| | | La poésie Baroque et Burlesque. | |
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| Auteur | Message |
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André Administrateur


Nombre de messages: 5612 Age: 67 Localisation: Marseille Date d'inscription: 20/02/2006
 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mer 26 Aoû - 8:06 | |
| Raoul PONCHON
BEAUT, TU N’ES QU’UN MOT !
Je ne sais qui, de retour de Londres, A quelque un qui l’interrogeait Sur les Anglaises, de répondre : « Peuh !… il y a bien du déchet. »
Il en parle bien à son aise. Je vous jure que je sais, pour Mon humble part, telle Anglaise Aussi belle comme le jour.
Une jeune miss fraîche et rose A le talent de m’émouvoir. En beauté comme en toute chose, Chacun sa manière de voir.
La beauté n’a pas d’absolue, Elle n’existe pas en soi. Telle mignonne est ton élue, Qui ne me dira rien, à moi.
Puis, une femme est toujours belle, Avec ou sans le type anglais, Quand on a de l’amour pour elle. Je te trouve belle, tu l’es !
Vous pensez bien qu’une négresse Affreuse, aux yeux de son négro, Sera cent fois plus charmeresse Que la sémillante Otéro.
La Hottentote fait la pige, Si l’on en croit le Hottentot, A toute Vénus callipyge. Il te le prouvera tantôt.
D’ailleurs, que de plus forts en glosent Des goûts… des couleurs… Cependant, On voit des beautés qui s’imposent A la foule. C’est évident.
Et pour n’en citer qu’une seule, Voyez madame Récamier ; Ses contemporains, pour sa… fiole, Roucoulaient comme un seul ramier.
Quand elle entrait dans un théâtre En péplum blanc et sans corset, Aussitôt la foule idolâtre A tout rompre l’applaudissait.
Allait-elle à quelque assemblée ? La séance on l’interrompait. Et, conquis par elle d’emblée, Chaque membre alors se levait.
Il faut croire que cette femme Répondait à cet idéal Que tout homme porte en son âme, Et dont il est l’obscur féal.
Oui, mais voilà… Quelle misère ! Il n’est pas que des Récamier, De plus, ça n’est pas nécessaire. A quoi bon que vous réclamiez ?
Femmes, ne vous souciez mie De ce plus ou moins d’unité Qui pare votre académie, Si votre âme est belle, à côté…
De même, un visage peut plaire, Encore qu’il soit sans beauté, Par je sais quoi qui l’éclaire, L’esprit… si l’on veut, la bonté…
_________________ La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André) |
|  | | André Administrateur


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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Jeu 27 Aoû - 7:02 | |
| Tristan L'HERMITE
LA BELLE EN DEUIL
Que vous avez d'appas, belle Nuit animée! Que vous nous apportez de merveille et d'amour! Il faut bien confesser que vous êtes formée Pour donner de l'envie et de la honte au jour.
La flamme éclate moins à travers la fumée Que ne font vos beaux yeux sous un si sombre atour, Et de tous les mortels, en ce sacré séjour, Comme un céleste objet vous êtes réclamée.
Mais ce n'est point ainsi que ces divinités Qui n'ont plus ni de voeux, ni de solennités Et dont l'autel glacé ne reçoit point de presse,
Car vous voyant si belle, on pense à votre abord Que par quelque gageure où Vénus s'intéresse, L'Amour s'est déguisé sous l'habit de la Mort.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Sam 12 Sep - 8:09 | |
| Paul SCARRON
À MADAME RADIGUE…
Pour la remercier d'un pot de coins. .
Vostre laquais verd, jaune ou gris, Ô Dame toute liberale, M'a presenté vostre regalle ; C'est pourquoy ce Rondeau j'escris.
Un matin, ma servante à cale, Aussi-tost que les yeux j'ouvris, Fit entrer dans ma chambre sale Vostre laquais verd, jaune ou gris.
Vos beaux coins confits il m'estale En faisant un petit soûris. Où Diable les avez vous pris, Ô Dame toute liberale ?
Ce ne sont pas fruits de la halle, Et leur beauté m'a bien surpris Quand ce laquais, des mieux apris, M'a presenté vostre regalle.
Ô ! que n'ay-je un bijoux de prix Pour vous envoyer chose égale ! Mais j'ay beau chercher dans ma male ; C'est pourquoy ce Rondeau j'escris.
