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 La poésie Baroque et Burlesque.

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André
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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Jeu 1 Oct - 7:08

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

IV

Le souper fait, on eut une musique
Italienne, en genre chromatique ;
On y mêla trois différentes voix
Aux violons, aux flûtes, aux hautbois.
Elles chantaient l'allégorique histoire
De ces héros qu'Amour avait domptés,
Et qui, pour plaire à de tendres beautés,
Avaient quitté les fureurs de la gloire.
Dans un réduit cette musique était,
Près de la chambre où le bon roi soupait.
La belle Agnès, discrète et retenue,
Entendait tout, et d'aucuns n'était vue.

Déjà la lune est au haut de son cours :
Voilà minuit ; c'est l'heure des amours.
Dans une alcôve artistement dorée,
Point trop obscure, et point trop éclairée,
Entre deux draps que la Frise a tissus,
D'Agnès Sorel les charmes sont reçus.
Près de l'alcôve une porte est ouverte,
Que dame Alix, suivante très-experte,
En s'en allant oublia de fermer.

O vous, amants, vous qui savez aimer,
Vous voyez bien l'extrême impatience
Dont pétillait notre bon roi de France !
Sur ses cheveux, en tresse retenus,
Parfums exquis sont déjà répandus.
Il vient, il entre au lit de sa maîtresse ;
Moment divin de joie et de tendresse !
Le coeur leur bat ; l'amour et la pudeur
Au front d'Agnès font monter la rougeur.
La pudeur passe, et l'amour seul demeure.
Son tendre amant l'embrasse tout à l'heure.
Ses yeux ardents, éblouis, enchantés,
Avidement parcourent ses beautés.
Qui n'en serait en effet idolâtre ?


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Ven 2 Oct - 7:03

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

V

Sous un cou blanc qui fait honte à l'albâtre
Sont deux tétons séparés, faits au tour,
Allant, venant, arrondis par l'Amour ;
Leur boutonnet a la couleur des roses.
Téton charmant, qui jamais ne reposes,
Vous invitiez les mains à vous presser,
L'oeil à vous voir, la bouche à vous baiser.
Pour mes lecteurs tout plein de complaisance,
J'allais montrer à leurs yeux ébaudis
De ce beau corps les contours arrondis ;
Mais la vertu qu'on nomme bienséance
Vient arrêter mes pinceaux trop hardis.
Tout est beauté, tout est charme dans elle.
La volupté, dont Agnès a sa part,
Lui donne encore une grâce nouvelle ;
Elle l'anime : amour est un grand fard,
Et le plaisir embellit toute belle.

Trois mois entiers, nos deux jeunes amants
Furent livrés à ces ravissements.
Du lit d'amour ils vont droit à la table.
Un déjeuner, restaurant délectable,
Rend à leurs sens leur première vigueur ;
Puis pour la chasse épris de même ardeur,
Ils vont tous deux, sur des chevaux d'Espagne,
Suivre cent chiens jappant dans la campagne.
A leur retour, on les conduit aux bains.
Pâtes, parfums, odeurs de l'Arabie,
Qui font la peau douce, fraîche et polie,
Sont prodigués sur eux à pleines mains.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Sam 3 Oct - 5:21

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

VI

Le dîner vient : la délicate chère,
L'oiseau du Phase et le coq de bruyère,
De vingt ragoûts l'apprêt délicieux,
Charment le nez, le palais et les yeux.
Du vin d'Aï la mousse pétillante,
Et du Tokai la liqueur jaunissante,
En chatouillant les fibres des cerveaux,
Y porte un feu qui s'exhale en bons mots
Aussi brillants que la liqueur légère
Qui monte et saute, et mousse au bord du verre :
L'ami Bonneau d'un gros rire applaudit
A son bon roi qui montre de l'esprit.
Le dîner fait, on digère, on raisonne,
On conte, on rit, on médit du prochain,
On fait brailler des vers à maître Alain,
On fait venir des docteur de Sorbonne,
Des perroquets, un singe, un arlequin.
Le soleil baisse ; une troupe choisie
Avec le roi court à la comédie,
Et, sur la fin de ce fortuné jour,
Le couple heureux s'enivre encore d'amour.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Dim 4 Oct - 14:05

