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 Règles et principes élémentaires de la prosodie. (2)

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André
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MessageSujet: Règles et principes élémentaires de la prosodie. (2)   Dim 26 Fév - 17:12











L'HIATUS ET L'APOCOPE (4)

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Pour simplifier le plus possible les raisons et l'utilisation de ces deux principes poétiques je vais aller directement à l'essentiel en essayant d'être le plus explicite possible.

L'HIATUS est la rencontre, sans élision, de deux voyelles prononcées distinctement, soit à l'intérieur d'un mot, soit dans une suite de deux vocables. HIATUS , en latin : "HIARE" signifie : mal joint, béant. L'hiatus à l'intérieur d'un mot a toujours été accepté. (Il n'en a pas été de même dans l'autre cas).

La tradition classique considère qu'il n'y a pas hiatus si un e caduc suit la première voyelle. On peut ainsi trouver :

portée à l'amour mais pas "porté à l'amour (vestige du temps ou l'e se prononçait).

On considère qu'il n'y a pas hiatus si le deuxième mot commence par un "h" aspiré, comme dans :

Qu'on a peine à (h)aïr ce qu'on a tant aimé ! (Corneille)

Dans un même ordre d'idée, on pourrait très bien admettre, par exemple, qu'Yves Bonnefoy qui emploie le "encor classique, aurait pu très bien se fonder sur l'actuelle liberté d'en user avec [u]l'e
muet de encore.

Les contraintes du décompte ont entraîné maintes caractéristiques du langage en poésie : des licences orthographiques permettent de choisir entre encore et encor, entre avec et avecque. Les deux formes peuvent parfaitement s'écrire de nos jours.

Mais comme le faisait remarquer très justement JIPI dans un autre topic, depuis un siècle la poésie ne soucie plus guère de l'hiatus. Un exemple, ci-dessous, extrait de "À la lumière d'hiver" de Philippe Jaccotet :

Dis encore cela patiemment, plus patiemment
ou avec fureur, mais dis encore,
en défi aux bourreaux, dis cela, essaie,
sous l'étrivière du temps.


En poésie classique cela, bien entendu, n'est pas toléré. De plus, en "classique, les limites de chaque vers sont toujours nettement marquée : au début, dans la graphie, par l'alinéa et par la "majuscule" ; à la fin, le plus souvent, par le système des homophonies. Dans les vers de Philippe Jaccottet, il n'y a pas de majuscule commençant chaque nouveau vers.

En règle générale, c'est sur la prononciation des voyelles que portent les deux problèmes principaux du décompte, dans la poésie classique :

- ceux dits de l'e caduc et de la diérèse.

Les règles de l'hiatus sont, elles, plus liées à la graphie[/u) qu'à la [u]prononciation.

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L'APOCOPE

La poésie de la Renaissance compte ou non ces e après voyelle, selon les caprices d'une orthographe flottante, qu'on appelle encore "prira".
C'est que, dans la période qui va du XIVe au début du XVIIe siècle, l'e sourd devient petit à petit l'e caduc tel que nous le connaissons aujourd'hui. Après cette période d'instabilité dans le décompte prosodique, les "Classiques" édictent des lois plus conformes à la prononciation en usage à leur époque.

Dans la tradition "classique", en règle générale, un e compte pour une syllabe quand il est placé devant une consonne, et ne compte pads quand il est devant une voyelle (cas d'élision] ou à la rime (cas d'apocope).

Ainsi, une parfaite illustration dans ce vers de [i]Tartuffe
, par exemple :

- " Le remède, sans dout(e) [élision] est merveilleux. J'enrag(e] [apocope]

L'apocope (ou annulation prosodique d'un "e" final) non élidable, ne se produit, en poésie régulière (classique) qu'en fin de vers.

Mais je le répète, ces règles très strictes ne concernent que l'écriture en poésie classique.