Je vous ayme d'amour loyale ; Homme de son corps entrepris Peut, de vostre merite espris, Se dire tout haut, sans scandale, Vostre.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Dim 13 Sep - 6:50 | |
| Paul SCARRON
LES VRAIS MOYENS DE PARVENIR
Monarque, le plus grand des Roys, Et des hommes le plus aimable, Seul digne de donner des loix A toute la terre habitable, Le vray moyen de parvenir N'est rien que celuy de vous plaire : C'est ce qu'icy nous fait venir ; De plus huppés que nous en voudroient autant faire.
Nous sçavons que les courtisans, Quoy que personnes fort civiles, Ne font estat des artisans Que selon qu'ils leur sont utiles ; Mais nous sçavons aussi fort bien Que nostre sort, qui nous maltraite, Se peut changer en moins de rien Et que, si vous voulez, nostre fortune est faite.
Tout veut parvenir icy-bas ; Pour cela seul chacun travaille : Sans ce motif, dans les combats, On craindroit l'estoc et la taille ; Vous-mesme, un jour, vous parviendrez A l'empire de tout le monde, Et le sceptre que vous tiendrez Vous fera respecter sur la terre et sur l'onde.
Mais c'est beaucoup moraliser Pour de pauvres gens de boutique. Ça ! ça ! dansons, sans tant causer Et nous piquer de rhetorique. Les violons sont-ils d'accord ? Bon ! tout va bien, la piece est grande. Mais les Dames parlent bien fort : Paix là ! paix là ! paix là ! le Roy vous le commande.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Lun 14 Sep - 8:28 | |
| Paul SCARRON
OUI, C’EST UN PEDANT, C’EST UN SOT. Ouy, c'est un Pedant, c'est un sot, Et le plus grand qui soit en France. Quand il profere une sentence, J'ayrnerois mieux qu'il fist un rot.
Il est fils d'un petit ragot, Grand amateur de la jouvence, Qui perira par la potence S'il ne perit par le fagot.
Il est fourbe dans les affaires ; Il sert aux amoureux mysteres Et presche comme un sansonnet :
Parmy les bigots il fait rage. Je t'en dirois bien davantage, Mais il faut finir le sonnet.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mar 15 Sep - 7:05 | |
| Louise ACKERMANN
LE POSITIVISME
Il s'ouvre par-delà toute science humaine Un vide dont la Foi fut prompte à s'emparer. De cet abîme obscur elle a fait son domaine ; En s'y précipitant elle a cru l'éclairer. Eh bien ! nous t'expulsons de tes divins royaumes, Dominatrice ardente, et l'instant est venu Tu ne vas plus savoir où loger tes fantômes ; Nous fermons l'Inconnu.
Mais ton triomphateur expiera ta défaite. L'homme déjà se trouble, et, vainqueur éperdu, Il se sent ruiné par sa propre conquête En te dépossédant nous avons tout perdu. Nous restons sans espoir, sans recours, sans asile, Tandis qu'obstinément le Désir qu'on exile Revient errer autour du gouffre défendu.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mer 16 Sep - 7:43 | |
| Paul SCARRON
L’ORGUEIL DES HUMAINS
Superbes monuments de l'orgueil des humains, Pyramides, tombeaux dont la vaine structure A témoigné que l'art, par l'adresse des mains Et l'assidu travail, peut vaincre la nature :
Vieux palais ruinés, chefs-d'oeuvre des Romains Et les derniers efforts de leur architecture, Colisée, où souvent ces peuples inhumains De s'entr'assassiner se donnaient tablature :
Par l'injure des ans vous êtes abolis, Ou du moins, la plupart, vous êtes démolis ; Il n'est point de ciment que le temps ne dissoude.
Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir, Dois-je trouver mauvais qu'un méchant pourpoint noir, Qui m'a duré deux ans, soit percé par le coude ?
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Jeu 17 Sep - 6:09 | |
| Paul SCARRON
SUR LES AFFAIRES DU TEMPS
Le roi s'en est allé, son Éminence aussi ; Le courtisan escroc sans contenter son hôte, Jurant qu'à son retour il comptera sans faute Pique le grand chemin en botte de roussi.
Les officiers du roi sont fort rares ici ; Et la gent de justice et celle de maltôte A le haut du pavé et va la tête haute En l'absence du roi qui va vers Beaugency.
Les faubourgs ne sont plus infectés de soudrille ; Enfin toute la cour vers la Guienne drille : Les uns disent que si, les uns disent que non.