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

VII

Plongés tous deux dans l'excès des délices,
Ils paraissaient en goûter les prémices.
Toujours heureux et toujours plus ardents,
Point de soupçons, encor moins de querelles,
Nulle langueur ; et l'Amour et le Temps
Auprès d'Agnès ont oublié leurs ailes.
Charles souvent disait entre ses bras,
En lui donnant des baisers tout de flamme :
" Ma chère Agnès, idole de mon âme,
Le monde entier ne vaut point vos appas.
Vaincre et régner, ce n'est rien que folie.
Mon parlement me bannit aujourd'hui ;
Au fier Anglais la France est asservie :
Ah ! qu'il soit roi, mais qu'il me porte envie ;
J'ai votre coeur, je suis plus roi que lui. "

Un tel discours n'est pas trop héroïque ;
Mais un héros, quand il tient dans un lit
Maîtresse honnête, et que l'amour le pique,
Peut s'oublier, et ne sait ce qu'il dit.

Comme il menait cette joyeuse vie,
Tel qu'un abbé dans sa grasse abbaye,
Le prince anglais, toujours plein de furie,
Toujours aux champs, toujours armé, botté,
Le pot en tête, et la dague au côté,
Lance en arrêt, la visière haussée,
Foulait aux pieds la France terrassée.
Il marche, il vole, il renverse en son cours
Les murs épais, les menaçantes tours,
Répand le sang, prend l'argent, taxe, pille,
Livre aux soldats et la mère et la fille,
Fait violer des couvents de nonnains,
Boit le muscat des pères bernadins,
Frappe en écus l'or qui couvre les saints,
Et, sans respect pour Jésus ni Marie,
De mainte église il fait mainte écurie :
Ainsi qu'on voit dans une bergerie


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mar 6 Oct - 7:43

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

IX

Des Gallicans ainsi parlait l'apôtre,
De maudissons lardant sa patenôtre ;
Et cependant que tout seul il parlait,
Dans Orléans un conseil se tenait.
Par les Anglais cette ville bloquée
Au roi de France allait être extorquée.
Quelques seigneurs et quelques conseillers,
Les uns pédants et les autres guerriers,
Sur divers tons déplorant leur misère,
Pour leur refrain disaient : " Que faut-il faire ? "
Poton, La Hire et le brave Dunois,
S'écriaient tous en se mordant les doigts :
" Allons, amis, mourons pour la patrie ;
Mais aux Anglais vendons cher notre vie. "
Le Richemont criait tout haut : " Par Dieu,
Dans Orléans il faut mettre le feu ;
Et que l'Anglais, qui pense ici nous prendre,
N'ait rien de nous que fumée et que cendre. "

Pour La Trimouille, il disait : " C'est en vain
Que mes parents me firent Poitevin ;
J'ai dans Milan laissé ma Dorothée ;
Pour Orléans, hélas ! je l'ai quittée.
Je combattrai, mais je n'ai plus d'espoir :
Faut-il mourir, ô ciel ! sans la revoir ! "
Le président Louvet, grand personnage,
Au maintien grave, et qu'on eût pris pour sage,
Dit : " Je voudrais que préalablement
Nous fissions rendre arrêt de parlement
Contre l'Anglais, et qu'en ce cas énorme
Sur toute chose on procédât en forme. "
Louvet était un grand clerc ; mais hélas !
Il ignorait son triste et piteux cas :
S'il le savait, sa gravité prudente
Procéderait contre sa présidente.
Le grand Talbot, le chef des assiégeants,
Brûle pour elle, et règne sur ses sens :
Louvet l'ignore ; et sa mâle éloquence
N'a pour objet que de venger la France.
Dans ce conseil de sages, de héros,
On entendait les plus nobles propos ;
Le bien public, la vertu les inspire :
Surtout l'adroit et l'éloquent La Hire
Parla longtemps, et pourtant parla bien ;
Ils disaient d'or, et ne concluaient rien.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mer 7 Oct - 6:30

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

X

Comme ils parlaient, on vit par la fenêtre
Je ne sais quoi dans les airs apparaître.
Un beau fantôme au visage vermeil,
Sur un rayon détaché du soleil,
Des cieux ouverts fend la voûte profonde.
Odeur de saint se sentait à la ronde.
Le farfadet dessus son chef avait
A deux pendants une mitre pointue
D'or et d'argent, sur le sommet fendue ;
Sa dalmatique au gré des vents flottait,
Son front brillait d'une sainte auréole,
Son cou penché laissait voir son étole,