Paul Éluard pratique, tout comme Apollinaire et bien d'autre symbolistes, l'apocope en fin d'hémistiche (l'hémistiche est la moitié d'un vers alexandrin : soit six syllabes). Un exemple d'Éluard :

- "D'heures toutes semblabl(es), jours de captivités"

Autrement dit, pour obtenir les 12 syllabes, il fait l'élision de : (es). Le vers se prononce donc de la manière suivante :

- "D'heures toutes semblabl', jours de captivités"..

Comment ne pas évoquer, aussi l'e final prononcé après voyelles comme dans cet autre exemple fameux de Valéry :

- "Nulle des nymphes, nulle ami-e ne m'attire".

Là, c'est le "e" de amie qui est prononcé : a/mi/e/

Le vers a donc bien douze syllabes.

Vous le voyez, la poésie est une écriture à la fois complexe et souple, où la tradition reste forte. Les symbolistes ont suivi en gros les règles. En revanche, depuis le début de notre siècle, le choix est devenu beaucoup plus libre et dépend de l'intention du poète. Saint John Perse, dans cette optique, ose, contrairement à des règles qu'il connaissait bien, une diérèse irrégulière du mot [i]miel
:

Ne ferez plus la moue des Grands
Sur le mi-el et sur le mil,
Sur la sébile des vivants...


alors que quelques vers plus loin, à peine, il rétablit la synérèse :

Comme cigales dans le miel.


C'est la raison pour laquelle je conseille à tous les poètes désirant s'inspirer du classique, de lire le plus possible de poésies d'auteurs du XVII au XVIIIe siècle pour "apprivoiser" le style, la prosodie et la versification. Aucun meilleur exemple ne peut enseigner qu'en lisant, relisant et analysant ces "Immortels". Mais faites l'acquisition d'ouvrages "techniques" et téléchargez gratuitement[u] l'un des meilleurs d'entre eux en cliquant : ICI

Vous vous retrouverez dans le site de Gilles SORGEL (un très grand monsieur). Téléchargez "Traité de prosodie classique à l'usage des classiques et des dissidents". Une mine d'or pour les poètes débutants et les poètes confirmés !



COMMENT S'Y RETROUVER (5)

DIÉRÈSES ET SYNÉRÈSES

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Comme nous l'avons vu, l'apocope, ou annulation prosodique d'un "E" final non élidable, ne se produit, en poésie régulière (classique), qu'en fin de vers. Au Moyen Âge, elle pouvait se produire en fin d'hémistiche (césure épique), mais cette liberté disparut dès le début du XVIème siècle. La règle, en fait, est simple, mais deux petits problèmes viennent la compliquer :

A) - [u]Le cas de "E" en monosyllabe tonique devant voyelle
, comme dans :

"Dites-le à votre ami".

Le compter entraîne un hiatus ; l'élider est choquant. C'est pourquoi la poésie classique a fait en sorte d'éviter ce type de rencontre. Cependant, Voltaire, n'hésite pas à choisir l'élision pour ce décasyllabe (10 syllabes) dans : "L'Enfant prodigue" :

"Laissez-l(e) au moins ignorer que c'est vous".

Il a supprimé tout simplement le "E" pour qu'en prononçant le vers on obtienne les dix syllabes requises :

"Lai/ssez/-l' au/ moins/ i/gno/rer/ que/ c'est/ vous/".


B) - Le cas de E après voyelle non élidable.

La solution adoptée, en apparence contradictoire, montre la "gêne" qu'éprouve la prosodie classique à concilier le conservatisme de l'orthographe avec l'évolution de la prononciation.

À l'intérieur d'un mot, cet "E" n'est plus compté : on prononce : pri(e)ra en deux syllabes.

En fin de mot, l'emploi de ces terminaisons est interdit car il faudrait alors compter cet "E".


Les conséquences d'une telle règle sont lourdes, et éliminent, à priori, de l'intérieur du vers quantité de formes verbales courantes : tu pries, que tu ries..., ainsi qu'une foule de noms et d'adjectifs au féminin pluriel.