On dit que l'on va faire un exemple en Guienne, On dit que sans rien faire il faudra qu'on revienne, Et moi je voudrais bien avoir un bon melon.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mer 23 Sep - 13:27 | |
| Guillaume APOLLINAIRE
CLAIR DE LUNE
Lune melliflueuse aux lèvres des déments Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands Les astres assez bien figurent les abeilles De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles Car voici que tout doux et leur tombant du ciel Chaque rayon de lune est un rayon de miel Or caché je conçois la très douce aventure J'ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture Qui posa dans mes mains des rayons décevants Et prit son miel lunaire à la rose des vents
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Jeu 24 Sep - 7:31 | |
| Antoine ANTIGNAC
LES BOUTS
Je ne sais sur le bout du pouce Qu’il faut chanter du nouveau ; Mais lorsqu’à bout on me pousse, Je suis au bout du rouleau : Jusqu’au bout, veuillez m’entendre ; Puissé-je, en flattant vos goûts, Venir à bout de bien prendre Mon sujet par tous les bouts.
Pour faire un bout de harangue, Que d’orateurs consommés Ont sur le bout de la langue Des discours en bouts rimés ! Croyant duper à la ronde, Combien d’aigrefins bernés Seraient, jusqu’au bout du monde, Menés par le bout du nez !
Fuyons (Comus le conseille) Ces gens, à l’air important, Qui cachant le bout d’oreille, Vous tirent à bout portant : Aussi poltrons que des lièvres, Ils savent, toujours prudents, Boire avec le bout des lèvres, Et rire du bout des dents.
L’Amphitryon, bon apôtre, Quand il fait tout ce qu’il doit, Doit placer, d’un bout à l’autre, Tous les plats au bout du doigt, Lorsque son vin est potable, Et lorsqu’on n’est pas de bout, N’aurait-on qu’un bout de table, On tient toujours le bon bout.
C’est en vain que l’homme compte Et veut joindre les deux bouts ; L’on n’est pas, au bout du compte, Fait pour des topinanboux. Au bout le bout, dit le sage Tant que la marmite bout, Faisons gaiement le voyage, Et puis nous verrons le bout.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Ven 25 Sep - 6:48 | |
| Auguste ANGELLIER
L’HABITUDE
La tranquille Habitude aux mains silencieuses Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures ; Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses ;
Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre, Désireux de durer pour l’amour qu’ils contiennent, Sentent le besoin cher et dont ils s’entretiennent Devenir, malgré eux, moins farouche et plus tendre ;
Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces, Les insensibles mains de la lente Habitude, Resserrent un peu plus l’étrange quiétude Où le mal assoupi se soumet et s’émousse ;
Et du même toucher dont elle endort la peine, Du même frôlement délicat qui repasse Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface, Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,
Les gestes, le sourire et le visage même Dont la présence était divine et meurtrière ; Ils pâlissent couverts d’une fine poussière ; La source des regrets devient voilée et blême.
A chaque heure apaisant la souffrance amollie, Otant de leur éclat aux voluptés perdues, Elle rapproche ainsi de ses mains assidues, Le passé du présent, et les réconcilie ;
La douleur s’amoindrit pour de moindres délices ; La blessure adoucie et calme se referme ; Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme, Se sentent lentement changés en cicatrices ;
Et celui qui chérit sa sombre inquiétude. Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute, Plus que tous les tourments et les cris vous redoute, Silencieuses mains de la lente Habitude.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Sam 26 Sep - 6:26 | |
| Charles d’AVRAY
LE TRIOMPHE DE L’ANARCHIE
Tu veux bâtir des cités idéales, Détruis d’abord les monstruosités. Gouvernements, casernes, cathédrales, Qui sont pour nous autant d’absurdités. Sans plus attendre, gagnons le communisme Ne nous groupons que par affinités Notre bonheur naîtra de l’altruisme Que nos désirs soient des réalités
Refrain :
Debout, debout, compagnons de misère L’heure est venue, il faut nous révolter Que le sang coule, et rougisse la terre Mais que ce soit pour notre liberté C’est reculer que d’être stationnaire On le devient de trop philosopher Debout, debout, vieux révolutionnaire Et l’anarchie enfin va triompher