Sa main portait ce bâton pastoral
Qui fut jadis lituus augural.
A cet objet qu'on discernait fort mal,
Voilà d'abord monsieur de La Trimouille,
Paillard dévot, qui prie et s'agenouille,
Le Richemont, qui porte un coeur de fer,
Blasphémateur, jureur impitoyable,
Haussant la voix, dit que c'était le diable
Qui leur venait du fin fond de l'enfer ;
Que ce serait chose très-agréable
Si l'on pouvait parler à Lucifer.
Maître Louvet s'encourut au plus vite
Chercher un pot tout rempli d'eau bénite.
Poton, La Hire et Dunois ébahis,
Ouvrent tous trois de grands yeux ébaubis.
Tous les valets sont couchés sur le ventre.
L'objet approche, et le saint fantôme entre
Tout doucement porté sur son rayon,
Puis donne à tous sa bénédiction.
Soudain chacun se signe et se prosterne.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Jeu 8 Oct - 7:38

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

XI

Il les relève avec un air paterne ;
Puis il leur dit : " Ne faut vous effrayer ;
Je suis Denys, et saint de mon métier.
J'aime la Gaule, et l'ai catéchisée,
Et ma bonne âme est très-scandalisée
De voir Charlot, mon filleul tant aimé,
Dont le pays en cendre est consumé,
Et qui s'amuse, au lieu de le défendre,
A deux tétons qu'il ne cesse de prendre.
J'ai résolu d'assister aujourd'hui
Les bons Français qui combattent pour lui.
Je veux finir leur peine et leur misère.
Tout mal, dit-on, guérit par son contraire.
Or si Charlot veut, pour une catin,
Perdre la France et l'honneur avec elle,
J'ai résolu, pour changer son destin,
De me servir des mains d'une pucelle.
Vous, si d'en haut vous désirez les biens,
Si vos coeurs sont et français et chrétiens,

Si vous aimez le roi, l'État, l'Église,
Assistez-moi dans ma sainte entreprise ;
Montrez le nid où nous devons chercher
Ce vrai phénix que je veux dénicher. "

Ainsi parla le vénérable sire.
Quand il eut fait, chacun se prit à rire.
Le Richemont, né plaisant et moqueur,
Lui dit : " Ma foi, mon cher prédicateur,
Monsieur le saint, ce n'était pas la peine
D'abandonner le céleste domaine
Pour demander à ce peuple méchant
Ce beau joyau que vous estimez tant.
Quand il s'agit de sauver une ville,
Un pucelage est une arme inutile.
Pourquoi d'ailleurs le prendre en ce pays ?
Vous en avez tant dans le paradis !
Rome et Lorette ont cent fois moins de cierges
Que chez les saints il n'est là-haut de vierges.
Chez les Français, hélas ! il n'en est plus.



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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Ven 9 Oct - 8:08

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

XII

Tous nos moutiers sont à sec là-dessus.
Nos francs archers, nos officiers, nos princes,
Ont dès longtemps dégarni les provinces.
Ils ont tous fait, en dépit de vos saints,
Plus de bâtards encor que d'orphelins.
Monsieur Denys, pour finir nos querelles,
Cherchez ailleurs, s'il vous plaît, des pucelles. "

Le saint rougit de ce discours brutal ;
Puis aussitôt il remonte à cheval
Sur son rayon, sans dire une parole,
Pique des deux, et par les airs s'envole,
Pour déterrer, s'il peut, ce beau bijou,
Qu'on tient si rare, et dont il semble fou.
Laissons aller : et tandis qu'il se perche
Sur l'un des traits qui vont porter le jour,
Ami lecteur, puissiez-vous en amour
Avoir le bien de trouver ce qu'il cherche !


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Sam 10 Oct - 7:56

BOILEAU

LA PUCELLE D’ORLEANS

XIII

Vous m'ordonnez de célébrer des saints :
Ma voix est faible, et même un peu profane.
Il faut pourtant vous chanter cette Jeanne
Qui fit, dit-on, des prodiges divins.
Elle affermit, de ses pucelles mains,
Des fleurs de lys la tige gallicane,
Sauva son roi de la rage anglicane,
Et le fit oindre au maître-autel de Reims.
Jeanne montra sous féminin visage,
Sous le corset et sous le cotillon,
D'un vrai Roland le vigoureux courage.
J'aimerais mieux, le soir pour mon usage,
Une beauté douce comme un mouton ;
Mais Jeanne d'Arc eut un coeur de lion :
Vous le verrez, si lisez cet ouvrage.
Vous tremblerez de ses exploits nouveaux ;
Et le plus grand de ses rares travaux
Fut de garder un an son pucelage.