Quelques licences ont adouci ou contourné la loi : orthographe spécifique qui remplace, par exemple, pensées par pensers. Mais ces quelques licences, comme je viens de le dire, mises à part, l'ensemble de cette règle restrictive demeure observée jusqu'à l'époque symoboliste. Certains romantiques, comme Hugo, Lamartine et même Musset, avaient déjà commencé à se révolter, mais ce sont les symbolistes qui portent un coup décisif aux lois sur le décompte de l' E caduc.

On pratique de nos jours l'apocope en fin d'hémistiche, et elle devient tout à fait courante ; ainsi chez Éluar :

D'heures toutes semblabl(es), jours de captivité


Le (es) devient élidé pour que le vers ait bien 12 syllabes :

D'heu/res/ tou/tes/ sem/blabl/, jours/ de/ cap/ti/vi/té/.


De même, Valéry prononce le "E" final après la voyelle "I", dans le vers suivant :

Nu/lle/ des/ nym/phes/, nu/lle a/mi/-e/ ne/ m'a/ttir/(e).

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LA DIÉRÈSE ET LA SYNÉRÈSE :

Comme les règles classiques de l'E caduc, la diérèse et la synérèse font partie des "chevilles" pour le compte syllabique. La diérèse permet en effet d'ajouter [u]une syllabe
, là où la synérèse en retranche une.

Le terme de diérèse désigne le fait de prononcer (et donc de compter prosodiquement) en deux syllabes une succession de deux voyelles dont la première est : "i", "u" ou "ou".

Le phénomène de diction inverse est la synérèse. Mais là aussi, dans l'usage courant, demeurent certains flottements. On dit DEU/XIÈM/E en synérèse, mais QUA/TRI/ÈM/E en diérèse.

La métrique traditionnelle a institué des lois pour codifier l'usage de la diérèse dans le vers. En règle générale, la diérèse ne s'applique qu'aux voyelles déjà distinctes aux origines de la langue ou du mot : c'est ce qu'on appelle le principe étymologique.

Le mot : "UNION" peut être prononcé UNI-ON parce qu'il vient du latin "[u]unionem
.

On peut prononcer le mot "MIETTE" : "MI-ETTE parce que le contact des deux voyelles résulte de d'adjonction du suffixe diminutif au nom : MIE.

À l'inverse, la synérèse correspond aux voyelles unifiées en une seule émission aux origines du mot. C'est, par exemple, le cas pour les voyelles en contact qui résultent d'une diphtongaison : ainsi "PIED" se prononce toujours en synérèse, parce que les deux voyelles contigües "I" et "E", contrairement à ce qui peut se passer pour le mot LI-ER, résultent de la diphtongaison de l'"E" tonique pEdem Ainsi, aucune hésitation pour ce vers de Baudelaire, extrait de "La Muse vénale

Un tison pour chauffer tes deux pieds violets


PIEDS : synérèse.
VI/O/LETS : diérèse.

La poésie traditionnelle a longtemps suivi avec constance les normes établies. Il n'y avait pas de choix : certains mots devaient être prononcés en diérèse, d'autres mots : non. Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle que les flottements commencent à se manifester. Ainsi, on trouve HI-ER en diérèse, comme dans ce vers de Boileau :

Mais hi-er il m'aborde, et me serrant la main...


tandis que Molière opte pour la synérèse :

Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir.


Depuis Boileau, HIER compte pour deux syllabes. On doit dire HI-ER.
Par contre AVANT-HIER s'est maintenu avec une seule syllabe et doit être découpé ainsi : A/VANT/HIER/

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Juste un petit mot avant de conclure ce chapitre : quand on écrit un poème en vers constitués d'un même nombre de syllabes, par exemple tout en "alexandrins" ou tout en "octosyllabes", on dit qu'il est isométrique.

Par contre, lorsque dans la même poésie, on fait alterner des alexandrins avec des octosyllabes (ou d'autres vers de 4 ou 6 syllabes) on dit que le poème est hétérométrique. On appelle aussi, ce genre de poèmes :
poèmes à vers mêlés.








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La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André)
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