Arrache-les du fond de leurs cachots.
Du dévoûment au salut populaire Plus on leur fait payer cher le tribut, Mieux nous goûtons cette marche exemplaire, En cheminant plus vite au même but ! Nobles captifs, ah ! notre sympathie Ne saurait pas s'exprimer par des mots ; Mais nous venons au nom de la patrie Vous consoler dans le fond des cachots.
Grand Lamennais ! écoute l'interprète D'un peuple libre et riche en avenir. Il t'a compris, ô généreux prophète, Et chaque jour il saura te bénir. Bientôt, sans doute, une phase meilleure Verra surgir le bonheur, le repos ; Vous quitterez cette affreuse demeure ; Pauvres martyrs, pour vous plus de cachots....
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Ven 20 Nov - 7:22 | |
| Constant HILBEY (1817-après 1860) (Était ouvrier tailleur).
À NAPOLÉON
Toi, trop digne rival des meurtriers de Rome, Gigantesque fléau que fut Napoléon, Alors qu'avec orgueil tout un peuple te nomme Et que l'air frémit à ton nom ;
Alors que réveillant tes gloires assoupies Le mensonge et l'erreur, accouplement fatal, Elèvent des autels dans leurs fureurs impies À ton squelette impérial !
Pas un écho d'amour sur tant d'échos funèbres ! Pas une voix du ciel parmi ces mille voix, Qui, douce et radieuse au milieu des ténèbres, Apparaisse et nous dise : vois !
Sous un nuage épais la vérité muette, Supportant sans courroux les plus honteux dédains, Laisse, pour un moment, dans sa pitié secrète, Dormir ses éclairs souverains !
Mais tremble ! dans ses mains qui ne sauraient t'absoudre Le ciel, le juste ciel mit l'arrêt des pervers ! Tremble ! un son de ta voix peut te réduire en poudre Toi qui foudroyas l'univers !
Tremble de n'avoir pas tremblé quand la victoire Inclina sur ton front son vol éblouissant ! Tremble ! un poison mortel s'exhale de la gloire Qui prend sa source dans le sang !
Toujours environné de meurtres, de carnages, Tu ne sus dans les cœurs engendrer que l'effroi, Et la France pourrait honorer mille sages Dont le dernier vaut mieux que toi !
La France agenouillée au pied de la Colonne1 Fatiguant de ses cris les échos d'alentour, La France, de ses mains tressant une couronne, Dont son front doit rougir un jour !
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Sam 21 Nov - 7:57 | |
| Eugène ORRIT (1817-1843) (Était correcteur d'imprimerie.)
VOEUX AGRESTES
Ah ! sois maudite, ville aux splendide misères, Ville où la fange est reine en se cachant sous l'or, Où j'écoute, impuissant, les sanglots de mes frères ! Oui, sois maudite ! ailleurs j'irai revivre encor.
Dieu ! comme je voudrais m'éveiller loin des villes, Cueillir, encore enfant, la marguerite aux près, Rire d'un rien ; bondir, libre, aux vallons tranquilles, Tout fier de ma jeunesse et de ses jours dorés !
Dieu ! comme j'aimerais, errant près du rivage, Sous l'étreinte de l'eau voir les saules frémir, En cherchant des parfums à chaque fleur sauvage. Sur l'herbe, au grand soleil, que je voudrais dormir !
L'air des campagnes, doux à ma faible poitrine, L'haleine des ruisseaux, c'est tout ce que je veux : Ma vague fantaisie aime l'eau qui chemine, La feuille qui bruit, l'air qui souffle aux cheveux.
Idéal, idéal, me poursuis-tu sans trêve ? Des larmes ont, je crois, tombé sur tes genoux, Ô poète, et déjà finit l'heure si brève, L'heure de liberté ! Beaux songes, taisons-nous.
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 | Sujet: Re: Poèmes et auteurs méconnus. Lun 23 Nov - 9:26 | |
| Louis-Agathe BERTHAUD (1810-1843) (Fut vitrier avant d'être saute-ruisseau à Lyon, puis journaliste.)
POCHADE
Le bonheur n'est qu'un mot : tout meurtris sur la Grève, Et la gueule rouge de sang. Auprès d'un chien galeux, je vois un chien qui crève, Et je les envie en passant.
Non pas eux, comme moi, chiens perdus dans la foule, Mais la mort qui leur tord le cou ; Mais le flot qui les prend dans ses plis et les roule Libres enfin de lâcher le licou.
Mais le ver dévorant qui dans leurs flancs se plonge Et s'y creuse, au feu du soleil, Un palais de carnasse, une tombe qu'il ronge, Un lit pour l'éternel sommeil !
Ils sont en paix, au moins, les chiens que l'onde emporte, Jambes raides et ventre en l'air ! Car ils voguent sans crainte et le flot qui les porte, Oui, le flot est limpide et clair !
Pour eux tout est fini des maux de l'existence, Des coups de pieds de polisson, Des crachats à la face et du fouet qui les tance, Les écorchant d'une leçon !
Plus d'ulcères infects à lécher ; plus de boue À sécher sur un membre bleu ; Car les deux chiens sont morts, et l'onde avec eux joue, Parcelles maudites de Dieu !
Et moi, je veux comme eux, une pierre à la gorge, Et les poings sur le dos liés, M'enfuir vers l'Océan où tout fleuve s'engorge, Où tant de morts sont oubliés !
Car c'est là du bonheur, de la paix, du silence De l'harmonie au sein des eaux ; Lorsque le flot mugit, et monte, et se balance Aux feuilles vertes des roseaux.
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