O Chapelain, toi dont le violon,
De discordante et gothique mémoire,
Sous un archet maudit par Apollon,
D'un ton si dur a raclé son histoire ;
Vieux Chapelain, pour l'honneur de ton art,
Tu voudrais bien me prêter ton génie :
Je n'en veux point ; c'est pour la Motte-Houdart,
Quand l'Iliade est par lui travestie.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Ven 16 Oct - 7:00

Maurice ROLLINAT

DANS LA TERRE GRASSE

Dans une terre grasse et pleine d’escargots,
Je veux creuser moi-même une fosse profonde
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli, comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux !
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde !

O vers, noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voici venir à vous un mort libre et joyeux,
Philosophe viveur, fils de la pourriture...

A travers ma ruine, allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mar 20 Oct - 6:58

Claude LE PETIT (1638-1664)

LA MORT DE CHAUSSON

Amis, on a brillé le malheureux Chausson,
Ce coquin si fameux, à la tête frisée ;
Sa vertu par sa mort s'est immortalisée
Jamais on n'expira de plus noble façon.

Il chanta d'un air gai la lugubre chanson,
Et vêtit sans pâlir la chemise empesée,
Et du bûcher ardent de la paille embrasée,
Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.

En vain son confesseur lui prêchait dans la flamme,
Le crucifix en main, de songer à son âme :
Couché sous le poteau, quand le feu l'eut vaincu,

L'infâme vers le ciel tourna sa croupe immonde ;
Et, pour mourir enfin comme il avait vécu,
Il montra, le vilain, son cul à tout le monde.





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Bertrand
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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mar 20 Oct - 10:29

Je le connaissais le "Chausson". C'est un chef-d'oeuvre !
Sonnet prémonitoire puisque Le Petit a lui aussi fini sur le bûcher... alalalalala
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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mar 20 Oct - 13:35

Bertrand a écrit:
Je le connaissais le "Chausson". C'est un chef-d'oeuvre !
Sonnet prémonitoire puisque Le Petit a lui aussi fini sur le bûcher... alalalalala


À cette époque là il n'était pas bien d'outrepasser certaines moeurs, et surtout de les écrire. Je possède certains poèmes de LE PETIT, mais le vocabulaire franchement gaillard ne serait certainement apprécié si je les postais sur le forum. Je ne pense pas que cela me conduirait jusqu'au bûcher, mais je risquerai de m'attirer les "flammes" de la censure.

fou

Merci pour ton appréciation, cher BERTRAND. Je te souhaite une excellente fin de soirée, cher ami de plume.

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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mer 21 Oct - 8:12

Jean de SCHELANDRE (1584-1635)

AUX POÈTES DE CE TEMPS

Beaux esprits de ce temps qui ravissez les cœurs,
Par des pointes en l’air, des subtiles pensées,
Vos paroles de prose, en bon ordre agencées,
Me font rendre à vos pieds : vous êtes mes vainqueurs.

Car moi je ne suis plus courtisan des neuf Sœurs ;
Des faveurs que j’en ai, les modes sont passées,
Peut-être toutefois qu’aux âmes bien sensées
Ma rudesse vaut bien vos modernes douceurs.

J’ai quelques mots grossiers, quelques rimes peu riches,
Mais jamais grand terroir ne se trouve sans friche ;
Je vois clocher Virgile, Homère sommeiller.

Chacun fait ce qu’il peut, en vers comme à la danse ;
Mais, le bal étant long, il faut tant travailler
Que les meilleurs danseurs y sortent de cadence.


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MessageSujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque.   Mar 27 Oct - 7:00

Emile GOUDEAU

QUI FEMME A

Quand femme vous aurez, jeunes hommes imberbes,
Prenez un maître avec des fleurets, des plastrons ;
Envoyez des paquets de balles dans des ronds,
Apprenez à vos yeux les allures superbes.
Ayez des aspects durs et des gestes acerbes,
Des cheveux droit plantés sur de robustes fronts,
Soyez forts, soyez sûrs, soyez nets, soyez prompts,
Car vous récolterez les querelles par gerbes.
Les autres sont debout et guettent votre bien ;
Ils dépenseront Tout pour la Femme, ce Rien :
Les nuits blêmes et l’or, le sang et la promesse.
La féminité perfide sourira –
Malgré tous les serments sur le livre de messe
Ou la Bible d’Amour. – Las ! qui femme a, guerre a.


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