Empare-toi maintenant de l’usine Du capital, deviens le fossoyeur Ta vie vaut mieux que d’être une machine Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur Sans préjugé, suis les lois de nature Et ne produis que par nécessité Travail facile, ou besogne très dure N’ont de valeur qu’en leur utilité
Refrain :
On rêve amour au-delà des frontières On rêve amour aussi de ton côté On rêve amour dans les nations entières L’erreur fait place à la réalité Oui, la patrie est une baliverne Un sentiment doublé de lâcheté Ne deviens pas de la viande à caserne Jeune conscrit, mieux te vaut déserter
Refrain :
Que la nitro, comme la dynamite Soit là pendant qu’on discute raison S’il est besoin, renversons la marmite Et de nos maux, hâtons la guérison Place pour tous au banquet de la vie Notre appétit seul peut se limiter Que pour chacun, la table soit servie Le ventre plein, l’homme peut discuter
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Lun 28 Sep - 6:55 | |
| BOILEAU
LA PUCELLE D’ORLEANS
I
Vous m'ordonnez de célébrer des saints : Ma voix est faible, et même un peu profane. Il faut pourtant vous chanter cette Jeanne Qui fit, dit-on, des prodiges divins. Elle affermit, de ses pucelles mains, Des fleurs de lys la tige gallicane, Sauva son roi de la rage anglicane, Et le fit oindre au maître-autel de Reims. Jeanne montra sous féminin visage, Sous le corset et sous le cotillon, D'un vrai Roland le vigoureux courage. J'aimerais mieux, le soir pour mon usage, Une beauté douce comme un mouton ; Mais Jeanne d'Arc eut un coeur de lion : Vous le verrez, si lisez cet ouvrage. Vous tremblerez de ses exploits nouveaux ; Et le plus grand de ses rares travaux Fut de garder un an son pucelage.
O Chapelain, toi dont le violon, De discordante et gothique mémoire, Sous un archet maudit par Apollon, D'un ton si dur a raclé son histoire ; Vieux Chapelain, pour l'honneur de ton art, Tu voudrais bien me prêter ton génie : Je n'en veux point ; c'est pour la Motte-Houdart, Quand l'Iliade est par lui travestie.
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 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mar 29 Sep - 7:49 | |
| BOILEAU
LA PUCELLE D’ORLEANS
II
Le bon roi Charle, au printemps de ses jours, Au temps de Pâque, en la cité de Tours, A certain bal (ce prince aimait la danse) Avait trouvé, pour le bien de la France, Une beauté nommée Agnès Sorel. Jamais l'Amour ne forma rien de tel. Imaginez de Flore la jeunesse, La taille et l'air de la nymphe des bois, Et de Vénus la grâce enchanteresse, Et de l'Amour le séduisant minois, L'art d'Arachné, le doux chant des sirènes : Elle avait tout ; elle aurait dans ses chaînes Mis les héros, les sages, et les rois. La voir, l'aimer, sentir l'ardeur naissante Des doux désirs, et leur chaleur brûlante, Lorgner Agnès, soupirer et trembler, Perdre la voix en voulant lui parler, Presser ses mains d'une main caressante, Laisser briller sa flamme impatiente, Montrer son trouble, en causer à son tour, Lui plaire enfin, fut l'affaire d'un jour. Princes et rois vont très-vite en amour. Agnès voulut, savante en l'art de plaire, Couvrir le tout des voiles du mystère, Voiles de gaze, et que les courtisans Percent toujours de leurs yeux malfaisants.
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Nombre de messages: 5612 Age: 67 Localisation: Marseille Date d'inscription: 20/02/2006
 | Sujet: Re: La poésie Baroque et Burlesque. Mer 30 Sep - 5:38 | |
| BOILEAU
LA PUCELLE D’ORLEANS
III
Pour colorer comme on put cette affaire, Le roi fit choix du conseiller Bonneau, Confident sûr, et très-bon Tourangeau : Il eut l'emploi qui certes n'est pas mince, Et qu'à la cour, où tout se peint en beau, Nous appelons être l'ami du prince, Mais qu'à la ville, et surtout en province, Les gens grossiers ont nommé maquereau. Monsieur Bonneau, sur le bord de la Loire, Était seigneur d'un fort joli château. Agnès un soir s'y rendit en bateau, Et le roi Charle y vint à la nuit noire. On y soupa ; Bonneau servit à boire ; Tout fut sans faste, et non pas sans apprêts. Festins des Dieux, vous n'êtes rien auprès ! Nos deux amants, pleins de trouble et de joie, Ivres d'amour, à leurs désirs en proie, Se renvoyaient des regards enchanteurs, De leurs plaisirs brûlants avant-coureurs. Les doux propos, libres sans indécence, Aiguillonnaient leur vive impatience. Le prince en feu des yeux la dévorait ; Contes d'amour d'un air tendre il faisait, Et du genou le genou lui serrait.
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